La Grèce est un exemple de solidarité pour l’Europe !

  • Barbara Hendricks

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Après vingt ans d’engagement pour la défense des réfugiés dans le monde, la cantatrice Barbara Hendricks a été nommée ambassadrice honoraire à vie du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, un titre unique dans l’histoire de l’institution. En 1991 et en 1993, durant la guerre en ex-Yougoslavie, elle a donné deux concerts de solidarité à Sarajevo et à Dubrovnik. En 1998, elle crée la Fondation Barbara Hendricks pour la Paix et la Réconciliation, afin de prolonger son combat pour la prévention des conflits. Le texte qui suit est un extrait du discours qu’elle a prononcé le 20 juin 2016, à l’occasion de la Journée mondiale du réfugié. Un plaidoyer qui devrait résonner le 18décembre prochain pour la Journée internationale des migrants.

La Grèce a vu une augmentation dramatique des réfugiés et migrants risquant leur vie pour gagner l’Europe et plus de 10 000 d’entre eux auraient péri, noyés en Méditerranée depuis 2014. Après la fermeture des routes et des frontières dans les pays de l’ouest des Balkans, après l’accord entre l’Union européenne et la Turquie et malgré les sévères difficultés économiques et sociales de ces six dernières années, la société civile grecque continue pourtant de montrer une solidarité exemplaire et une volonté d’aider les réfugiés(1)Comme l’illustre l’attribution conjointe le 6 septembre dernier, par le Haut-Commissaire aux Réfugiés, de la distinction Nansen 2016 à l’Équipe hellénique de Secours et à la bénévole Efi Latsoudi : http://www.unhcr.ca/fr/news/la-distinction-nansen-pour-les-refugies/ en appui au gouvernement.

Il y a quinze ans, l’Assemblée générale des Nations unies a désigné le 20 juin « Journée mondiale du réfugié ». Mais que peut signifier cette date pour les plus de 65 millions de personnes dans le monde qui sont forcées de fuir les conflits, la violence et la persécution dans leur pays pour sauver leurs vies ? Derrière ce chiffre, ce sont des êtres humains avec une histoire, parfois effrayante mais toujours touchante. Ce sont des mères et des filles, des pères et des fils : 60 % sont des femmes et des enfants.

Je suis allée à leur rencontre. J’ai visité le camp de Diavata près de Thessalonique, où j’ai rencontré Diyar Uren, un jeune musicien du nord de l’Irak qui chante et joue le saz admirablement. Il m’a raconté sa fuite de Mossoul, le trajet périlleux en bateau… Des amis grecs lui ont fourni un nouvel instrument et j’ai pu l’écouter lors d’un concert de solidarité pour les réfugiés. Les yeux de Nada Habbadi se remplissaient de larmes en parlant de la séparation de sa famille, l’absence d’école depuis trois ans pour ses enfants, Mohammed, 14 ans et Haya, 16 ans dont les blessures au visage n’ont pas réussi à effacer le beau sourire. Une bombe a détruit leur appartement en Syrie. Aujourd’hui, leur père et leurs deux sœurs aînées sont en Allemagne.

Le camp de Schisto près d’Athènes héberge des réfugiés afghans qui représentent 25 % des réfugiés en Grèce. J’y ai rencontré Fatima, 22 ans, jeune mère de deux enfants, et Madia, 27 ans, porte-parole d’un groupe de jeunes femmes. Elles m’ont parlé de leurs angoisses et de leurs espoirs ; de tout ce qui manque dans le camp, de la difficulté d’y vivre en tant que femme seule. Mais le plus accablant pour elles était le fait que les Afghans ne soient pas éligibles pour une relocalisation. Madia m’a dit : « Nous avons vécu avec des conflits et une violence horrible, surtout pour nous, des femmes, pendant plus de quarante ans ! Pourquoi n’avons-nous pas les mêmes droits que les autres réfugiés ? Nous avons quitté l’Afghanistan parce qu’ils nous tuaient là-bas et maintenant, nous sommes en train de mourir ici, lentement. Ne sommes-nous pas aussi des êtres humains ? »

J’ai passé un après-midi chez Dimitri, un acteur, sa femme Antigone, chorégraphe et leurs trois enfants. Leur fille aînée a offert sa chambre à Fadwa, 24 ans dont le mari est en Allemagne, et ses deux enfants, 1 et 3 ans. Fadwa assure se sentir ainsi en famille et Antigone m’a dit : « Je ne pouvais pas dormir sachant que je ne faisais pas assez pour aider des êtres humains qui ont fui la mort, au péril de leur vie. » Je les ai retrouvés à Athènes, à l’inauguration d’une exposition de l’artiste grecque Maria Belivani, sur le thème du déplacement forcé de 2 millions de personnes grecques et turques en 1923. Les réfugiés présents parmi nous n’ont pu cacher leur émotion lorsqu’elle a raconté l’histoire de sa propre grand-mère : elle n’avait jamais retrouvé son petit frère perdu dans la foule.

À la fin de cette longue nuit que fut la Seconde Guerre mondiale, l’Europe, comme le phénix, renaquit de ses cendres et une nouvelle union vit le jour. Elle a été créée pour apporter la paix, la stabilité et la prospérité, favoriser des droits de l’Homme, la solidarité sociale, le partage équitable des fruits de la croissance, le droit à un environnement protégé et le respect de la diversité culturelle, linguistique et religieuse. C’est une union fondée sur les valeurs de la dignité humaine, de la liberté, de la démocratie et de l’égalité de tous. Tous les pays européens ont signé la convention de 1951 relative au statut des réfugiés. Un sondage d’Amnesty International l’a démontré : c’est la classe politique qui a peur des réfugiés ; les citoyens quant à eux sont plus accueillants. Il faut donc fouiller au fond de nous-mêmes, renouer avec nos valeurs, les valeurs de cette union qu’est l’Europe, les valeurs avec lesquelles nous devons vivre chaque jour, à chaque instant, avec toutes celles et tous ceux qui nous entourent. Nous avons laissé depuis trop longtemps les marchands de la peur, de la haine et de l’exclusion sur le devant de la scène. Ils encouragent les phrases chocs qui meurtrissent ; ils sont aidés par certains médias en quête de sensationnalisme et de profits. Les solutions qu’ils proposent aux maux de nos sociétés sont le repli sur soi ; ils nous incitent à fermer les yeux, à fermer les frontières et nos portes, à fermer nos cœurs à tous ceux qui sont différents.

Lors de mes concerts, il y a souvent un moment, une milliseconde pendant laquelle j’ai l’impression que nous entendons la musique d’une seule oreille, que nous vibrons sur une même corde. Et je crois que cette corde est la même que celle dont est issue la Déclaration universelle des droits de l’homme. Si nous sommes vivants aujourd’hui, c’est parce que d’autres ont su faire face aux défis survenus. Il nous faut donc saisir ce moment à notre tour, avec courage et audace, trouver en nous la force de le faire. J’ai la conviction que les crises nous proposent des opportunités, des ouvertures, des occasions de voir les choses et d’agir différemment. Souvenons-nous en ce moment que chacun de nous fait partie de la famille humaine, que l’autre est notre sœur, notre frère ou notre enfant. Ne nous contentons pas de phrases solennelles. Il faut agir et tout de suite, en retrouvant le chemin de la fraternité. Les enjeux n’ont jamais été aussi importants et nous n’avons pas le droit d’échouer. Pour les générations à venir, un échec serait tout simplement impardonnable.

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ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-158-9

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1. Comme l’illustre l’attribution conjointe le 6 septembre dernier, par le Haut-Commissaire aux Réfugiés, de la distinction Nansen 2016 à l’Équipe hellénique de Secours et à la bénévole Efi Latsoudi : http://www.unhcr.ca/fr/news/la-distinction-nansen-pour-les-refugies/