Appel à contributions pour le N°9 de Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son neuvième numéro à paraître en novembre 2018, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « 1968-2018 : ruptures et continuités ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article autour de l’un des 5 termes évoqués dans la problématique, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 5 juillet : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée dans les 15 jours de la réception de votre projet.

La date de rendu de l’article final est fixée au 21 septembre, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ). 

Alternatives Humanitaires

N°9 – Novembre 2018

Problématique du « Focus »

« 1968-2018 : ruptures et continuités »

Cinquante ans après la guerre du Biafra, scène inaugurale du mouvement sans-frontiériste, l’humanitaire est devenu un secteur résolument stratégique, en termes d’action comme d’image, rassemblant sous sa bannière un nombre croissant d’acteurs aux profils et aux pratiques plus divers que jamais. Face à ce double mouvement d’expansion et de diversification, l’objectif de ce numéro est d’éclairer les reconfigurations de l’action humanitaire à la lumière de ses cinquante dernières années et du momentum qu’a représenté 1968. Il s’agira non seulement d’identifier des points de rupture mais d’éclairer les continuités entre l’humanitaire d’aujourd’hui et l’humanitaire d’hier. Ce questionnement n’a pas pour but de revenir sur la guerre du Biafra et ses implications. Il se veut certes historique, mais essentiellement dynamique et critique, s’articulant pour cela autour de cinq termes qui, sans épuiser le registre de la pratique humanitaire, permettent d’en couvrir assez largement l’évolution et la réflexion : humanitaire, contexte, souveraineté, professionnalisation, et politique. Chacun de ces termes sera abordé à l’aune des questions suivantes : quelle est l’histoire de l’usage de ce terme et des pratiques qui y sont associés ? Comment ces usages et pratiques ont-ils évolué au cours du temps ? Quel(s) futur(s) permettent-il d’esquisser pour l’action humanitaire ?

Humanitaire. Depuis ses origines, le terme a fait flores à tel point que tout semble humanitaire. La notion s’est ainsi diluée et étendue, devenant un étendard pour les uns, un repoussoir pour les autres. Le sans-frontiérisme n’a certes pas inventé l’humanitaire, mais 1968 marqua l’émergence d’un mouvement qui le réinventait, souhaitait soigner en s’affranchissant du « pacte de neutralité » scellé par le CICR, pour franchir des frontières et témoigner de ce que l’on observait dans leur huis-clos : quelle évolution a marqué ce terme manié aussi bien par MSF, Veolia ou le Hamas ? Quelle justification à son maintien puisqu’il est de plus en plus remis en cause, symbole selon certains de l’occidentalocentrisme, voire du néocolonialisme, manipulé par les États et les entreprises au point d’être vidé de sa substance ? L’analyse portera sur la façon dont les reconfigurations du champ humanitaire en redessinent les valeurs fondamentales, distinguant entre idéaux universels et valeurs culturellement situées.

Le deuxième terme est celui de contexte, autrement dit les circonstances et espaces dans lesquels l’action humanitaire se déploie. Le conflit du Biafra préfigurait les conflits de l’après-chute du mur 20 ans plus tard : elle opposait au sein de territoires anciennement colonisés, des groupes étatiques et non-étatiques sur des enjeux politiques, économiques et, de façon croissante, identitaires. En quoi ces logiques et les expériences passées des acteurs humanitaires permettent-elles de saisir les conflits contemporains en Syrie ou en Irak ? Réfléchir à la notion de contexte humanitaire invite également à penser l’impact du changement climatique (sur les catastrophes naturelles et les migrations) mais aussi à questionner l’extension des terrains d’intervention des acteurs humanitaires.

Un troisième axe de réflexion est ouvert autour du terme de souveraineté au cœur de la question biafraise. Les embryons des ONG sans-frontières posaient les bases d’un droit d’ingérence. 50 ans après, l’accélération de la mondialisation, les réflexions autours d’un droit d’ingérence et l’adoption de la responsabilité de protéger ont contribué à ouvrir les frontières. Mais on assiste à une réaffirmation de souveraineté dans de nombreux États, notamment via l’émergence de mouvements nationalistes ou de législations de plus en plus hostiles à la création d’ONG nationales ou à l’exercice sur leur territoire d’ONG étrangères. La proclamation d’un agenda de localisation de l’aide depuis 2016 traduit certes la volonté d’un grand nombre de gouvernements d’organiser, de façon autonome, la réponse humanitaire sur leur territoire mais aussi une possible reprise en mains de leur société civile.

Le quatrième appui à la réflexion s’appuie sur la notion de professionnalisation. Il s’agira de clarifier les contours d’un concept aux acceptions multiples désignant tour à tour le professionnalisme et la compétence des acteurs humanitaires, la formation aux métiers de l’humanitaire ou l’opposition entre travail humanitaire salarié et engagement humanitaire militant. La prise de recul invite à revenir sur l’ancienneté des pratiques professionnelles des acteurs humanitaires et leur mise en place progressive. Elle invite également à réfléchir à l’impact du développement de formations universitaires spécialisées sur ces pratiques.

Dernier terme structurant les réflexions de ce numéro, celui de politique. En réaction à la neutralité du CICR, le mouvement des « French doctors » affirmait un humanitaire politique. Au nom de l’engagement militant, il a, d’ailleurs, flirté avec le politique. Le rapport aux médias des ONG sans frontières découlait de cet engagement : il s’agissait de conscientiser et de mobiliser les populations ici pour qu’elle fasse pression sur leurs dirigeants afin qu’ils mettent un terme aux massacres là-bas. L’humanitaire d’État, souvent développé avec l’aide d’anciennes figures du mouvement, a durablement brouillé les cartes. L’action humanitaire semble aujourd’hui prise entre deux écueils. Le développement explicite de « politiques humanitaires » d’une part, visant non pas seulement à défendre les intérêts des populations affectées par les crises, mais surtout à faire de l’humanitaire un instrument parmi d’autres des politiques étrangères des gouvernements. La dépolitisation d’autre part, qui voit les ONG reléguées au rang de prestataires efficaces et muets des États et des entreprises et contestées par un nombre croissant de mouvement sociaux.

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