Appel à contributions pour le N°11 de Alternatives Humanitaires

N° 11 – Juillet 2019 : Humanitaire et changement climatique

Dans la perspective de son 11numéro à paraître en juillet 2019, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « Humanitaire et changement climatique ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 15 avril 2019 : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée le 17 avril 2018 au plus tard.

La date de rendu de l’article final est fixée au 3 juin 2019, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ).

Problématique

Un dossier copiloté par :
Christophe Buffet, Expert Climat/Adaptation à l’Agence française de développement

« Les humanitaires sont-ils prêts à relever le défi du changement climatique ? » : s’interrogeait déjà Christophe Buffet en 2009 (Humanitaire, n° 23, décembre 2009, http://journals.openedition.org/humanitaire/598), à l’orée de la COP15 à Copenhague. Dix ans plus tard, qu’en est-il ?

Une évolution manifeste a trait à la perception des enjeux : à l’époque, en dehors d’un noyau dur qui tentait de mobiliser la « communauté » humanitaire, nombre d’acteurs considéraient que le changement climatique ne relevait pas de leur métier. Les enjeux étaient parfois mal compris, la COP15 de Copenhague étant par exemple fustigée d’avance par des figures telles que Jean-Hervé Bradol comme une volonté « de dominer l’Univers au point de réguler les écarts de température du globe », reflet d’un « antique projet de la domination de l’Homme sur la Nature » (« Le retour des Titans », blog du Crash, 18 décembre 2009, https://www.msf-crash.org/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/le-retour-des-titans).

Aujourd’hui, au contraire, chaque catastrophe « naturelle » est mise en perspective à l’aune du changement climatique, éventuellement à l’excès : le migrant climatique est devenu une figure bien installée du paysage médiatico-humanitaire, parfois sans nuance ; même des crises qui semblaient de nature politique subissent des relectures. Bref, au-delà des publications scientifiques qui démontrent de longue date que le changement climatique est un multiplicateur de menaces sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, ou encore la santé, et qu’il contribue à augmenter l’intensité et/ou la fréquences des événements extrêmes, un certain nombre de discours climatiques se sont désormais déployés dans l’imaginaire humanitaire, que ce soit du fait de raccourcis, de choix assumé de « catastrophisme éclairé », ou de stratégies de communication pour capter des dons en récupérant les mots de l’air du temps.

Qu’en est-il, plus profondément, des modes d’organisation et des pratiques ? Dans quelle mesure les acteurs humanitaires se sont-ils structurellement transformés (ou non) pour intégrer ce nouvel enjeu ? Ce numéro d’Alternatives Humanitaires vise à faire un point d’étape sur ces évolutions, qui peuvent être de plusieurs ordres.

Au vu des impacts du changement climatique, on pourrait s’attendre à ce que des organisations qui visent à « sauver des vies » soient exemplaires : dans quelle mesure les acteurs humanitaires se sont-ils engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, alors que deux des facteurs les plus émissifs, la projection rapide sur le terrain et le marketing parmailing¸ semblaient constitutifs de leur mode de fonctionnement il y a dix ans ?

Il s’esquissait après la COP15 des liens avec les ONG environnementales (Anne Chetaille, François Grünewald, Guillaume Fauvel, Alix Mazounie et Christophe Buffet, « ONG humanitaires et environnementales : l’alliance nécessaire ? »,  Humanitaire, n° 38, 2014, http://journals.openedition.org/humanitaire/2951; Boris Martin, « Pour un mariage de réseaux ? », Humanitaire, n° 38, 2014, http://journals.openedition.org/humanitaire/2944) pour conduire des plaidoyers communs (réduction des émissions de gaz à effet de serre, financements pour soutenir l’adaptation des pays du « Sud », etc.), pour revoir les normes humanitaires en intégrant les enjeux environnementaux (avec notamment WWF dans le projet SPHERE) ou tout simplement mieux comprendre la complexité des sciences du climat et mieux appréhender les apports et limites de la modélisation des impacts : quels ont été les liens les plus prolifiques et ceux qui ont perduré ? Dans quelle mesure ce dialogue se poursuit-il ou, à l’inverse, les deux « familles » d’ONG vivent-elles toujours dans des mondes parallèles ?

Enfin, la thématique croisée « humanitaire et changement climatique » évoque des temporalités et des rapports à la nature antagonistes : l’urgentisme tendrait à sauver des corps hors-sols, tandis que les impacts du changement climatique seraient plus appréhendés à long terme et portés sur les socio-écosystèmes. Dans quelle mesure des approches telles que la réduction des risques de catastrophes, ou, plus récemment, les financements fondés sur des prévisions (forecast-based financing) sont-ils propices à réconcilier ces temporalités et les rapports homme-nature ?

Photo credits: © Wilco Van Meppelen – Unsplash

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