Archives de catégorie : Appel à contributions

Appel à contributions pour le N°12 de Alternatives Humanitaires

N°12 – Novembre 2019 : Démographie et enjeux humanitaires

Dans la perspective de son 12numéro à paraître en novembre 2019, la revue Alternatives Humanitaireslance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « Démographie et enjeux humanitaires ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 5 juillet 2019 : contact@alternatives-humanitaires.org . Une réponse vous sera adressée le 15 juillet 2019 au plus tard.

La date de rendu de l’article final est fixée au 16 septembre 2019, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ).

Problématique

Dossier co-piloté par Vincent Léger,
Docteur en anthropologie, Chargé de recherche à la Fondation Croix-Rouge française.

D’ici 2050, la population mondiale va augmenter de 2,5 milliards, et la part des plus de 60 ans doublera pour passer d’environ 11 % à 22 %. Le nombre absolu de personnes âgées de 60 ans et plus passera de 605 millions à deux milliards. Les déplacements liés au changement climatique vont fortement augmenter. D’ici 2050, si aucune mesure n’est prise, il y aura plus de 143 millions de migrants climatiques en Afrique subsaharienne (86 millions), Asie du Sud (40 millions), et Amérique latine (17 millions). Aujourd’hui 1 personne sur 3 vivant en milieu urbain réside en zone informelle et, selon les Nations unies, environ 180 000 personnes migrent en milieu urbain chaque jour. En Afrique et en Asie, la population urbaine va doubler entre 2000 et 2030, et 50 % de la population africaine sera urbaine d’ici 2050 (contre 38 % aujourd’hui).

Qu’il s’agisse du vieillissement de la population, au Nord comme au Sud, des migrations, de l’urbanisation, de l’accroissement démographique ou de la pauvreté, certains phénomènes démographiques, des tendances lourdes avérées, se profilent en effet avec une rapidité surprenante, entraînant l’apparition de nouveaux besoins, un décrochement entre les projections et les moyens prévus initialement, et une nécessaire adaptation de tous les acteurs.

Ce numéro d’Alternatives Humanitaires vise d’abord à faire le point sur les grandes tendances démographiques en cours, et sur la façon dont la démographie est un enseignement supplémentaire sur des problématiques actuelles et d’avenir des humanitaires. De quelle manière la démographie, c’est-à-dire l’étude chiffrée des populations, permet de mieux comprendre, de lire autrement certains phénomènes liés aux enjeux et actions humanitaires et ainsi de mieux les appréhender ?

Par ailleurs, certaines données ou projections démographiques farfelues, ou leur communication biaisée pour un usage politique particulier, engendrent parfois des peurs, entretiennent des clichés et de fausses représentations de certaines populations ou phénomènes qui rendent plus difficile l’action humanitaire qui leur est dédiée. Il convient de déconstruire certains chiffres mobilisateurs effrayants, d’expliquer comment ils sont construits afin de distinguer les prédictions catastrophistes (« ruée migratoire », « explosion démographique »…) des prévisions utiles pour penser l’action humanitaire de demain.

Enfin, certains acteurs humanitaires utilisent les outils de la démographie, recueillent, traitent et analysent des données sur les caractéristiques sociodémographiques de leurs bénéficiaires (notamment dans les camps de réfugiés) qui leur sont précieuses pour mener à bien leurs actions. De quelle manière les ONG ont entre les mains des données importantes ? Comment les utilisent-elles ? En somme, comment ont-elles senti le besoin de se faire démographes ?

Appel à contributions pour le N°11 de Alternatives Humanitaires

N° 11 – Juillet 2019 : Humanitaire et changement climatique

Dans la perspective de son 11numéro à paraître en juillet 2019, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « Humanitaire et changement climatique ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 15 avril 2019 : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée le 17 avril 2018 au plus tard.

La date de rendu de l’article final est fixée au 3 juin 2019, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ).

Problématique

Un dossier copiloté par :
Christophe Buffet, Expert Climat/Adaptation à l’Agence française de développement

« Les humanitaires sont-ils prêts à relever le défi du changement climatique ? » : s’interrogeait déjà Christophe Buffet en 2009 (Humanitaire, n° 23, décembre 2009, http://journals.openedition.org/humanitaire/598), à l’orée de la COP15 à Copenhague. Dix ans plus tard, qu’en est-il ?

Une évolution manifeste a trait à la perception des enjeux : à l’époque, en dehors d’un noyau dur qui tentait de mobiliser la « communauté » humanitaire, nombre d’acteurs considéraient que le changement climatique ne relevait pas de leur métier. Les enjeux étaient parfois mal compris, la COP15 de Copenhague étant par exemple fustigée d’avance par des figures telles que Jean-Hervé Bradol comme une volonté « de dominer l’Univers au point de réguler les écarts de température du globe », reflet d’un « antique projet de la domination de l’Homme sur la Nature » (« Le retour des Titans », blog du Crash, 18 décembre 2009, https://www.msf-crash.org/fr/blog/acteurs-et-pratiques-humanitaires/le-retour-des-titans).

Aujourd’hui, au contraire, chaque catastrophe « naturelle » est mise en perspective à l’aune du changement climatique, éventuellement à l’excès : le migrant climatique est devenu une figure bien installée du paysage médiatico-humanitaire, parfois sans nuance ; même des crises qui semblaient de nature politique subissent des relectures. Bref, au-delà des publications scientifiques qui démontrent de longue date que le changement climatique est un multiplicateur de menaces sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau, ou encore la santé, et qu’il contribue à augmenter l’intensité et/ou la fréquences des événements extrêmes, un certain nombre de discours climatiques se sont désormais déployés dans l’imaginaire humanitaire, que ce soit du fait de raccourcis, de choix assumé de « catastrophisme éclairé », ou de stratégies de communication pour capter des dons en récupérant les mots de l’air du temps.

Qu’en est-il, plus profondément, des modes d’organisation et des pratiques ? Dans quelle mesure les acteurs humanitaires se sont-ils structurellement transformés (ou non) pour intégrer ce nouvel enjeu ? Ce numéro d’Alternatives Humanitaires vise à faire un point d’étape sur ces évolutions, qui peuvent être de plusieurs ordres.

Au vu des impacts du changement climatique, on pourrait s’attendre à ce que des organisations qui visent à « sauver des vies » soient exemplaires : dans quelle mesure les acteurs humanitaires se sont-ils engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, alors que deux des facteurs les plus émissifs, la projection rapide sur le terrain et le marketing parmailing¸ semblaient constitutifs de leur mode de fonctionnement il y a dix ans ?

Il s’esquissait après la COP15 des liens avec les ONG environnementales (Anne Chetaille, François Grünewald, Guillaume Fauvel, Alix Mazounie et Christophe Buffet, « ONG humanitaires et environnementales : l’alliance nécessaire ? »,  Humanitaire, n° 38, 2014, http://journals.openedition.org/humanitaire/2951; Boris Martin, « Pour un mariage de réseaux ? », Humanitaire, n° 38, 2014, http://journals.openedition.org/humanitaire/2944) pour conduire des plaidoyers communs (réduction des émissions de gaz à effet de serre, financements pour soutenir l’adaptation des pays du « Sud », etc.), pour revoir les normes humanitaires en intégrant les enjeux environnementaux (avec notamment WWF dans le projet SPHERE) ou tout simplement mieux comprendre la complexité des sciences du climat et mieux appréhender les apports et limites de la modélisation des impacts : quels ont été les liens les plus prolifiques et ceux qui ont perduré ? Dans quelle mesure ce dialogue se poursuit-il ou, à l’inverse, les deux « familles » d’ONG vivent-elles toujours dans des mondes parallèles ?

Enfin, la thématique croisée « humanitaire et changement climatique » évoque des temporalités et des rapports à la nature antagonistes : l’urgentisme tendrait à sauver des corps hors-sols, tandis que les impacts du changement climatique seraient plus appréhendés à long terme et portés sur les socio-écosystèmes. Dans quelle mesure des approches telles que la réduction des risques de catastrophes, ou, plus récemment, les financements fondés sur des prévisions (forecast-based financing) sont-ils propices à réconcilier ces temporalités et les rapports homme-nature ?

Photo credits: © Wilco Van Meppelen – Unsplash

Appel à contributions pour le N°10 de Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son 10e numéro à paraître en mars 2019, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « Humanitaire des villes ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 12 décembre 2018 : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée le 21 décembre 2018 au plus tard.

La date de rendu de l’article final est fixée au 28 janvier 2019, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ).

Problématique

N°10 – Mars 2019 : Humanitaires des villes

Historiquement, l’humanitaire est surtout intervenu dans des contextes ruraux. Mais l’urbanisation croissante, l’exode rural vers les mégalopoles, la « remontée » des conflits dans des pays structurés autour de grands centres urbains aux standards proches de ceux des pays occidentaux et les migrations provoquées par ces conflits font que les humanitaires sont de plus en plus amenés à intervenir dans des contextes qu’ils connaissent moins bien. Dans les villes en effet, les problématiques (cohabitation d’urbains installés et de ruraux nouvellement arrivés, prise en charge de maladies chroniques, types de combats/d’armes et impacts sur les populations civiles…), les infrastructures (hôpitaux, centres de soins) et les acteurs déjà en place (État, services publics, associations) influencent sensiblement les conditions d’interventions. Des conflits de compétences, de gouvernance comme de cultures peuvent ainsi voir le jour. Si l’on estime leur intervention pertinente en cas de guerre ou de catastrophe naturelle, les acteurs humanitaires sont-ils les mieux placés – et tout simplement les bienvenus – sur des problématiques sociales ? Dans tous les cas, comment peuvent-ils adapter leurs pratiques aux nouvelles formes de vulnérabilité et aux autorités en place ? Qu’ont-ils à apporter aux villes qu’ils auraient développé dans les campagnes ? Ce continuum qui se dessine entre celles-ci et celles-là suggère-t-il l’idée d’un nexus développement/social/humanitaire ?

© Milo Ezger – Unsplash

 

Appel à contributions pour le N°9 de Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son neuvième numéro à paraître en novembre 2018, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « 1968-2018 : ruptures et continuités ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article autour de l’un des 5 termes évoqués dans la problématique, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 5 juillet : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée dans les 15 jours de la réception de votre projet.

La date de rendu de l’article final est fixée au 21 septembre, le calibrage moyen étant fixé aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (2 400 mots environ). 

Alternatives Humanitaires

N°9 – Novembre 2018

Problématique du « Focus »

« 1968-2018 : ruptures et continuités »

Cinquante ans après la guerre du Biafra, scène inaugurale du mouvement sans-frontiériste, l’humanitaire est devenu un secteur résolument stratégique, en termes d’action comme d’image, rassemblant sous sa bannière un nombre croissant d’acteurs aux profils et aux pratiques plus divers que jamais. Face à ce double mouvement d’expansion et de diversification, l’objectif de ce numéro est d’éclairer les reconfigurations de l’action humanitaire à la lumière de ses cinquante dernières années et du momentum qu’a représenté 1968. Il s’agira non seulement d’identifier des points de rupture mais d’éclairer les continuités entre l’humanitaire d’aujourd’hui et l’humanitaire d’hier. Ce questionnement n’a pas pour but de revenir sur la guerre du Biafra et ses implications. Il se veut certes historique, mais essentiellement dynamique et critique, s’articulant pour cela autour de cinq termes qui, sans épuiser le registre de la pratique humanitaire, permettent d’en couvrir assez largement l’évolution et la réflexion : humanitaire, contexte, souveraineté, professionnalisation, et politique. Chacun de ces termes sera abordé à l’aune des questions suivantes : quelle est l’histoire de l’usage de ce terme et des pratiques qui y sont associés ? Comment ces usages et pratiques ont-ils évolué au cours du temps ? Quel(s) futur(s) permettent-il d’esquisser pour l’action humanitaire ?

Humanitaire. Depuis ses origines, le terme a fait flores à tel point que tout semble humanitaire. La notion s’est ainsi diluée et étendue, devenant un étendard pour les uns, un repoussoir pour les autres. Le sans-frontiérisme n’a certes pas inventé l’humanitaire, mais 1968 marqua l’émergence d’un mouvement qui le réinventait, souhaitait soigner en s’affranchissant du « pacte de neutralité » scellé par le CICR, pour franchir des frontières et témoigner de ce que l’on observait dans leur huis-clos : quelle évolution a marqué ce terme manié aussi bien par MSF, Veolia ou le Hamas ? Quelle justification à son maintien puisqu’il est de plus en plus remis en cause, symbole selon certains de l’occidentalocentrisme, voire du néocolonialisme, manipulé par les États et les entreprises au point d’être vidé de sa substance ? L’analyse portera sur la façon dont les reconfigurations du champ humanitaire en redessinent les valeurs fondamentales, distinguant entre idéaux universels et valeurs culturellement situées.

Le deuxième terme est celui de contexte, autrement dit les circonstances et espaces dans lesquels l’action humanitaire se déploie. Le conflit du Biafra préfigurait les conflits de l’après-chute du mur 20 ans plus tard : elle opposait au sein de territoires anciennement colonisés, des groupes étatiques et non-étatiques sur des enjeux politiques, économiques et, de façon croissante, identitaires. En quoi ces logiques et les expériences passées des acteurs humanitaires permettent-elles de saisir les conflits contemporains en Syrie ou en Irak ? Réfléchir à la notion de contexte humanitaire invite également à penser l’impact du changement climatique (sur les catastrophes naturelles et les migrations) mais aussi à questionner l’extension des terrains d’intervention des acteurs humanitaires.

Un troisième axe de réflexion est ouvert autour du terme de souveraineté au cœur de la question biafraise. Les embryons des ONG sans-frontières posaient les bases d’un droit d’ingérence. 50 ans après, l’accélération de la mondialisation, les réflexions autours d’un droit d’ingérence et l’adoption de la responsabilité de protéger ont contribué à ouvrir les frontières. Mais on assiste à une réaffirmation de souveraineté dans de nombreux États, notamment via l’émergence de mouvements nationalistes ou de législations de plus en plus hostiles à la création d’ONG nationales ou à l’exercice sur leur territoire d’ONG étrangères. La proclamation d’un agenda de localisation de l’aide depuis 2016 traduit certes la volonté d’un grand nombre de gouvernements d’organiser, de façon autonome, la réponse humanitaire sur leur territoire mais aussi une possible reprise en mains de leur société civile.

Le quatrième appui à la réflexion s’appuie sur la notion de professionnalisation. Il s’agira de clarifier les contours d’un concept aux acceptions multiples désignant tour à tour le professionnalisme et la compétence des acteurs humanitaires, la formation aux métiers de l’humanitaire ou l’opposition entre travail humanitaire salarié et engagement humanitaire militant. La prise de recul invite à revenir sur l’ancienneté des pratiques professionnelles des acteurs humanitaires et leur mise en place progressive. Elle invite également à réfléchir à l’impact du développement de formations universitaires spécialisées sur ces pratiques.

Dernier terme structurant les réflexions de ce numéro, celui de politique. En réaction à la neutralité du CICR, le mouvement des « French doctors » affirmait un humanitaire politique. Au nom de l’engagement militant, il a, d’ailleurs, flirté avec le politique. Le rapport aux médias des ONG sans frontières découlait de cet engagement : il s’agissait de conscientiser et de mobiliser les populations ici pour qu’elle fasse pression sur leurs dirigeants afin qu’ils mettent un terme aux massacres là-bas. L’humanitaire d’État, souvent développé avec l’aide d’anciennes figures du mouvement, a durablement brouillé les cartes. L’action humanitaire semble aujourd’hui prise entre deux écueils. Le développement explicite de « politiques humanitaires » d’une part, visant non pas seulement à défendre les intérêts des populations affectées par les crises, mais surtout à faire de l’humanitaire un instrument parmi d’autres des politiques étrangères des gouvernements. La dépolitisation d’autre part, qui voit les ONG reléguées au rang de prestataires efficaces et muets des États et des entreprises et contestées par un nombre croissant de mouvement sociaux.

Appel à contributions pour le N°8 de Alternatives Humanitaires

© Sharon Pittaway – Unsplash

Dans la perspective de son huitième numéro à paraître en juillet 2018, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « L’essor des nouvelles technologies : utilité, mésusages et sens ». Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 5 mars : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée dans les 15 jours de la réception de votre projet.

La date de rendu de l’article final est fixée au 30 avril, le calibrage étant fixé aux alentours de 15 000 signes (2 400 mots environ).

 

Alternatives Humanitaires
N°8 – Juillet 2018
Problématique du « Focus »

L’essor des nouvelles technologies: utilité, mésusages et sens

Le recours à l’innovation a toujours été au cœur des préoccupations des acteurs de l’aide humanitaire, soucieux d’optimiser leur action. Quelques exemples historiques l’attestent, comme la création de la prothèse en bambou par Handicap International, le développement du Plumpy’ Nut par Nutriset en collaboration avec Action contre la Faim ou les Bladders développés par Oxfam pour l’alimentation d’urgence en eau. Depuis une dizaine d’années, les nouvelles technologies font une entrée en force dans le champ humanitaire, avec par exemple l’usage des NTIC dans la prise en charge médicale ou la gestion de crises, l’utilisation des drones, de l’imagerie satellite et des méga-données pour cartographier les zones vulnérables ou anticiper les prochains foyers d’épidémie, ou le développement de nouvelles manières de récolter de l’argent via les réseaux sociaux. Si les nouvelles technologies apportent une plus-value significative à l’action humanitaire, leurs usages laissent aussi présager de nouveaux enjeux et des risques non négligeables.

Certains usages des nouvelles technologies posent des questions cruciales sur le respect de l’impératif humanitaire de « ne pas nuire » (do no harm), notamment en ce qui concerne la protection des données et des personnes. Au-delà des questions éthiques, le secteur de l’humanitaire représente un potentiel de développement économique considérable pour une industrie technologique en recherche de partenaires de marque afin de soigner son image. Il est donc essentiel de se pencher sur un modèle économique qui puisse garantir l’accès aux nouvelles technologies pour les plus vulnérables et préserver l’indépendance d’action et de décision des acteurs humanitaires par rapport au secteur privé. L’accélération prodigieuse de la transformation numérique à laquelle nous assistons constitue à la fois une formidable opportunité et un puissant facteur de déstabilisation. L’introduction de nouvelles approches peut avoir des conséquences non attendues qu’ils convient de bien prendre en compte dans une politique d’innovation. Enfin, la culture du risque et l’acceptation d’un échec potentiel sont des moteurs forts du secteur de l’innovation qui s’accommodent mal avec les contextes humanitaires où les conséquences d’un mauvais choix peuvent être désastreuses.

L’objectif de ce numéro sur les nouvelles technologies est de prendre le recul nécessaire pour réfléchir à la notion d’innovation et de progrès, deux concepts qui sont souvent utilisés de manière interchangeable. Pourtant, nos usages de l’innovation – et par conséquent des nouvelles technologies – prolongent-ils l’idée de progrès ou s’en détournent-ils ? Qu’est-ce qui, dans l’innovation actuelle, peut être gage de progrès dans les interventions humanitaires ? D’un point de vue organisationnel, quels sont les effets directs ou indirects de l’utilisation des nouvelles technologies pour les acteurs de la solidarité internationale ? Ces questionnements paraissent d’autant plus importants que le discours sur l’innovation semble se focaliser sur les résultats et les produits issus de la démarche en s’abstenant d’une réflexion sur le sens et les moteurs de la dynamique.

Appel à contributions pour le N°7 de Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son septième numéro, à paraître en mars 2018, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème « ONG et secteur marchand : l’État arbitre ? », second volet du dossier n° 6 en cours de parution. Si vous êtes acteur, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 4 décembre 2017 : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée dans les 7 jours de la réception de votre projet.

La date de rendu de l’article final est fixée au 15 janvier 2018, le calibrage étant fixé aux alentours de 15 000 signes (2 400 mots environ).

Alternatives Humanitaires
N°7 – Mars 2018
Problématique du « Focus »

« ONG et secteur marchand : l’État arbitre ? »

Depuis plusieurs années, l’écosystème humanitaire est en pleine transition. À côté des acteurs traditionnels, Nations unies et ONG en tête, le secteur privé (entreprises et fondations d’entreprises, mais aussi entreprises sociales) a fait une entrée remarquée dans le champ humanitaire.

Sous le thème « ONG et secteur marchand : menace ou opportunité ? », le numéro 6, qui paraît ces jours-ci (20 novembre en ligne – 27 novembre en version imprimée) visait à faire un état des lieux et à poser les termes du dialogue entre entreprises et ONG : le lucratif/non-lucratif est-il encore une frontière pertinente ? Faut-il imposer des limites aux entreprises ? Quel discours de sensibilisation les ONG peuvent-elles porter ?

Parce que ce dossier n’épuise pas ce sujet essentiel, notre prochain numéro – à paraître en mars 2018 – prolongera cette réflexion et ce dialogue en questionnant plus spécifiquement le rôle que l’État, garant de l’intérêt général et arbitre des intérêts particuliers, peut jouer dans ce débat, notamment pour y promouvoir une éthique partagée. La solidarité internationale ne relève-t-elle pas, en effet, de l’intérêt général ?