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Première édition des « Rencontres de la Fondation Croix-Rouge française »

Le 30 mai 2018, Alternatives Humanitaires a participé à la première édition des « Rencontres pour la recherche humanitaire et sociale », organisée par notre partenaire, la Fondation Croix-Rouge française au siège de l’Unesco, à Paris. L’événement a été l’occasion de découvrir les résultats des travaux des sept chercheurs soutenus en 2017 par la Fondation que nous vous présentons ci-dessous et de continuer à promouvoir un espace de réflexion entre les chercheurs et les professionnels du secteur.

Jean-Jacques Eledjam, président de la Croix-Rouge française et de la Fondation Croix-Rouge française, et Elhadj As Sy, secrétaire général de la Fédération internationale de la Croix-Rouge (FICR), ont ouvert la journée de débats et ont officiellement présenté le lancement de la Fondation Croix-Rouge française, dont l’objet est de promouvoir la recherche et l’innovation dans l’action humanitaire et de mettre l’innovation « au service des plus fragiles et du lien social(1)Discours de Jean-Jacques Eledjam ».

« L’action humanitaire dans les situations de rue »

Intervenants :
Jeanne Semin – Anthropologue
Marjorie Gerbier-Aublanc – Sociologue

Jeanne Semin, « Vers un plan concerté de retrait des enfants des rues de Saint-Louis du Sénégal : transition humanitaire et principe éthique d’autonomie » : Jeanne Semin a analysé le réseau organisationnel venant en aide aux enfants talibés au Sénégal en mettant en évidence la diversité des acteurs, les difficultés de coordination, mais aussi les rapports conflictuels avec les autorités de l’État. L’objectif de sa recherche était aussi de rompre avec l’analyse du « bénéficiaire » en tant qu’agent passif et de démontrer la capacité des enfants vivant dans la rue d’être acteurs de leur propre parcours.

Marjorie Gerbier-Aublanc, « L’improvisation humanitaire : potentialités et limites des solidarités citoyennes dans les camps de migrants à Calais et à Paris » : La sociologue Marjorie Gerbier-Aublanc souhaitait analyser l’action dans les camps par des citoyens qu’elle qualifie d’« ordinaires » (caractérisés par une certaine déconnexion de la vie publique et de la réalité des politiques publiques) dans l’espace politisé et codifié de l’humanitaire. Elle étudie les origines spontanées de ces mouvements citoyens, leur « bricolage organisationnel » et leur capacité à se pérenniser. Les rapports entretenus par les mouvements citoyens avec les professionnels de l’humanitaire et la sphère politique sont aussi étudiés de manière approfondie dans son article.

« L’organisation de l’espace sécuritaire en Afrique »

Intervenants :
Alvar Jones Sanchez – Anthropologue
Tatiana Smirnova – Anthropologue

Alvar Jones Sanchez, « Les comités de paix pour la résolution de conflits en Casamance : de l’illusion populaire au déni politique » : La recherche d’Alvar Jones Sanchez porte sur les programmes mis en place par les acteurs humanitaires pour faire participer les populations à la construction de la paix en Casamance. En effet, dans cette région sénégalaise en proie à un conflit d’indépendance depuis plus de trente-cinq ans, de nombreux bailleurs de fonds humanitaires ont délégué cette mission aux organisations humanitaires. La stratégie de peacebuilding consiste ainsi à choisir des individus au niveau local et communautaire et à les former à la résolution de conflits. Celle-ci est destinée au niveau local à aider celle au niveau national. Toutefois, Alvar Jones Sanchez développe une critique constructive de cette pratique humanitaire dans ce cas précis. En effet, l’extériorité de l’initiative et le manque de coordination avec les autres processus de résolution de conflits (traditionnels, administratifs, etc.) nuisent sérieusement à l’efficacité des « comités de paix ».

Tatiana Smirnova, « Boko Haram et les déplacés dans la région de Diffa au Niger : penser et construire la réponse humanitaire dans un contexte insurrectionnel (2013-2016) » : Tatiana Smirnova a concentré ses recherches sur la région de Diffa au Niger. Elle a cherché à comprendre l’articulation entre l’aide humanitaire et la dynamique du conflit lié au Boko Haram. De 2013 à 2016, elle a analysé comment les acteurs (ONG, autorités locales, etc.) ont construit une réponse humanitaire à l’afflux croissant de réfugiés. Elle a aussi voulu étudier comment cette aide est perçue par les bénéficiaires et les insurgés. Les questions de la sécurité des déplacés, de la construction de camp, mais surtout du rôle de l’État ou de son « absence » occupent une place majeure dans ses recherches.

 « La transition humanitaire au prisme des relations intimes, des liens communautaires et de la communication locale »

Intervenants :
Pierre Boris N’Nde – Anthropologue (absent)
Marie Fierens – Docteur en science de l’information et de la communication (présentation par vidéo)
Amalia Dragani – Docteur en anthropologie sociale et ethnologie

Vous pouvez aussi lire l’article de Pierre Boris N’Nde publié dans le n° 7 d’Alternatives Humanitaires sur le rôle de l’État et des entreprises dans la sphère humanitaire, à travers l’exemple d’un programme de cash transfer au Cameroun (disponible ici).

Pierre Boris N’Nde, « Environnement sécuritaire et offre humanitaire : l’évolution des représentations des réfugiés du site de Gado Badzeré au Cameroun » : L’article de Pierre Boris N’Nde porte sur l’évolution des représentations de l’offre humanitaire pour les réfugiés d’un camp de réfugiés de l’est du Cameroun. Il analyse ces représentations à travers le prisme de l’environnement sécuritaire du camp.


Marie Fierens,
« Humanitaire et journalistes à l’est de la République démocratique du Congo : une amitié négociée » : La recherche de Marie Fierens porte sur les relations entre les professionnels de l’humanitaire et les journalistes locaux à l’est de la République démocratique du Congo. L’information et sa diffusion apparaissent comme un enjeu humanitaire majeur. Sa recherche met en évidence la difficulté pour les différents acteurs de concilier cet enjeu humanitaire avec d’autres, notamment démocratiques ou commerciaux.

Amalia Dragani, « Le transfert humanitaire au prisme des relations intimes : hétérogamies extrêmes et “nouveaux cadets sociaux” au Niger » : Amalia Dragani a choisi un sujet d’étude peu commun. Cette analyse lui a permis d’appréhender les perceptions de ces mariages par les sociétés d’accueil et le milieu de l’humanitaire. Elle a aussi cherché à comprendre les avantages tirés par les époux de cette situation, mettant ainsi sérieusement en cause l’hypothèse selon laquelle la relation est avantageuse surtout pour le « local ».

Débat : « Les liens solidaires à l’épreuve des migrations »

Intervenants :
Annabel Desgrées du Loû – Démographe, directrice de recherche à l’IRD, directrice adjointe de l’Institut Convergences Migrations
Damianos Kattar – Membre de la Croix-Rouge libanaise, professeur d’économie et de stratégie, ancien ministre des Finances et de l’Économie du Liban
Marguerite Barankitse – Présidente et fondatrice de Maison Shalom Burundi et Rwanda
Pierre Micheletti – Coresponsable du master Politiques et pratiques des organisations internationales à l’IEP de Grenoble, vice-président d’Action contre la Faim

Modérateurs :
Serge Paugam – Directeur d’études à l’EHESS, directeur de recherche au CNRS
Mahaman Tidjani Alou –Professeur agrégé des universités du Cames, ancien doyen de la faculté des sciences économiques et juridiques de l’Université Abdou Moumouni

Selon Serge Paugam(2)Pour aller plus loin : Entretien avec Serge Paugam, http://ses.ens-lyon.fr/articles/le-lien-social-entretien-avec-serge-paugam-158136#section-4, le terme de « liens solidaires » permet de mettre en évidence les processus d’intégration sociale et les aspects interindividuels de la solidarité. Sa typologie des liens sociaux est établie en fonction de la reconnaissance et de la protection qu’ils offrent. Chaque type de lien social renvoie à des morales et à des logiques d’intégration différentes. La rupture des liens solidaires peut dès lors être analysée comme une des causes de la migration : les individus ne trouvant pas la reconnaissance et/ou la protection dans les liens solidaires de leur pays d’accueil, ils sont contraints de partir. Mais aussi comme une conséquence de la migration. Cette rupture des liens sociaux est bien souvent palliée par la rencontre d’individus de même nationalité ou de même ethnie dans le pays d’accueil. La création de ces communautés permet aux migrants de retrouver des liens solidaires, qui rappellent la solidarité mécanique théorisée par Durkheim. L’intégration avec l’ensemble de la société d’accueil, elle-même divisée entre ceux qui acceptent les migrants et ceux qui les rejettent, devient alors un réel défi pour ces migrants.

Mahaman Tidjani Alou, quant à lui, interroge la notion de service public ; en effet, la problématique migratoire pousse à une réflexion sur ses frontières, ses compétences, ainsi que son accessibilité. Il a aussi souhaité focaliser le débat sur les notions d’homme et de cœur qui doivent, selon lui, être au centre de toutes les réponses politiques, sociales et humanitaires aux enjeux migratoires. Deux problématiques majeures ont donc été cernées pour ce débat :

  • Comment (re)construire des liens solidaires avec des populations vulnérables pour leur permettre de rebondir ?
  • Quel rôle le secteur de l’humanité peut-il jouer dans la reconstruction de liens solidaires ?

Les quatre intervenants ont développé leur apport sur le sujet des « liens solidaires à l’épreuve des migrations ». La diversité des parcours et des domaines d’expertise des intervenants a permis d’obtenir une vision globale du sujet.

Annabel Desgrées du Loû, démographe et directrice de , a utilisé ses recherches sur les femmes africaines porteuses du VIH en France pour traiter le sujet du débat. Plus particulièrement, son étude a porté sur une association francilienne qui vient en aide à ces femmes, et cherche à les (ré)intégrer dans la société. Une des premières actions de cette association consiste à accueillir les femmes africaines séropositives autour d’un grand repas traditionnel. Cela leur permet de recréer des liens solidaires dans un contexte qui leur est familier : le temps du repas. Elles cherchent aussi à créer des liens solidaires par l’identification, en effet, les femmes qui gèrent cette association sont d’anciennes « bénéficiaires » et deviennent des « modèles » pour les « bénéficiaires » actuelles. Annabel Desgrées du Loû a finalement soulevé la problématique majeure de la reconstruction des liens sociaux dans les sociétés d’accueil : comment valoriser la place irremplaçable des pairs sans pour autant tomber dans l’entre soi et le communautarisme ?

Marguerite Barankitse, fondatrice de la en 1994, a présenté le combat qu’elle mène dans son pays d’origine, le Burundi. Maison Shalom est un refuge pour enfants qui en a accueilli plus de 20 000, sans distinction de leur origine ou de leur ethnie. Contrainte à l’exil en 2015, elle a continué son combat à distance. Son intervention nous rappelle l’importance de la place de l’engagement, de la détermination et du cœur dans l’aide humanitaire.

Pierre Micheletti, vice-président d’Action contre la Faim et professeur à l’Institut d’études politiques (IEP) de Grenoble, a choisi de développer son expérience sur les centres de santé pour personnes socialement défavorisées à Grenoble. Ces structures associatives cherchent à limiter les inégalités sociales face à l’accès aux soins. Cela lui a permis de mettre en perspective l’importance des pouvoirs publics dans la reconstruction de liens sociaux et solidaires, dans des situations de précarité.

Enfin, Damianos Kattar a apporté sa double expertise d’ancien politique (ex-ministre des Finances et de l’Économie du Liban) et d’humanitaire (membre de la Croix-Rouge libanaise). Son intervention s’est concentrée sur le Liban. Ce pays de 4 millions d’habitants accueille actuellement environ 2 millions d’immigrés(3)Source : http://www.iom.int/world-migration, principalement syriens, irakiens et palestiniens. Selon lui, cette situation remet en cause les liens solidaires au Liban, car elle engendre des difficultés économiques et sociales. Ce problème du cumul démographique n’est pas propice à des conditions d’accueil des réfugiés décentes et à l’établissement de liens solidaires qui apportent reconnaissance et protection.

Les interventions des participants ont été suivies d’un débat avec les chercheurs soutenus par la Fondation et le public. On peut notamment noter l’intervention d’Alvar Jones Sanchez qui a rappelé que « l’humanitaire a encore du mal à parler du migrant sans en faire une altérité absolue », en orientant la discussion sur la difficulté pour les ONG humanitaires de concilier les discours de collecte de fonds basés sur la compassion voire une certaine victimisation, et l’action concrète qui, selon lui, doit se baser sur des relations d’interdépendance et d’égalité pour ne pas être contre-productive.

Jean-Christophe Combe, directeur général de la Croix-Rouge française et secrétaire de la Fondation Croix-Rouge française, a clôturé cette journée de travail par un discours.

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1. Discours de Jean-Jacques Eledjam
2. Pour aller plus loin : Entretien avec Serge Paugam, http://ses.ens-lyon.fr/articles/le-lien-social-entretien-avec-serge-paugam-158136#section-4
3. Source : http://www.iom.int/world-migration

Impacts du changement climatique sur la pauvreté et les crises humanitaires : quels constats et quelles propositions des organisations de la société civile ?

©Yann Castanier/Forum Mondial Convergences

Dans le cadre du 10e Forum mondial Convergences, nous avons eu le plaisir de coorganiser, en partenariat avec le Fonds Croix-Rouge française cette conférence intitulée :

« Impacts du changement climatique sur la pauvreté et les crises humanitaires : quels constats et quelles propositions des organisations de la société civile ? »

Comme l’a rappelé le professeur Jean-François Mattei, président du Fonds Croix-Rouge française, lors de son discours d’ouverture, nos deux structures poursuivent des buts communs et notamment « celui de lancer des passerelles entre le monde opérationnel de terrain et le monde académique ; entre le monde anglo-saxon et le monde francophone et […] d’accompagner la “transition humanitaire” ».

Pour la deuxième année consécutive, Alternatives Humanitaires et le Fonds Croix-Rouge française présentent à Convergences des sujets « atypiques »(1)En 2016, Alternatives Humanitaires s’efforçait d’analyser comment l’aide humanitaire venait en substitut aux défaillances politiques face aux migrations contraintes (pour visionner l’intégralité de la conférence, cliquez ici) et le Fonds Croix-Rouge française organisait une conférence sur l’assurance contre les risques de cataclysmes, les catastrophes de toutes sortes (« S’assurer contre le risque de crises : une voie vers la transition humanitaire ? », pour revoir l’intégralité de la conférence, cliquez ici).. Avec cette conférence, qui s’est tenue le mardi 5 septembre 2017, nous nous sommes réunis dans l’objectif de présenter l’impact du changement climatique sur la pauvreté et les crises humanitaires.

Intervenants :

  • Mme Claire FEHRENBACH – directrice générale, Oxfam France, Paris
  • M. Benoît HAZARD – anthropologue chargé de recherche au CNRS et à l’EHESS, corédacteur en chef des Cahiers d’études africaines, Paris
  • M. Cheikh KANE – conseiller en résilience climatique pour l’Afrique de l’Ouest, Centre climatique Croix-Rouge/Croissant-Rouge, Paris
  • Pr Jeannot RAMIARAMANANA – directeur du Centre d’économie et d’éthique pour l’environnement et le développement de l’université d’Antananarivo et conseiller scientifique dans le programme de recherche UMI-Résiliences-IRD, Madagascar

La conférence était modérée par Stéphanie STERN, chef de projet Lab, Action Contre la Faim, Paris

Contexte

En 2014, le cinquième rapport(2)http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg1/index_fr.shtml du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) mettait l’accent sur l’évaluation des aspects socio-économiques liés au changement climatique et les conséquences quant au développement durable, aux aspects régionaux, à la gestion des risques et à l’établissement d’un cadre d’intervention fondé sur des mesures d’adaptation et d’intégration : hausse du taux de sous-alimentation en Afrique, augmentation des causes de vulnérabilité pour les populations pauvres, recrudescence des catastrophes « naturelles » liées au climat…

En 2015, à la veille de la COP21 de Paris, un rapport de la Banque mondiale confirmait le lien entre climat et pauvreté, un de ses auteurs affirmant que « le changement climatique constitue une menace pour l’éradication de la pauvreté, mais [que] ses impacts sur la pauvreté d’ici 2030 seront largement déterminés par les choix de politiques : un développement rapide, inclusif et qui intègre les risques du changement climatique peut prévenir la plupart des impacts à court terme sur la pauvreté ; en revanche, 100 millions de personnes supplémentaires pourraient être pauvres en 2030 à cause du changement climatique si les politiques de développement adéquates ne sont pas adoptées ». Autant de projections qui certes doivent interpeller en premier lieu les acteurs économiques et politiques, mais qui interrogent également quant aux relations encore trop distantes entre ONG humanitaires, environnementales et de développement, du Nord comme du Sud.

Face à cette véritable injonction que représente l’agenda climatique, ces trois catégories d’ONG peuvent-elles encore rester, comme on l’observe trop souvent, dans leurs champs respectifs ou ne doivent-elles pas enfin faire en sorte de mieux se concerter sur leurs actions de terrain, coordonner leurs partenariats et porter des plaidoyers communs ? Ce sont leurs constats et leurs propositions qu’il s’agit de partager à l’occasion de ce débat qui intervient alors même que la France a annoncé une baisse de son aide au développement et que les États-Unis se sont retirés de l’accord de Paris sur le climat.

Remettre l’humain au cœur des préoccupations

L’accélération et l’intensification des catastrophes naturelles posent la question de l’impact du changement climatique au cœur des débats. Nous observons une hausse indéniable des températures, une augmentation de la fréquence des événements naturels extrêmes et une augmentation de la pollution qui risque de devenir plus nocive que celle de l’ère préindustrielle. Autant de facteurs qui, indéniablement, auront un impact sur les économies locales des pays les plus vulnérables.

L’exemple de Madagascar

Madagascar est une île frappée de plein fouet par des phénomènes cycloniques. Le pays, majoritairement agricole (trois quarts de la population), est fortement dépendant du climat. Pourtant, de nombreux facteurs limitent la capacité du pays à faire face au changement climatique : le système de santé précaire, le faible niveau d’instruction de la population (40 % des adultes sont analphabètes), l’insuffisance de moyens, la fragilité des institutions politiques, la courbe démographique, la mauvaise gestion et l’exploitation des ressources naturelles…
Autant d’éléments qui permettent de dire que le pays est aujourd’hui menacé.

Benoît Hazard considère que pour faire face aux conséquences du changement climatique, le problème ne doit plus être analysé par le prisme des géosciences mais doit se centrer sur l’humain, la structure sociale et la structure publique. Comme lui, le professeur Jeannot Ramiaramanana rappelle que le changement climatique ne doit pas être un questionnement purement scientifique mais que l’homme doit être au centre des préoccupations. Il appelle à l’application du principe de précaution et à une responsabilité partagée mais différenciée rappelant que « nous avons tous – à des degrés différents – participé au changement climatique et que tous, à notre niveau, devons prendre en main les responsabilités selon nos capacités d’action ». Aujourd’hui, « l’enjeu n’est plus celui de pointer du doigt ceux qui seraient plus responsables mais de tenir compte des besoins de chaque communauté », et de respecter le principe de justice d’équité et de solidarité.

Quelle mobilisation internationale ?

Sur le plan international, la sortie des États-Unis de l’accord de Paris et les discussions inabouties sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre sont des points révélateurs d’un manque de mobilisation et de cohérence internationales face à ce problème qui doit être considéré comme global. Selon le professeur Jeannot Ramiaramanana, il est nécessaire de privilégier une approche axée sur les moyens à la disposition de la communauté internationale pour faire face au changement climatique. Les scientifiques sont tenus au « devoir de vérité » et les acteurs de l’aide à la mise en place de principes éthiques et à la prise en compte des besoins et des capacités de chacun à réduire les effets du changement climatique.

L’exemple d’une mobilisation : Oxfam

Oxfam est une confédération de 20 affiliés qui travaille dans 90 pays. La mission d’Oxfam est de lutter contre les inégalités qui engendrent la pauvreté dans le but de l’éradiquer.
À Oxfam, la question du changement climatique est abordée sous l’angle de la pauvreté et plus précisément de la sécurité alimentaire et part du constat que le changement climatique provoque des catastrophes naturelles qui auront un impact sur les cultures et l’élevage et donc sur la production alimentaire. Selon les estimations de l’association, le prix moyen des denrées alimentaires va augmenter de 140 % d’ici 2030, augmentation qui impactera directement les populations les plus démunies. Et d’ici 2050, plus de 20 % de la population souffrira de la faim.
Sur le terrain, Oxfam agit sur tout le système d’approvisionnement, d’acheminement de l’eau, sur les questions d’assainissement. L’association distribue également de l’aide alimentaire, des abris ou encore des kits d’urgence.
En amont, Oxfam travaille avec les populations concernées sur différentes problématiques comme la création de stocks de céréales, la revitalisation de mangroves – qui permettent de développer la biodiversité et, en cas de typhon, de retenir les eaux – sur des systèmes d’alerte précoce, le renforcement des acteurs pour améliorer leur capacité de résilience, la prévention de risques, etc.
En France, Oxfam mène un travail de plaidoyer important en publiant des rapports, en sensibilisant le grand public et en appelant à la mobilisation pour influencer les décideurs et réclamer des engagements politiques ambitieux.
Pour en savoir plus sur les actions menées par Oxfam, cliquez ici.

Par ailleurs, Claire Fehrenbach, revient sur la création en 2009 du Fonds vert pour le climat, lors du sommet de Copenhague, où les pays se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020 et dont une partie doit être hébergée par le Fonds vert, faisant de celui-ci le principal canal des « financements climat ». Or, sur la période 2015-2018, le Fonds n’a réussi à collecter que 10 milliards de dollars sur les 100 initialement prévus.

De nombreuses tensions existent par ailleurs vis-à-vis de la circulation des fonds et du système d’accréditation complexe mis en place afin de définir la distribution des financements. Claire Fehrenbach regrette notamment l’absence d’une liste « d’exclusion » qui permette d’éviter le financement de projets néfastes. À titre d’exemple, les experts du GIEC s’accordent pour dire que 80 % des ressources énergétiques fossiles doivent rester dans le sous-sol pour éviter une hausse des températures. Or rien dans les statuts du Fonds vert n’exclut d’office les projets reposant sur les énergies fossiles. Au contraire, parmi les banques qui permettent la circulation de ces fonds, certaines investissent dans ce secteur…

Les prochains défis

Une question qui devient de plus en plus importante à traiter est celle du lien entre changements climatiques, conflits et déplacements forcés. Cheikh Kane, du Centre pour le climat souligne que cette question doit être plus clairement mise en lumière et prise en compte de façon systématique par les États. Il nous rappelle que les migrations forcées dues aux impacts du changement climatique tombent dans un vide juridique puisque le statut de réfugié climatique n’existe pas. Ainsi dans ce contexte, le Centre pour le climat est effectivement mobilisé sur cette question et tente de la replacer au centre des débats en invoquant le droit international humanitaire. Cheikh Kane rappelle que le changement climatique exacerbe les conflits autour des ressources naturelles obligeant les populations à migrer. Cependant, contrairement au statut de réfugié, la difficulté de cet éventuel statut réside dans l’identification de la source de la contrainte, ce qui soulève une réelle limite en termes de responsabilité et de redevabilité.

Le Centre pour le climat est un centre de référence spécialisé de la fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge basé aux Pays-Bas. Sa mission est de permettre au mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et à ses partenaires de réduire les impacts du changement climatique et des événements climatiques extrêmes sur les populations les plus vulnérables.Le Centre regroupe des scientifiques spécialisés dans le climat et offre des conseils et travaux de recherche stratégiques. Les recherches du Centre sont basées sur le savoir et le support des sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, de la FICR et du CICR. Par ailleurs, le Centre travaille avec un large réseau de partenaires humanitaires et de spécialistes climat. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter leur rapport annuel disponible ici.

Finalement, Benoît Hazard, soulève la capacité des populations locales qui dépendent des ressources naturelles à s’adapter. En prenant l’exemple de l’Afrique de l’Est, il rappelle leur capacité à se reconvertir et à s’adapter. Pour lui, un des défis majeurs est donc de mieux prendre en considération les conséquences des programmes d’aide et d’intégrer leurs capacités et ressources d’adaptation. Dans ce contexte il alerte sur les effets déstructurants que peuvent avoir certains programmes sur les relations sociales et la manière dont les ressources sont gérées. Il y a donc là, selon lui, une réelle réflexion anthropologique à avoir et qui pourrait bénéficier aux pratiques du développement et de l’aide humanitaire.

Pour visionner l’intégralité de la conférence, cliquez ici et pour plus de vidéos visitez notre chaine YouTube.

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1. En 2016, Alternatives Humanitaires s’efforçait d’analyser comment l’aide humanitaire venait en substitut aux défaillances politiques face aux migrations contraintes (pour visionner l’intégralité de la conférence, cliquez ici) et le Fonds Croix-Rouge française organisait une conférence sur l’assurance contre les risques de cataclysmes, les catastrophes de toutes sortes (« S’assurer contre le risque de crises : une voie vers la transition humanitaire ? », pour revoir l’intégralité de la conférence, cliquez ici).
2. http://www.ipcc.ch/report/ar5/wg1/index_fr.shtml

Forum Mondial Convergences – 2016

 

Le 7 septembre 2016, dans le cadre du 9ème Forum Mondial Convergences (www.convergences.org), Alternatives Humanitaires co-organisait son premier débat public sur le thème « Face aux migrations contraintes, l’humanitaire comme substitut aux défaillances politiques ? ».

Animée par Boris Martin, rédacteur en chef de la revue, la conférence rassemblait un panel composé de dirigeants d’ONG françaises, du représentant en France du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (UNHCR) et du président du Centre français des Fonds et Fondations, tous mobilisés pour la défense des droits des migrants.

Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères et européennes (2007-2010) et co-fondateur de Médecins Sans Frontières et Médecins du Monde, accepta d’en être le Grand Témoin, déclarant notamment que l’important était de « lutter contre cette extraordinaire vague de racisme, de nationalisme et de catastrophisme. C’est ça qui fait que les politiques, parce qu’ils ont peur du FN, pour les élections qui arrivent, ont construit cette méfiance ; en tout cas, [ils] n’ont pas participé d’un mouvement d’accueil et d’élémentaire solidarité pour ceux qui venaient sur notre territoire et ils n’étaient pas nombreux » et que si « l’État doit donner de l’argent et des moyens, […] c’est à la solidarité […] de proximité, humaine, familiale, qu’il faut faire appel. »

Pour voir le film intégral de ce débat, cliquez ici.