Archives de catégorie : Culture

Mémoire d’un sans frontières

Une mémoire d’Indiens. Récit d’un médecin du monde Pierre Micheletti Préface de Jean Furtos Éditions Parole, 2018

Le mot de l’éditeur

La longue route de notre propre vie ne se dessine que lorsque nous nous retournons sur notre passé. Le jeune migrant pied-noir qui quitte l’Algérie en 1962 pour atterrir dans une ZUP de Blois ne sait alors rien de son devenir. Quelle main invisible va guider la construction de sa vie ? Quelles influences auront, dans son cheminement, la confiance de sa grand-mère, la mystérieuse injonction de son père «  Peigne-toi, tu ressembles à un Indien !  », les copains du quartier de sa jeunesse, ses professeurs ? Du jeune garçon à l’homme d’aujourd’hui, Pierre Micheletti nous fait suivre son parcours familial et mondial. Tantôt médecin de campagne, tantôt médecin humanitaire, il donne une réalité à son désir d’ailleurs et de rencontres. Ce faisant, il nous fait le cadeau de nous entraîner sur les chemins qu’il a suivis. Avec lui, nous côtoyons, comme si nous y étions, les peuples et les personnalités qui ont marqué l’histoire de son monde et du monde. De Danielle Mitterrand à Fidel Castro, du Tibet à la Guyane, des paysans de Colombie aux Palestiniens de Gaza, de sa grand-mère à son père, c’est le passionnant roman d’une vie qu’il nous offre, avec ses découvertes, ses questionnements et le sentiment profond que la seule grande valeur de la mondialisation reste la fraternité.

Pierre Micheletti rejoint Médecins du Monde dès 1987, il sera président de l’organisation de 2006 à 2009. Il enseigne depuis 2009 à l’Institut d’études politiques de Grenoble où il codirige le master «  Politiques et pratiques des organisations internationales  » et à la faculté de médecine où il dirige le diplôme «  Santé-solidarité-précarité  ». Depuis 2015, il est vice-président d’Action contre la Faim.

L’engagement social pour les nuls

L’Engagement social pour les nuls, Francis Charhon, avec Marjolaine Koch, First, 2018

Le mot de l’éditeur

Le terme «  engagement  » connaît à notre époque une grande résonance : l’humain a besoin, parfois de façon vitale, de se sentir utile. Dans une société en quête de sens où les envies d’agir des jeunes générations Y, Z et Millenials pour l’intérêt général se multiplient, où les questions pour y parvenir s’additionnent, il fallait aborder ce sujet de façon méthodique.

Médecin anesthésiste-réanimateur, Francis Charhon a été président de Médecins Sans Frontières en 1980 avant d’en être le directeur général. Il crée en 1986 le Centre de recherche en épidémiologie et santé internationale. Par la suite directeur général de la Fondation de France, il a rencontré toutes les facettes de l’engagement. Il est également membre du conseil d’orientation d’Alternatives Humanitaires.

Mossoul au temps de l’État islamique

Mossoul au temps de l’État islamique L’État islamique de Mossoul.Histoire d’une entreprise totalitaire Hélène Sallon La Découverte, 2018

Le mot de l’éditeur

Litanie d’attaques terroristes en Europe, défaites militaires à répétition en Syrie et en Irak, parcours de djihadistes décortiqués sans fin par la police et les journaux : l’Organisation de l’État islamique ne quitte jamais longtemps les feux de la rampe, sans que l’on connaisse pourtant la véritable nature du califat que Daech prétendait imposer au monde entier. La libération de Mossoul permet enfin de lever le voile sur la réalité du projet politique et social de l’État islamique, unique par son ampleur et ses objectifs.

Les témoignages inédits recueillis par Hélène Sallon auprès des habitants de Mossoul dessinent une réalité terrible dont ne nous sont parvenus que très peu de récits et quasiment aucune image. Cet ouvrage exceptionnel raconte ce qu’a tenté d’imposer l’État islamique à toute la société, suivant le « nouvel ordre social djihadiste », qui apprend aux écoliers à compter en multipliant les tonnes d’explosifs, ou punit les femmes trop découvertes de morsures administrées par les brigades féminines armées de pinces terminées par des dents de fer.

Dans ce récit qui se tient autant à distance des témoignages à sensation de djihadistes ou de leurs victimes que des analyses froides et désincarnées des chercheurs, Hélène Sallon donne corps et matière à ce califat, devenu l’objet de toutes les inquiétudes et de tous les fantasmes.

Hélène Sallon est journaliste au Monde depuis 2010, à la rubrique Moyen-Orient du service International depuis 2014. Arabisante, elle a couvert, entre mi-octobre 2016 et mi-juillet 2017, la bataille de Mossoul, en Irak, et a passé plus de quatre mois sur le terrain à suivre l’offensive des forces irakiennes contre le groupe djihadiste et à enquêter sur son règne à Mossoul.

La Syrie par Rey

Histoire de la Syrie. XIXe-XXIe siècle Matthieu Rey Fayard, 2018

Le mot de l’éditeur

En croisant mémoires, presse et documents déclassifiés, Matthieu Rey éclaire les fondements de la Syrie contemporaine et son histoire tumultueuse. Il nous invite à suivre le devenir toujours incertain d’une communauté politique réunissant des populations variées, des hommes et des femmes qui s’installent et s’organisent sur un territoire.

Récit de la renaissance des campagnes environnant les villes au détriment des mondes nomades, histoire des migrations des Druzes du Liban vers la Syrie, des Montagnards vers les plaines, des campagnes vers les villes, c’est aussi une narration politique ponctuée par des révolutions et des guerres qui donnent naissance à un État dont le cours de l’histoire se révèle dans la crise révolutionnaire. Depuis 2011, la Syrie, chasse gardée de la famille Assad, se trouve au cœur d’une dramatique actualité internationale, déchirée par la guerre civile.

Son histoire n’est-elle pas finalement celle d’espoirs, de heurts, d’essais, d’attentes, de luttes, de violences et de projets partagés entre groupes humains qui tentent de créer les conditions d’un vivre-ensemble dans lequel chacun ait sa place ?

Chargé de recherche au CNRS et chercheur associé au Collège de France, Matthieu Rey consacre ses recherches à la question de la construction de l’État dans l’Orient arabe et persan.

Une vie d’humanitaire

Humanitaire. Une vie d’actions Philippe Chabasse, avec Camille Sayart Préface de Xavier Emmanuelli Alisio, 2018

Le mot de l’éditeur

Étudiant en 5e année de médecine et passionné de voyages, Philippe Chabasse rencontre Bernard Kouchner un soir de novembre  1978. C’est le début d’un engagement dans l’action humanitaire qui le mènera vingt ans plus tard à recevoir, avec ses comparses de Handicap International, le Prix Nobel de la paix pour leur combat contre les mines antipersonnel. Fourmillant d’anecdotes, ce livre alterne récit et analyses sur l’évolution de ce milieu, de l’aide humanitaire et sa place dans le monde de la coopération et de la diplomatie internationale. Philippe Chabasse partage avec nous les moments forts de sa vie professionnelle et dresse les portraits de quelques personnalités qu’il a croisées et qui, comme lui, contribuent à faire exister un minimum la solidarité internationale. Un ouvrage qui passionnera certainement tous ceux qui s’intéressent à ces questions, mais aussi celles et ceux qui, jeunes ou moins jeunes, rêvent de s’y engager.

Philippe Chabasse a mené la quasi-totalité de sa carrière dans l’action humanitaire internationale – avec Médecins Sans Frontières d’abord, comme médecin, puis comme directeur de programme. À partir de 1983, il rejoint l’aventure de Handicap International dont il sera l’un des trois codirecteurs durant vingt ans. En 1992, il participe à la création de la Campagne internationale pour l’interdiction des mines (Prix Nobel de la paix en 1997). Il est aujourd’hui secrétaire général de la fédération Handicap International et collabore avec l’association Habitat et Humanisme.

Puzzle guinéen

Mémoire collective. Une histoire plurielle des violences politiques en Guinée Collectif Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, 2018

Le mot de l’éditeur

Parler d’histoire en Guinée continue à susciter une gêne. Parfois même à installer un malaise. Comme si les intérêts de puissants personnages allaient être bousculés ou d’anciens secrets de famille révélés après avoir été protégés pendant des décennies. Les archives guinéennes sont fragmentées. Certaines sommeillent chez des particuliers, au fond de tiroirs d’où on hésite à les sortir. L’existence même de traces de ce passé fait l’objet de rumeurs : untel (dit-on) a des photos, tel autre a de vieilles lettres ou des procès-verbaux d’interrogatoire. La mémoire guinéenne semble fragmentée, faite de pièces isolées qui, faute d’être intégrées dans leur puzzle d’origine, commencent à disparaître. Ce livre est une contribution à l’assemblage du puzzle historique guinéen. Un travail collectif qui invite à aller au-delà des lignes de fractures du xxe  siècle. Des auteurs guinéen, français, américain ont combiné leurs efforts pour rassembler des éléments de l’histoire des violences politiques en Guinée. Ils viennent d’horizons divers  : universitaires, défenseurs des droits humains (FIDH, OGDH), journalistes (RFI) et apportent à cette recherche des regards complémentaires. Leurs textes sont accompagnés par le travail du photographe indien Mahesh Shantaram de l’agence VU et les illustrations du dessinateur congolais KHP. Un récit pluriel qui prouve au moins une chose : quand le silence se brise, que les souvenirs cessent d’être enfermés et que la mémoire devient collective, l’écriture de l’histoire devient envisageable.

«  Mémoire collective  » est un travail qui a associé Mouctar Bah, Maladho Siddy Baldé, Aliou Barry, Mohamed Saliou Camara, Anne Cantener, Laurent Correau, Safiatou Diallo, Vincent Foucher, Florent Geel, Florence Morice, Martin Mourre, Coralie Pierret, Antonin Rabecq, Olivier Rogez, Elizabeth Schmidt, Romain Tiquet, Carol Valade.

L’ouvrage est consultable et librement téléchargeable à l’adresse : www.memoire-collective-guinee.org

Des vies en attente

«  Une vie dans l’attente: la santé mentale des personnes réfugiées et les récits de souffrance sociale après la fermeture des frontières de l’Union européenne en mars  2016  »

Pia Juul Bjertrup, Malika Bouhenia, Philippe Mayaud, Clément Perrin, Jihane Ben Farhat et Karl Blanchet

Social Science & Medicine, vol. 215, octobre 2018, p. 53-60

«  Réfugiés syriens en Grèce: expérience de la violence, état de santé mentale et accès à l’information pendant le trajet et le séjour en Grèce »

 

Jihane Ben Farhat, Karl Blanchet, Pia Juul Bjertrup, ApostolosVeizis, Clément  Perrin, Rebecca  M.Coulborn, Philippe  Mayaud et Sandra Cohuet

BMC Medicine, 2018, 16:40

Depuis 2015, l’Europe est confrontée à une arrivée sans précédent de réfugiés et migrants : plus d’un million de personnes sont entrées par des voies terrestres et maritimes. Tout au long de ce périple, elles doivent souvent faire face à des conditions très difficiles, des détentions forcées et des expériences violentes dans les pays de transit. La frontière de l’ancienne République yougoslave de Macédoine a fermé ses frontières en mars  2016, entravant un passage à travers l’Europe très fréquenté par les réfugiés et laissant ainsi environ 60 000  personnes bloquées en Grèce. En  2016 et  2017, MSF Epicentre et la London School of Hygiene and Tropical Medicine ont décidé de mener une étude conjointe aux méthodes combinées.

Selon les sites étudiés, l’étude épidémiologique a montré qu’entre 31 et 77,5  % des personnes interrogées ont déclaré avoir subi au moins un événement violent en Syrie – 24,8-57,5  % pendant le trajet jusqu’en Grèce, et 5-8  % depuis qu’elles y sont installées. Plus de 75 % (et jusqu’à 92  %) des personnes interrogées de plus de 15  ans ont été diagnostiquées avec des troubles anxieux. Pour étudier les facteurs qui influent sur ce sentiment d’anxiété, l’étude qualitative explicative a montré que les réfugiés éprouvent une profonde incertitude et un manque de contrôle sur leur vie présente et future, causant une détresse et des souffrances psychosociales.

La passivité de la vie dans les camps de réfugiés a aggravé les sentiments d’impuissance et d’insignifiance. La perturbation des principaux réseaux sociaux et l’absence d’interactions avec la société grecque ont entraîné un sentiment d’isolement et d’hostilité à leur égard. Des procédures pour le droit d’asile plus rapides et plus transparentes, le développement d’activités constructives, valorisantes et autonomisantes, ainsi que des interactions sociales plus étroites avec la société d’accueil pourraient contribuer à atténuer leurs souffrances psychosociales.

 

Karl Blanchet, Auteur et membre du comité de rédaction

 

Les articles (en libre accès) peuvent être consultés sur:

https://bmcmedicine.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12916-018-1028-4

et www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0277953618304726?via%3Dihub

 

Traduit de l’anglais par Gauthier Lesturgie.

Com’passion

ONG, compassion à tous les rayons ? Bruno-Georges David VA Press, coll. « Antidoxa », 2018

Le mot de l’éditeur

Du «  Tsunami  » au tremblement de terre au Népal, en passant par Haïti, les Rohingyas, la crise syrienne ou celle des migrants, les ONG sont-elles devenues des grandes surfaces de la solidarité vendant de la compassion à tous les rayons à une clientèle désormais captive en mal d’émotions ? L’ouvrage raconte de l’intérieur la réalité contemporaine des ONG et interroge, sans concession et pour la bonne cause, la fabrique de la communication humanitaire. Derrière les façades compassionnelles et images des catastrophes, Bruno-Georges David livre une information et une analyse innovantes des stratégies de marketing et d’appels aux dons des ONG. L’auteur s’interroge légitimement en professionnel et citoyen éclairé sur les dérives de la communication associative, phénomène inquiétant qui pourrait générer une rupture mortelle entre les ONG et la société civile et l’opinion publique. Mis à l’épreuve par plus de dix ans de recherches immersives, d’enseignements et de conférences sur le traitement médiatique des crises humanitaires et de la communication des ONG, cet ouvrage interroge leur rapport à l’argent, aux pouvoirs médiatique et politique. Quelle est la part de confusion entre autopromotion et information ? La manipulation et la propagande sévissent-elles aussi dans ce milieu ? Il s’agit là d’un vaste tour d’horizon des véritables questions que soulève aujourd’hui l’action humanitaire industrialisée face au grand public et aux médias. Sujets qui restent encore tabous dans un milieu hermétique et opaque. Véritable manifeste, il convoque les origines de l’action humanitaire moderne, pour que les générations qui viennent s’engagent en conscience et sans illusion dans l’action humanitaire qui ne doit pas devenir un mirage ou un souvenir du xxe siècle.

Bruno-Georges David est consultant et responsable de la filière Communication de l’économie sociale et solidaire de l’École des métiers de l’information (EMI). Préalablement directeur de la communication et du développement du Secours Islamique France, il occupa la même fonction au sein d’Action contre la Faim. Président fondateur de l’association Communication Sans Frontières, créateur et organisateur du Grand prix de la communication solidaire et de l’observatoire de la communication solidaire, il est également membre du conseil d’orientation d’Alternatives Humanitaires. Il fut précédemment directeur général de BDC M&A, directeur associé chez TBWA/Corporate, directeur général de ABDC.EU et exerça différentes responsabilités chez Publicis : International Director, Deputy Wordwide Account Director, CEO et Chairman de «  Publicis Russia  » et CEO de «  Publicis Poland  ». Il enseigne actuellement à Paris 1 Sorbonne (CELSA) et Paris XII (UPEC).