Archives de catégorie : Livres

40 ans de Médecins du Monde

La belle histoire
Boris Martin
Éditions Médecins du Monde, 2020

Le mot de l’éditeur

En 2020, Médecins du Monde fête ses 40 ans. L’âge de la maturité peut-être, l’occasion surtout de revenir sur ce qui fonde l’association, de passer en revue les épisodes marquants de son histoire et de faire ressortir les lignes de force de son action, déjà énoncées il y a quatre décennies.

« Aller là où les autres ne vont pas, témoigner de l’intolérable et travailler bénévolement ». Telle est la profession de foi contenue dans ce « serment des égaux » que 43 personnes paraphèrent un jour de 1980 dans un amphithéâtre de l’hôpital Broussais, à Paris. Réunissant anciens du Biafra, déçus de Médecins Sans Frontières, jeune garde issue de l’opération Île de lumière en mer de Chine, médecins, journalistes ou photographes, cette assemblée donnait le jour à un nouveau venu dans la petite famille des humanitaires français. Mélange de déterminisme militant, d’enthousiasme triomphant et d’improvisation bon enfant, Médecins du Monde était né.

L’auteur est rédacteur en chef de la revue Alternatives Humanitaires.

L’ouvrage est consultable et librement téléchargeable en ligne.

40 ans de Solidarités International

Aider plus loin. 40 ans de crises, 40 ans d’actions
Pierre Brunet et Tugdual de Dieuleveult
Éditions Autrement, 2020

Le mot de l’éditeur

Afghanistan, 1980. Face à la guerre imposée par l’invasion soviétique, un groupe de jeunes Français part secourir la population. À pied ou à cheval, franchissant clandestinement la frontière, ils vont porter une aide dans les régions les plus reculées. De cet engagement humanitaire inédit naît Solidarités International. 40 ans après, l’ONG est active dans 18 pays, partout où les besoins existent. Elle vient ainsi en aide à plus de 4 millions de bénéficiaires chaque année, victimes de guerre, d’épidémie ou de catastrophe naturelle. Ce livre se veut le témoin de ces 40 années d’actions, grâce aux récits de son fondateur Alain Boinet et de ses compagnons de route – Gérard d’Aboville, Patrice Franceschi, Bernard Kouchner, Bernard Pivot –, mais aussi de ceux des personnes en danger et des équipes de terrain. Au-delà, il éclaire les défis nouveaux, ceux de l’humanitaire de demain. Ainsi se dessine l’histoire d’une exceptionnelle aventure humaine, réponse audacieuse aux multiples crises qui bouleversent notre monde.

L’histoire à rebrousse-poil

Décolonisations
Pierre Singaravélou, Karim Miské et Marc Ball
Éditions du Seuil, 2020

Le mot de l’éditeur

La décolonisation commence au premier jour de la colonisation. Dès l’arrivée des premiers Européens, les peuples d’Afrique et d’Asie se soulèvent. Personne n’accepte de gaîté de cœur d’être dominé. Mais pour recouvrer un jour la liberté, il faut d’abord rester vivant. Face aux mitrailleuses des Européens, les colonisés reprennent la lutte sous d’autres formes : de la désobéissance civile à la révolution communiste, en passant par le football et la littérature. Un combat marqué par une infinie patience et une détermination sans limite. Cette longue lutte constitue l’objet de ce livre qui, restituant le foisonnement des recherches universitaires, propose avant tout un nouveau récit entraînant. Une épopée inoubliable qui nous fait découvrir des héroïnes et des héros inconnus ou oubliés de cette histoire douloureuse : Manikarnika Tambe, la reine de Jhansi qui mena ses troupes à l’assaut des Britanniques en Inde, Mary Nyanjiru, l’insurgée de Nairobi, Lamine Senghor, le tirailleur sénégalais devenu militant anticolonialiste à Paris. Au fil des pages, nous rencontrons des personnages plus familiers : l’Algérien Kateb Yacine, l’Indien Gandhi, les Vietnamiens Giap et Ho Chi Minh. Avec eux, un vent de résistance emporte le monde et aboutit à l’indépendance de presque toutes les colonies dans les années 1960. Mais à quel prix ? Dans l’Inde atomique d’Indira Gandhi, dans le Congo soumis à la dictature de Mobutu ou dans un Londres secoué par les émeutes des jeunes issus de l’immigration, cette histoire des décolonisations démontre à quel point il est crucial de la raconter aujourd’hui.

Approche alternative du changement

Development, Humanitarian Aid, and Social Welfare. Social Change from the Inside Out
Cornelia Walther
Palgrave Pivot, 2020
[Publié en anglais]

Humanitarian Work, Social Change, and Human Behavior. Compassion for Change
Cornelia Walther
Palgrave Pivot, 2020
[Publié en anglais]

Le mot de l’éditeur

Le premier ouvrage examine la manière dont le comportement humain est façonné par nos aspirations, émotions, pensées et sensations et, à l’inverse, la manière dont les expériences qui découlent de notre comportement ont un impact sur nous-mêmes, sur autrui, et sur la planète. Ce livre présente une analyse des interactions constantes entre ces quatre strates et propose des solutions pratiques visant à systématiquement créer une dynamique de changement social durable. Il démontre pourquoi le changement, en plus des transformations économiques et politiques à l’échelle macro, commence par des changements d’état d’esprit à l’échelle micro. Ainsi, il met en exergue le chaînon manquant entre les efforts en faveur de l’autonomisation personnelle et ceux en faveur du bien-être collectif. L’analyse repose sur un nouveau paradigme théorique s’inscrivant dans la perspective d’une « connexion continue entre corps, esprit, cœur et âme ». Partant de l’idée qu’une société équitable peut profiter à tout un chacun, l’auteur défend l’argument selon lequel les efforts mis en œuvre pour les autres portent leurs fruits à trois niveaux : celui de la personne qui agit, celui de la personne pour laquelle l’action a été réalisée, et celui de la société.

Le deuxième livre part du principe que l’existence humaine découle des interactions entre quatre dimensions, à savoir l’esprit, le cœur, le corps et l’âme, lesquelles s’expriment par les pensées, les émotions, les sensations et les aspirations. Combinant théorie et pratique, et incluant les enseignements tirés de l’expérience personnelle de l’auteur – qui a travaillé pendant vingt ans dans le secteur humanitaire en zones sinistrées –, l’objectif de ce texte est de permettre au lecteur de comprendre (pensée), de ressentir (émotions), d’expérimenter (sensations) et de vouloir faire partie d’un changement de paradigme axé sur le changement aux niveaux local et global (aspirations). Cet ouvrage propose une méthodologie visant à optimiser les interactions entre les personnes, les institutions et les sociétés dans lesquelles elles travaillent, fondent une famille, et tentent de réaliser leurs rêves. En outre, il cherche à redonner du sens à la vie quotidienne et aux organisations humanitaires. Son principal message est le suivant : un monde meilleur n’est pas et ne devrait pas être une idée abstraite et absconse, mais quelque chose qui se trouve entre les mains de tout un chacun.

Traduit de l’anglais par Méline Bernard

Un printemps qui dure

La face cachée des sociétés civiles au Maghreb
Emmanuel Matteudi, Fatima Chahid-lapeze et Martin Pericard
Préfaces de Tahar Ben Jelloun et Benjamin Stora
Éditions de l’Aube, 2020

Le mot de l’éditeur

Le monde ne cesse d’être bousculé par la montée en puissance des sociétés civiles qui se révoltent contre les injustices, les puissants, la manière de gouverner, mais aussi pour davantage de libertés, de démocratie et de considération vis-à-vis de notre planète. C’est à la relecture des bouleversements tunisien, marocain, puis plus récemment algérien, que nous convient les auteurs, qui interrogent et observent les faces « cachées » de l’expression citoyenne.

Le nerf de la guerre

0,03 % ! Pour une transformation du mouvement humanitaire international
Pierre Micheletti, préface de Xavier Emmanuelli
Éditions Parole, 2020

Le mot de l’éditeur

Une très large proportion de l’action humanitaire est consacrée à des zones de conflit. Chaque année, sur tous les continents, entre 100 et 200 millions de personnes dépendent d’une aide extérieure vitale pour leur survie.

La solidarité internationale d’urgence se déploie au nom du principe fondamental d’une commune humanité entre les aidants et les aidés. Elle se débat pourtant face à des difficultés qui l’exposent à la paralysie. Elle n’arrive pas à réunir les ressources financières annuelles qu’il conviendrait de mobiliser. Les équipes sont confrontées à la suspicion voire à la violence des belligérants. Les lois antiterroristes ne tiennent pas compte des réalités auxquelles sont confrontés les humanitaires, et alimentent leur insécurité.

Après avoir démêlé l’écheveau complexe des différents acteurs, puis analysé les ambiguïtés qui hypothèquent désormais la démarche humanitaire, Pierre Micheletti dresse une liste de 10 propositions pour préserver une capacité à agir et éviter le risque d’instrumentalisation par les grandes puissances.

Dans le sillage de la pandémie de la Covid 19, et de ses graves effets sur la situation économique mondiale, la première de ces propositions concerne un changement radical dans le financement des secours. Un chiffre la résume, qui donne son titre à cet essai : 0,03 %…

« Lorsqu’on photographie des réfugiés, on suggère l’irruption de la violence de la guerre dans le quotidien »

Entretien avec Bruno Cabanes

Bruno Cabanes est historien, spécialisé en histoire contemporaine. Il occupe la chaire Donald G. and Mary A. Dunn d’histoire de la guerre à l’Ohio State University, aux États-Unis. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la Première Guerre mondiale et la sortie de guerre. Aux Éditions du Seuil, il a dirigé en 2018 le livre Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours. Mais c’est pour un autre livre, publié en 2019 toujours aux Éditions du Seuil, que nous souhaitions discuter avec lui. Il s’agit du livre Un siècle de réfugiés, Photographier l’exil.

Propos recueillis par Boris Martin, rédacteur en chef d’Alternatives Humanitaires.

Statistiques humanitaires

L’humanitarisme et la quantification
des besoins humains : Une humanité minimale
Joël Glasman
Routledge, Humanitarian Studies Series 2020, London/New York
(publié en anglais)

L’auteur, Joël Glasman, est historien et professeur à l’université de Bayreuth (Allemagne). Ses propos ont été recueillis par Vincent Hiribarren, maître de conférences au King’s College de Londres, où il enseigne l’histoire de l’Afrique, l’histoire globale et environnementale.

Pourquoi avoir écrit un livre sur les statistiques humanitaires?

Les statistiques sont aujourd’hui centrales dans la prise de décision humanitaire. On le voit bien sûr de manière évidente en ce moment avec la Covid-19, pour laquelle les chiffres et les graphiques sont omniprésents. Mais c’est le cas pour toutes les grandes crises humanitaires – taux de mortalité, taux de malnutrition, nombre de réfugiés… Toutes les grandes batailles humanitaires se règlent aujourd’hui aussi à coups de chiffres et de modèles mathématiques. Or la recherche historique ne s’est jusqu’à présent pas beaucoup intéressée à ces chiffres. On dispose de beaucoup de recherches sur les images de l’humanitaire, ses mots, ses catégories juridiques, ses façons de mobiliser des sentiments moraux – inspirés par exemple par les livres de Didier Fassin ou de Luc Boltanski –, mais bizarrement assez peu de travaux sur l’histoire des chiffres. Curieusement, les chiffres continuent d’avoir la réputation d’être rationnels, objectifs et froids. En réalité, ils sont investis d’une lourde charge morale : à quel moment l’ONU doit-elle intervenir ? Quelle organisation est légitime pour aller sur place ? Qui doit recevoir l’aide en premier ? Les chiffres de l’humanitaire engagent des affects, des prises de décisions ; ils ont des effets qui dépassent largement la sphère humanitaire.

On peut prendre l’exemple du fameux critère d’urgence, le « taux brut de mortalité ». L’Office de coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) considère qu’il y a une crise humanitaire dans une région lorsque le nombre de décès y dépasse un mort pour 10 000 habitants et par jour. Mais ce seuil est arbitraire. Le même chiffre ne signifie pas du tout la même chose selon le contexte. Dans certains pays pauvres, le taux de mortalité brut est déjà très élevé en temps « normal ». Dans les pays riches comme la France, même en période de crise, on n’atteint pas ce seuil. Certaines organisations ont alors proposé d’adopter un seuil adapté à chaque région du monde, en considérant qu’il fallait qu’une catastrophe fasse au moins 1,07 mort pour 10 000 habitants en Afrique subsaharienne pour que l’on parle de crise – tandis que 0,46 en Asie du Sud et 0,03 dans les pays riches suffirait. Mais selon cette nouvelle définition, une crise humanitaire nécessiterait de tuer 35 fois plus de victimes en Afrique qu’en Europe pour être reconnue comme telle. On voit qu’il n’y a pas de définition neutre de ce que serait une crise humanitaire. Définir statistiquement une crise ne résout pas la tension entre un universalisme abstrait et un relativisme inacceptable.

Toutes les organisations ont recours aux chiffres. En quoi les organisations humanitaires sont-elles spécifiques ?

Il y existe aujourd’hui deux grandes perspectives sur la statistique humanitaire. Pour les uns, la statistique est une preuve de sérieux, de transparence et d’efficacité. L’ONU en appelle même à une « révolution des données » (data revolution) et souhaite une aide humanitaire « fondée sur des preuves statistiques ». De nombreux auteurs abondent dans ce sens : pour eux, l’usage croissant de statistiques, d’outils technologiques, de technologies mobiles relève d’une spécialisation et d’une professionnalisation croissante.

Pour les auteurs critiques en revanche, l’usage des chiffres relève en réalité d’une gouvernementalité néolibérale. Pour une politiste comme Béatrice Hibou par exemple, la mise en chiffre permet d’exporter la logique du marché. Les techniques de l’entreprise comme la comptabilité, le management ou le benchmarking se diffusent partout dans le monde par le truchement des ONG qui les adoptent sous la pression des bailleurs de fonds.

Bien entendu, ces deux perspectives disent quelque chose de vrai sur l’humanitaire. Il y a indéniablement un processus de spécialisation à l’œuvre. Il y a bien sûr aussi, de façon d’ailleurs parfois assez caricaturale, une application des logiques néolibérales de mise en compétition généralisée des individus : une compétition à tous les niveaux, entre les différentes populations de victimes en concurrence pour les aides, entre les différentes ONG en concurrence pour les financements, et entre les différents bailleurs de fonds.

Cependant, la critique du néolibéralisme, même si elle est nécessaire, ne doit pas faire oublier que les organisations humanitaires ont une certaine autonomie et donc une responsabilité dans ce développement. Dans mon ouvrage, j’étudie une troisième piste. Je pense que la « fièvre quantificatrice » de l’humanitaire contemporain n’est pas seulement le fruit de pressions extérieures. Elle est aussi le fruit de l’histoire propre de l’humanitaire, comme on le voit avec la notion de « besoin minimum ». Les organisations humanitaires ont pris elles-mêmes de nombreuses décisions pour donner un poids tout à fait excessif, parfois irrationnel, aux statistiques. Or les statistiques humanitaires sont souvent de qualité assez médiocre, non pas parce que ceux qui les produisent seraient incompétents, mais bien parce que le propre des catastrophes est justement d’être difficile à saisir statistiquement. Les modèles sont utiles, mais les crises entrent mal dans les modèles. Lorsqu’une crise débute, on ne sait pas encore ce qu’il faut mesurer, comment il faut le mesurer, avec quoi il faut comparer, etc. On tâtonne forcément. En plus, les organisations humanitaires agissent souvent dans des régions où les institutions chargées de produire des chiffres et des documents ont été détruites ou affaiblies. Une attitude prudentielle exigerait donc de s’appuyer sur des expertises variées. Mais l’injonction à produire du chiffre tend à mettre fin à la discussion, à accorder trop d’importance à la « preuve statistique » pour mettre fin au débat. On place aujourd’hui une confiance excessive dans les indicateurs humanitaires.

Que signifie la notion de « besoin minimum » ? Comment les organisations humanitaires quantifient-elles ces besoins en Afrique centrale ?

La notion de « besoins » est au centre du discours humanitaire. Tous les grands acteurs de l’aide, qui sont pourtant en compétition par ailleurs, s’accordent pour donner une importance centrale aux « besoins fondamentaux ». Cela renvoie aux principes communs que les organisations humanitaires ont signés entre elles. Au début du XXe siècle, aider les gens de façon « impartiale », cela voulait dire aider tout le monde sans faire de discriminations (de nationalité, de religion, etc.). Aujourd’hui (depuis les années 1960), la notion d’impartialité est très différente : cela signifie allouer les ressources « en fonction des besoins humanitaires » (« Aid priorities are calculated on the basis of need alone », nous dit le Code of Conduct des ONG). Pour être considérée comme juste, il faut que l’aide soit proportionnelle aux besoins. Mais cette nouvelle définition a en fait remplacé un principe moral par une règle mathématique. La doctrine humanitaire implique aujourd’hui quasiment par définition que les organisations humanitaires soient capables de définir, de mesurer et de comparer les besoins des populations. Elles définissent des seuils minimums, des standards et des listes de choses nécessaires pour survivre – par exemple 2 100 kilocalories et quinze litres d’eau par personne et par jour, 250 grammes de savon par mois, etc. Le problème est que ces standards universels sont forcément arbitraires. Les sociétés ont en réalité des visions très différentes de ce dont les personnes ont besoin. Mais les organisations humanitaires définissent les besoins des gens en fonction de leurs propres préoccupations – leurs ressources limitées, les rapports de force sur le terrain, leur nécessité d’avoir de bonnes relations avec leurs partenaires, etc.

On peut prendre l’exemple du Cameroun, qui est devenu assez récemment un pays qualifié de pays « en crise » humanitaire. Avec l’arrivée de réfugiés nigérians et centrafricains de 2014-2015 sont intervenues sur le terrain toute une série d’organisations internationales spécialisées dans l’aide d’urgence : des ONG comme Médecins Sans Frontières, Première Urgence, etc., mais aussi des agences de l’ONU – l’UNICEF, le Programme alimentaire mondial, le Haut-Commissariat aux réfugiés. Toutes ces organisations produisent des chiffres – le HCR sur le nombre de réfugiés, l’UNICEF sur la malnutrition des enfants, le PAM sur la sécurité alimentaire, etc. Mais comment décider finalement à qui il faut donner les ressources ? Faut-il privilégier les réfugiés défendus par le HCR, les déplacés comptés par l’IOM, ou les enfants malnutris comptabilisés par l’UNICEF ? Comment comparer les besoins des uns et des autres, et décider lesquels sont prioritaires ? C’est à OCHA en tant qu’office central de l’ONU de faire ce travail de coordination. Mais pour ne pas s’attirer les foudres des organisations humanitaires en concurrence les unes avec les autres, OCHA utilise des algorithmes qui construisent des moyennes arithmétiques par secteur sanitaire – bref, des notes de « vulnérabilité » assez arbitraires, qui n’ont pas d’autre ambition que de produire un consensus parmi les acteurs de l’aide. Le calcul des « besoins » est ainsi autant le résultat des rapports de forces entre organisations humanitaires que le reflet des demandes des populations.

Nos remerciements à Vincent Hiribarren pour nous avoir autorisés à reproduire cet entretien avec Joël Glasman, initialement publié sur le blog Africa4 (http://libeafrica4.blogs.liberation.fr) qu’il anime avec Jean-Pierre Bat.

L’exil en images

Un siècle de réfugiés.
Photographier l’exil
Bruno Cabanes
Le Seuil, 2019

Le mot de l’éditeur

Le XXe siècle a été le siècle du déplacement et de l’exode. Depuis la fin de la guerre froide, la crise mondiale des réfugiés est toujours d’actualité. En fait, à la suite des récents conflits en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique centrale, le nombre de réfugiés est en augmentation régulière. Au cours des premières décennies du XXe siècle, la Première Guerre mondiale et les années qui ont suivi ont vu un développement spectaculaire de la diffusion d’images sur les diverses tragédies humanitaires, produites et diffusées par des individus et des organisations dédiés à l’aide et au secours de populations en danger. De grandes ONG ont engagé des photographes pour documenter la violence de la guerre ainsi que la vie dans les camps de réfugiés. Des photographes légendaires du XXe siècle, tels que Robert Capa ou Margaret Bourke-White, ont veillé à ce qu’un enregistrement visuel soit préservé de la guerre civile espagnole, de la Seconde Guerre mondiale, de la guerre du Vietnam…

Ce livre retrace l’histoire de réfugiés du début de la Première Guerre mondiale à la crise actuelle des réfugiés en Syrie, dans les Balkans, en Méditerranée et à la frontière américano-mexicaine à travers des photographies emblématiques. Il remet également en question l’utilisation de la photographie à des fins humanitaires. Les perceptions du public à l’égard des réfugiés sont façonnées par la façon à travers laquelle elles sont le plus souvent présentées : par le drame et la victimisation. Les bateaux, les camps et les foules dominent ce paysage. Certains photographes en activité ont commencé à élargir cette vision étroite en donnant aux réfugiés un rôle déterminant dans la manière dont ils sont représentés, en promouvant la dignité des sujets ou en explorant des approches visuelles plus créatives. Cet ouvrage témoigne de leur travail.

Humanitaire cortiqué

Profession solidaire. Chroniques de l’accueil
Jean-François Corty, en collaboration avec Jérémie Dres (scénario)
et Marie-Ange Rousseau (illustrations) Éditions Les escales/Steinkis, 2020

Le mot de l’éditeur

Jean-François Corty, médecin et humanitaire, nous livre un témoignage libre et sincère sur l’arrivé des migrants en France et le drame qui se joue sous nos yeux.

La question migratoire est au cœur du discours politique et médiatique en France et en Europe, souvent traité sous un angle sécuritaire où se côtoient fantasme, peur et données erronées… Au cours de son expérience au sein de diverses ONG, Jean-François Corty a sillonné le monde et la France qui est aussi, aujourd’hui, un terrain d’actions humanitaires. Souvent interrogé en tant qu’expert de la question, ce roman graphique lui permet de livrer différemment son témoignage. Sa parole est plus libre que sur les plateaux télé… et la déconstruction des clichés d’autant plus efficace !