Archives de catégorie : Numéro 11 – Juillet 2019

Sommaire – N°11

Editorial    
  Christophe Buffet Les humanitaires au défi du changement climatique p. 1
 

Focus : Changement climatique : Comprendre, anticiper, s’adapter

  Guillaume Devars, Julien Fouilland, François Grünewald, Thuy-Binh Nguyen et Julie Mayans

Anticiper l’incertain, se préparer à l’inattendu : les acteurs humanitaires face aux enjeux liés au changement climatique

p. 10
  Runa Khan, Marc Elvinger et William Lebedel

Au nom du climat : pour la disparition des frontières entre aide humanitaire et aide au développement

p. 24
  Marie-Noëlle Reboulet

De la compensation carbone à la solidarité climatique

p. 34
  Bruno Jochum, François Delfosse, Maria Guevara, Léo L. Tremblay, Carol Devine

La question des choix à l’heure de l’urgence climatique

p. 44
  Audrey Sala

Comment soigner une humanité à +2°C ?

p. 64
  Arjun Claire et Jérôme Élie

La difficile prise en compte juridique des migrants

p. 76
 

Transitions

  Manon Radosta

 

Quel futur pour la logistique humanitaire ?

p. 90
 

Innovations

     
  Michel Maietta

Géopolitique de l’homophobie

p. 104
 

Reportage

Agnès Varraine-Leca

Yémen : la vie au temps des bombes et des mines

p. 116
 

Culture

  Complètement Brax /Livres   p. 134

Hommage à Yannis Behrakis

Sous un soleil rouge, un canot pneumatique surchargé de réfugiés syriens à la dérive sur la mer Égée entre la Turquie et la Grèce après la panne de son moteur sur au large de l’île grecque de Kos, le 11 août 2015. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a appelé la Grèce à reprendre le contrôle du « chaos total » sur les îles méditerranéennes, où des milliers de migrants sont arrivés. Selon Vincent Cochetel, directeur du HCR pour l’Europe, environ 124 000 personnes sont arrivées cette année [2015] par la mer, dont beaucoup via la Turquie…

Avec cette photo de Yannis Behrakis en couverture de ce numéro, nous souhaitons évoquer autant la réalité des migrants qui risquent et perdent encore leur vie en Méditerranée que cette soi-disant alliance de l’homme et de la nature, largement fissurée depuis que le premier a manifestement décidé de soumettre cette dernière à tous ses excès. Dans cette photo, l’homme et la nature se côtoient. Le soleil magnifique darde ses derniers rayons d’un jour sur les eaux de la mer Égée comme s’il ne devait jamais cesser ce rituel. Pour un peu, on croirait l’innocent spectacle d’un coucher de soleil dont rêvent tous les amoureux. C’est presque oublier la frêle embarcation ponctuée de quelques êtres humains se demandant, peut-être, ce qu’ils ont fait pour détester ce spectacle que, comme tout le monde, ils ont un jour vénéré. Dialogue muet entre l’astre solaire et les damnés de la Terre. Étrange huis-clos à peine fracturé par l’appareil d’un grand photographe grec, mort à l’âge de 58 ans, en mars dernier, Yannis Berhakis. Nous souhaitons ainsi rendre hommage à ce photographe qui, durant toute sa carrière, fit tout pour montrer au monde des hommes ce qu’il infligeait à ses contemporains, ce qu’il s’infligeait lui-même. Dans un entretien qu’il avait accordé en 2016 à nos collègues de la délégation du CICR à Paris (https://www.youtube.com/watch?v=k9aQ5CBVoZ8&t=7s), le photographe était revenu sur l’histoire de cette grand-mère, la sienne, chassée d’Izmir par les Turcs lors de la « grande catastrophe » de 1922. Réfugiée à Marseille, en France, elle ne retrouva ses enfants qu’au bout de deux ans grâce aux services des recherches des Croix-Rouge française et hellénique avec l’appui du CICR. Né de cette histoire, Yannis n’oublia jamais. Et c’est lui qui, un jour de 2015, pressa sur le bouton pour immortaliser ces réfugiés des temps modernes, regroupés sur une embarcation dérivant entre la Turquie et la Grèce…

Boris Martin

U-Man, une nouvelle émission radio humanitaire

Pierre-Alain Gourion est le fondateur de Bubble Art, une association pluri-culturelle lyonnaise qui a lancé « U-Man » une émission radio et vidéo sur l’action humanitaire dont l’objectif est de créer une « agora sonore ».

Alternatives Humanitaires  Pierre-Alain Gourion, aidez-nous à identifier cet objet non identifié qu’est Bubble Art: d’où vient la genèse de ce projet multiforme ?

Pierre-Alain Gourion  Bubble Art est une association que j’ai créée quand j’étais encore avocat. Après trente-cinq ans de carrière, et comme j’avais un fort intérêt pour la culture, je me suis dit qu’une structure juridique indépendante serait utile pour pouvoir éditer, écrire, faire de l’image, du son. Elle a servi d’abord à faire des expositions ou à organiser des bals de tango argentin, et puis nous nous sommes installés dans une ancienne chaudronnerie, devenue à la fois loft et scène, où nous organisons des spectacles vivants, mais aussi une activité de radio-vidéo.

A. H.  Comment votre passé d’avocat a-t-il nourrit l’expérience de Bubble Art ?

P.-A. G.  Àtravers notre émission « U-Man » consacrée à l’humanitaire, je me rends compte des éléments antérieurs qui ont nourri ce cheminement. Ces éléments sont l’intérêt pour l’international, l’intérêt pour les autres. J’ai été l’avocat du Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les Peuples(MRAP) et pendant une dizaine d’années, j’ai défendu des victimes d’actes racistes et je me suis battu pour limiter les expulsions d’étrangers.Je n’ai pas été un avocat militant pour autant. Pour moi, un avocat, ne doit pas être militant, il doit garder une certaine distance par rapport à son sujet. S’il est militant, il est associé à la cause. Quand on a fait un métier pendant trente-cinq ans, on en connaît les rouages et c’est un métier qui m’a suffisamment passionné pour que j’aie pu penser continuer à le faire jusqu’à ma mort. Mais j’avais une vieille nostalgie des plateaux de cinéma – j’avais été assistant-réalisateur avant de faire mes études de droit – et le désir, aussi, de pouvoir écrire. Or, pour pouvoir écrire, il faut avoir du temps. Et donc, j’ai arrêté pour reprendre mes anciennes amours.

A.H.  Votre émission U-Man porte donc sur l’action humanitaire, pourquoi s’intéresser à ce secteur ?

P.-A. G.  Le hasard a fait que je me suis intéressé au parcours d’un ami, Benjamin Courlet, un jeune humanitaire de trente ans, qui a fait l’école 3A. Je voulais l’interviewer dans le cadre des émissions culturelles que faisait Bubble « Culture vivante ». Alors, avec Triangle génération humanitaire et Handicap International où il avait travaillé, nous avons fait une émission. De fil en aiguille, les choses se sont construites. Et c’est en faisant cette émission, que je me suis rendu compte de l’appel d’air qu’il y avait. Quand vous abordez la thématique humanitaire ou la thématique écologique, vous touchez une corde sensible. Que fait-on ensemble ? Comment être utile pour mon prochain ? Il y a aussi la conjoncture, française certes, mais communautaire, européenne et internationale, je suis très frappé de travailler avec des jeunes gens qui sont angoissés par l’avenir de leur planète !

A. H.  L’émission U-Man est disponible au format podcast, vidéo, mais aussi à l’écrit puisqu’une retranscription est disponible sur le blog que vous avez sur Médiapart. Que pouvons-nous y trouver ?

P.-A. G.  L’initiative U-Man est en effet composée d’émissions de radio, de vidéos et d’écrits. L’idée est de promouvoir des débats citoyens. Nous avons aussi développé une autre série, « Fondateurs d’humanitaire » où nous avons récemment interviewé Xavier Emmanuelli, cofondateur de Médecins Sans Frontières, mais nous envisageons aussi d’interroger des techniciens de l’humanitaire. Nous voulons également organiser des tables rondes sur des thématiques humanitaires ou écologiques et des vidéos courtes, les « Time to be » où nous interviewons un témoin qui parle directement au spectateur. Nous voulons que cette vidéo soit introductive de débats citoyens que l’on propose aux municipalités, aux métropoles et demain, je l’espère, à des pays francophones. Nous essaierons, dans un deuxième temps, d’aller aussi vers les ONG non françaises, non francophones.

A. H.  Vous avez soulevé le lien entre humanitaire et écologie, ce sera justement le thème Focus de notre numéro du mois de juillet. Quelle interaction voyez-vous entre ces deux milieux ?

P.-A. G.  Nous sommes à un moment historique, un moment de croisement de ces deux thématiques. L’histoire de l’humanitaire est une vieille histoire qui part du droit de la guerre, au XIXeavec la création de la Croix-Rouge et puis évolue dans les années 1970-1980, avec la création par les French doctors des ONG comme Médecins Sans Frontières, Médecins du Monde, etc. Les Anglais ont aussi développé leur conception de l’humanitaire différente de la conception française par une interaction plus forte avec l’État. Et puis, cette technicisation de l’activité humanitaire. Et arrivent tous les bouillonnements que l’on voit aujourd’hui sur l’écologie, l’interrogation sur le mode de croissance, sur l’idée de progrès. Nous arrivons à un moment où les deux thématiques se rejoignent, se fondent l’une dans l’autre.

Pour en savoir plus sur U-Man : https://www.bubble-art-prod.com/u-man

Yémen : la vie au temps des bombes et des mines

Toutes les images et légendes : © Agnès Varraine-Leca/MSF

A. Varraine-Leca

Quatre années de guerre, plus de 19000 raids aériens menés par la coalition internationale dirigée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, et des estimations basses qui suggèrent un bilan humain s’élevant à 90 000 morts. Les civils paient le prix fort, premières victimes des bombardements de cette coalition et des combats au sol entre les forces loyalistes – fidèles au président Hadi et soutenues par la coalition – et les troupes d’Ansar Allah. Celles-ci sont elles-mêmes à l’origine de lourdes pertes civiles, notamment par leur usage intensif de mines à l’ouest du pays(1)Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, http://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/.

Pour Médecins Sans Frontières, Agnès Varraine-Leca s’est rendue trois fois au Yémen entre mars 2018 et mai 2019. Elle a récemment documenté les conditions de vie à l’intérieur de la ville de Hodeidah, sur laquelle une offensive militaire a été lancée en juin 2018, ainsi que les conséquences des bombardements sur les civils vivant dans le gouvernorat de Saada, au nord du pays, le plus bombardé par la coalition. Fin décembre 2018, elle s’est également rendue à Mocha, dans le gouvernorat de Taiz, où les mines font des ravages immenses, blessant ou tuant notamment des enfants, et empêchant les familles de cultiver leurs champs. C’est cette guerre à huis-clos qu’elle documente depuis un an et demi, un travail photographique qui fera l’objet d’un livre à paraître en 2020.

www.agnesvarraineleca.com

Yémen, gouvernorat de Sa’dah, hôpital de Haydan, 20 avril 2019

Des patients attendent leur tour aux abords de la zone de triage de l’hôpital de Haydan. Le 26 octobre 2015, l’hôpital a été frappé par un raid de la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, détruisant partiellement le bâtiment. En février 2017, les équipes de MSF sont revenues à Haydan pour démarrer l’implantation progressive d’activités médicales : la maternité (mars 2017), le service d’hospitalisation (avril 2017), la réorientation vers les hôpitaux de Sa’dah (mai 2017), le service ambulatoire (décembre 2017). Elles ont terminé la reconstruction de l’hôpital en avril 2018. En 2018, près de 14 000 consultations d’urgence et 3 800 consultations prénatales ont été effectuées à l’hôpital. La même année, plus de 1 500 patients furent admis dans le service d’hospitalisation. Haydan est située dans le gouvernorat de Sa’dah, qui demeure le plus ciblé par les frappes de la coalition internationale, selon le groupe de surveillance indépendant Yemen Data Project (YDP).

Sa’dah au quotidien (Yémen, avril 2019)

Ayman est un coiffeur originaire d’Ibb, au sud de la ville de Sa’dah. En 2015, sa maison à Sa’dah a été détruite par une frappe aérienne de la coalition. 28 membres de sa famille sont morts ce jour-là ; seuls trois survécurent, dont Ayman. Il se souvient des cris provenant des décombres, sans qu’il puisse les aider. À cette époque, il étudiait l’informatique. Son frère, qui possédait un salon de coiffure, a été tué lors du bombardement. Alors Ayman mit fin à ses études et reprit le salon familial. C’est la première fois qu’il revient sur les lieux depuis 2015.


Le salon de coiffure d’Ayman.

Camp de déplacés internes à Sa’dah. Mosabi et sa famille ont dû quitter Harad, située près de la frontière saoudienne, quelques mois après le début du conflit. Ils ont fui à Hodeidah, puis sont venus s’installer dans ce camp, à Sa’dah. Mosabi a 19 enfants, et 3 femmes.

Le tribunal de Sa’dah a été détruit fin 2015 par un raid aérien.

Bâtiments détruits dans la ville de Sa’dah.

En 2015, un parc et plusieurs magasins ont été bombardés lors d’un raid près de la vieille ville de Sa’dah.

Un carrefour de la ville de Sa’dah.

Le bureau de poste de Sa’dah, détruit par une frappe aérienne.

Au jour le jour à Mocha (Yémen, décembre 2018)


Mines désamorcées. Mawza est située dans le gouvernorat de Taïz, à 45 minutes à l’est de la ville de Mocha. Il s’agit d’une zone rurale très pauvre, dont les habitants dépendent de leurs terres pour vivre. La zone fut reprise aux troupes d’Ansar Allah par les forces loyales au président Hadi, soutenues par la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, début 2018.

Les combats ont endommagé les champs, principaux moyens de subsistance des 13 000 habitants de Mawza. Lors du retrait des troupes, des milliers de mines antipersonnel et d’engins explosifs improvisés (EEI) ont été déposés dans le secteur. Entre août et décembre, les équipes de MSF à Mocha ont accueilli environ 150 personnes blessées par des mines ou des EEI, dont un tiers était des enfants qui jouaient dans les champs. Les mines et les EEI sont désamorcés par les militaires. Des ONG locales sont chargées de les localiser.

Mocha. Nasser, 14 ans, et son père Mohamed Abdou, viennent de Mafraq Al Mocha, à une heure de Mocha. Le 7 décembre, Nasser s’occupait de ses moutons avec son oncle et son cousin ; ils avaient prévu d’aller en montagne. Dans un champ, Nasser a marché sur une mine. Son oncle et lui ont été blessés par le souffle. Son oncle a reçu un éclat dans l’œil, et a été transféré à Mocha, dans l’hôpital chirurgical de MSF, puis réorienté vers le centre de traumatologie de MSF à Aden. Nasser a souffert de multiples blessures, et son pied droit a été amputé dès son arrivée à l’hôpital. « Il n’y avait plus d’os, rien à sauver qui puisse éviter l’amputation », explique Farouk, kinésithérapeute. Nasser avait subi une précédente amputation du pouce, suite à une blessure par balle, ce qui rend l’utilisation de béquilles compliquée. Mohammed Abdou, son père, explique que les combats se sont intensifiés cette année. Alors que les troupes se retiraient, elles ont laissé de nombreuses mines près de Mafraq Al Mocha et dans la région, le long des lignes de front. MSF soutient un poste médical avancé à Mafraq Al Mocha.

Les habitants de la ville connaissent les lieux à éviter car piégés par les mines. Mais il n’y a pas suffisamment de panneaux pour indiquer la présence de ces engins dans la zone, ni assez de démineurs. Désormais, Mohammed Abdou a peur de se rendre dans les champs autour de Mafraq. Sur la photo, Nasser tente de marcher avec des béquilles pour la première fois, avec l’aide de Farouk, son kinésithérapeute.

Amarah, 8 ans, et sa grand-mère Fatma. Amarah a été blessée par une mine alors qu’elle jouait près de chez elle à Dubba, district de Mocha (gouvernorat de Taïz). Le 1er décembre, elle était avec ses amis près des moutons dans un champ proche de Dubba. Amarah a vu un objet avec des chiffres : en la touchant, elle a fait exploser la mine. L’explosion a blessé les quatre enfants, tuant le garçon. Fatma, sa grand-mère, a entendu l’explosion et couru vers le champ. Amarah a été évacuée à dos de mule. Elle fut ensuite transférée en voiture à l’hôpital militaire de Mocha (à une heure de route), puis dirigée vers l’hôpital chirurgical de MSF dans la ville. La famille sait qu’il y a des mines dans la zone, mais leur emplacement précis n’est pas délimité par des panneaux. De nombreuses autres personnes ont été blessées, dont l’oncle d’Amarah. Celle-ci souffre de multiples blessures sur la partie droite de son visage, à l’abdomen et à la jambe droite. Amarah a subi plusieurs interventions chirurgicales, dont une laparotomie.

Un enfant blessé par une mine à Mawza est examiné par Elma Wong, anesthésiste, aux urgences de l’hôpital chirurgical de MSF à Mocha. Il a été blessé le 13 décembre avec trois autres membres de sa famille. Deux d’entre eux sont arrivés morts à l’hôpital. L’enfant avait des éclats dans le crâne, sur le bras et le visage.

Ali (au centre), 18 ans, vient d’un petit village d’une zone rurale et très pauvre près de Mawza, à 45 minutes de Mocha. Il y a deux mois, il devait retrouver trois amis dans un champ près de sa maison. Il était en retard ; il s’est mis à courir, quand soudain une mine a explosé. D’habitude, il fait très attention lorsqu’il marche dans le champ, car il sait que des mines y ont été déposées par les militaires lors de leur départ il y a quelques mois. Aucun signe particulier n’indique la présence de mines dans cette zone. Sa jambe gauche fut amputée sous le genou ; elle était déjà faible à cause de la poliomyélite, qu’il avait contractée dans son enfance. Depuis l’accident, il se rend deux fois par semaine à l’hôpital de MSF à Mocha pour une séance de kinésithérapie avec Farouk (à gauche). Depuis son village, il faut à Ali une heure et demie pour rejoindre l’hôpital de MSF à Mocha.

Ali Hassan, 40 ans, est chauffeur et ancien militaire. Père de deux fils et deux filles, il vit avec sa famille à Hodeidah depuis 25 ans. Il conduisait près de Khawkha à 60 kilomètres de Mocha, lorsqu’une roquette a frappé son véhicule, blessant six personnes et en tuant une autre. Ali a des éclats sur le visage et l’abdomen, et son pied gauche a été amputé.

« Il y a de la nourriture à Hodeidah, mais elle coûte très cher. Nous avons des coupures d’eau régulières et pas d’électricité. De nombreux magasins sont fermés dans la ville ». Comme nombre de ses connaissances, Ali a envoyé sa femme et ses enfants à Sanaa, pour leur sécurité. « Les hommes restent à Hodeidah pour protéger leurs maisons. Je suis loin de ma famille mais que puis-je faire ? C’est mieux pour eux d’être dans un endroit plus sûr. La guerre a tout changé ».


Un enfant assis près de roquettes désamorcées à Mawza (district de Mocha, gouvernorat de Taïz, au Yémen).

Traduit de l’anglais et du français par Benjamin Richardier

ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-562-4

   [ + ]

1. Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, http://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/

Géopolitique de l’homophobie

M. Maietta

Michel Maietta • Directeur de recherche à l’Iris (Institut de Relations Internationales et Stratégiques)

L’homophobie, entendue comme les discriminations de tous ordres à l’encontre des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres), est encore trop utilisée à des fins de politique interne, quand elle ne s’inscrit pas dans une stratégie à l’international. Michel Maietta décrit l’emprise de l’homophobie comme (géo)politique contre laquelle il importe de réaffirmer que les droits des personnes LGBT relèvent des droits humains. Continuer la lecture

Quel futur pour la logistique humanitaire ?

M. Radosta

Manon Radosta • Réseau Logistique Humanitaire (RLH)

Souvent négligée, en tout cas « accessoirisée », la logistique est pourtant essentielle à la réussite des missions humanitaires. Sans compter qu’elle représente 60 à 80 % des dépenses. Partant de ce constat, de la nécessaire optimisation de fonctionnements traditionnellement « en silo » et tout en intégrant les enjeux climatiques, onze ONG internationales ont réfléchi à ce que pourrait être la « log’ » de demain. Un maître-mot : mutualisation. Continuer la lecture

Au nom du climat : pour la disparition des frontières entre aide humanitaire et aide au développement

R. Khan

M. Elvinger

W. Lebedel

Runa Khan, Marc Elvinger et William Lebedel • Friendship

Les conséquences du changement climatique sur les populations vulnérables peuvent-elles contribuer à repenser la structuration de l’aide? S’appuyant sur le double exemple du Bangladesh et d’un partenariat innovant avec la Coopération luxembourgeoise, trois dirigeants de l’ONG Friendship militent en ce sens. Continuer la lecture

De la compensation carbone à la solidarité climatique

M.-N. Reboulet

Marie-Noëlle Reboulet • GERES

Le parcours du GERES est intéressant à plusieurs égards. Association de scientifiques créée pour valoriser l’énergie solaire, elle devient ONG de développement puis s’engage dans la finance carbone avant de rejoindre les mobilisations citoyennes. Retour sur une trajectoire qui pourrait bien croiser celle des humanitaires. Continuer la lecture