Archives de catégorie : Numéro 5 – Juillet 2017

Sommaire – Numéro 5

 

Editorial    
  Virginie Troit

Jean-François Mattei-

Les défis de la transition humanitaire en Afrique p. 3
Perspectives
  Arjun Claire De l’humanitaire comme outil de dissuasion en Grèce p. 14
  Franck Esnée

Michaël Neuman

Mise à l’abri, hospitalité ou accueil des réfugiés : les ambigüités irrésolues du camp de La Linière p. 30
Focus : Afrique: entre ombre et lumière
  Serge Michailof Afrique Subsaharienne : nuages inquiétants à l’horizon p. 46
  Sadio Ba Gning

Kelly Poulet

Sénégal : de la difficulté pour les ONG à s’autonomiser de l’Etat p. 61
  Christiane Rafidinarivo L’impact des procédés internationaux de contournement de l’Etat : l’exemple de Madagascar p. 74
Éthique
  Arnaud Dandoy L’éthique du care contre l’exceptionnalisme humanitaire p. 88
Reportage
  Sandra Calligaro Afghan Stories : Waiting for Hope p. 100
Culture
  Complètement Brax   p. 115
  Film La barbarie est ce qui est le mieux partagé : aucune religion n’en a le monopole », entretien avec Jonathan Littell p. 116
  Livres Chronique d’un génocide p. 121
  L’aide au développement en 350 mots p. 130
  Au temps de la guerre à distance p. 131
  L’humanitaire est-il en déclin ? p. 139
  Un guide pour lutter contre les inégalités de santé p. 144

Pour télécharger le sommaire en version PDF cliquez ici.

Rubrique Culture – Numéro 5

Retrouvez Brax sur Facebook et Twitter • www.facebook.com/dessinsrashBrAx • @rashbrax

FILMS

Entretien avec Jonathan Littell « La barbarie est ce qui est le mieux partagé : aucune religion n’en a le monopole. »

Jonathan Littell est né en 1967 à New York. Élevé en France, il s’engage dans l’humanitaire en 1993 et passe sept ans sur le terrain avec Action contre la Faim, principalement en Bosnie, en Tchétchénie, en République démocratique du Congo et en Afghanistan. Son roman Les Bienveillantes a été publié en 2006, primé la même année par le prix Goncourt, et suivi depuis par plusieurs essais et reportages sur des terrains de conflits. Wrong Elements, un documentaire long-métrage sorti en salles en avril 2017 et portant sur le thème des enfants-soldats, est son premier film..… [Lire la suite]

LIVRES

Entretien avec Marc Le Pape : Chronique d’un génocide

En qualité de sociologue, Marc Le Pape a effectué des recherches en Algérie, en Côte d’Ivoire et en Afrique centrale. Ses travaux récents portent sur les conflits dans la région des Grands Lacs africains. Il a co-dirigé plusieurs ouvrages comme Côte d’Ivoire, l’année terrible 1999-2000 (avec Claudine Vidal, Karthala, 2003), Crises extrêmes (avec Johanna Siméant et Claudine Vidal, La Découverte, 2006) et, dans le cadre de Médecins Sans Frontières, Une guerre contre les civils. Réflexions sur les pratiques humanitaires au Congo-Brazzaville, 1998-2000 (avec Pierre Salignon, Karthala, 2001). Marc Le Pape a été chercheur au CNRS, il est actuellement chercheur associé à l’Ehess (Centre d’études africaines). Il vient de faire paraître, avec Jean-Hervé Bradol du Crash (Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires), un ouvrage revenant sur le génocide des Tutsis du Rwanda à partir des archives de Médecins Sans Frontières. [Lire la suite]

L’aide au développement en 350 mots

Avec ses 350 entrées, ce dictionnaire du développement, à la manière ironique de celui des idées reçues de Gustave Flaubert, propose de parcourir les mots et lieux communs des politiques de développement en Afrique. L’auteur, praticien des projets de développement, publie régulièrement dans les revues spécialisées en montrant la pauvreté de la pensée pratique du développement. [Lire la suite]

Au temps de la guerre à distance

 width=

Par Philippe Ryffman -  "Ce retour à une totalisation de la guerre engendre déjà des retombées majeures sur le système international de l’aide humanitaire. Mais la probabilité de la généralisation à court ou moyen terme d’armements issus de la « robolution » et s’affranchissant de plus en plus du facteur humain y ajoute une dimension – voire une béance – supplémentaire. [Lire la suite]

Entretien avec Jérôme Larché : L’humanitaire est-il en déclin ?

 width=

Jérôme Larché est un médecin interniste réanimateur engagé depuis plus de trente ans dans l’humanitaire. Son parcours avec l’ONG Médecins du Monde l’a amené sur de très nombreuses zones de conflits, de catastrophes naturelles et de situations à risques où les violences et la corruption furent son lot quotidien. Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche stratégique et à l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire (OCCAH), Jérôme Larché poursuit sa réflexion dans un ouvrage au titre explicite qui nous a véritablement interpellés chez Alternatives Humanitaires. Nous sommes allés à sa rencontre. [Lire la suite]

Un guide pour lutter contre les inégalités de santé

 width=

Par Pierre Micheletti - La Grande conférence de la santé, qui s’est tenue en France en janvier 2016 sous l’égide du Premier ministre, a pour ambition de pointer les conditions indispensables de la réussite de la toute nouvelle loi de santé, dont la formation des professionnels de santé sur les indicateurs de santé sociale (ISS) fait partie. C’est à relever ce défi qu’entendent contribuer les instigateurs du présent ouvrage, prolongeant ainsi une dynamique initiée il y a une dizaine d’années.  [Lire la suite]

« Afghan Stories: Waiting for Hope » par Sandra Calligaro

Sandra Calligaro • Photographe

S. Calligaro

Après avoir suivi des études d’art et de photographie à l’Université Paris 8, Sandra Calligaro s’oriente vers le grand reportage et accomplit alors un premier séjour en Afghanistan en 2007. Depuis, elle partage son temps entre Paris et Kaboul, alternant reportages pour les médias français et européens, commandes pour le compte d’ONG et projets plus personnels, à portée documentaire. Se destinant d’abord à être « photographe de guerre », c’est au contraire la fragilité du quotidien de ce pays tourmenté qui n’a cessé de la fasciner ; pays auquel elle porte un regard empli de tendresse. 

C’est une sélection de son dernier projet, Afghan Stories: Waiting for Hope, réalisé en collaboration avec Action Contre la Faim et ECHO, que nous publions ici. Outre les photographies, il s’accompagne des témoignages de populations déplacées afghanes.

http://waitingforhope.org

Toutes les photos:
© Sandra Calligaro/Action contre la Faim/Picturetank
www.sandracalligaro.com

Sahr Mohamad. Maïmana, province de Faryab.

« Nous avons six enfants, deux filles et quatre garçons. Jusqu’à leurs 5 ans, nos fils sont en bonne santé, mais après ils tombent tous malades, ils sont comme paralysés. Trois de nos quatre fils ont la polio et le quatrième a une maladie dégénérative – nous ne savons pas exactement laquelle.
Nous avons emprunté 40 000 afghanis (560 euros) pour emmener notre fils au Pakistan se faire soigner ; le docteur nous a demandé de le ramener une seconde fois ainsi que tous nos enfants, mais nous n’en avons pas les moyens, ou alors il faudrait que nous nous endettions encore plus. Heureusement, nos filles ne semblent pas touchées, pour l’instant. »
Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr.

Près de 40 ans de conflits ont durement éprouvé l’Afghanistan. Malgré les objectifs de stabilisation du pays annoncés par la communauté internationale, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. L’année 2016 a d’ailleurs été une année particulièrement sanglante, tandis que 2017 a commencé dans la violence. Les civils ont payé un lourd tribut, de même que les structures de santé et les humanitaires.

Jabor, 15 ans (photo 3),  Abdul Satar, 8 ans (photo 4) et Abdul Sardar, 10 ans (photo 5), trois des enfants de Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr : 

 

Les vagues de violence successives ont provoqué de vastes déplacements de population, tant en Afghanistan que vers les pays voisins (Iran et Pakistan). L’année 2016 représente un nouveau record en termes de mouvement de population : plus de 630 000 personnes ont fui leur village vers des lieux plus sûrs, plus de 560 000 Afghans ont quitté le Pakistan. Poussés à rentrer dans leur pays d’origine après parfois plus de 30 ans d’absence, on estime que 5,7 millions de ces Afghans exilés sont aujourd’hui de retour et ont de graves difficultés à s’établir, à se loger, à subvenir à leurs besoins et à avoir accès à des services de base. Les Nations unies estiment que plus de 250 000 personnes sont affectées par les catastrophes naturelles (inondations, glissements de terrain, séismes) chaque année, dans les différentes régions d’Afghanistan.

« Avant la guerre, nous avions une belle vie. Puis tout s’est écroulé ; nous avons perdu tous nos biens, notre maison a été brûlée. Aujourd’hui mes enfants ne mangent pas à leur faim, je n’ai rien à leur donner ; et nous devons aller puiser de l’eau dans la rivière car nos voisins refusent que nous nous servions de leur puits. »
Zahra, Chaghcharan, province de Ghôr.

Le conflit actuel continue d’empêcher les ONG d’accéder à certaines zones pour évaluer les besoins et mettre en place des programmes d’aide. Des services essentiels pour les populations restent toujours inaccessibles, surtout pour les communautés rurales et les personnes déplacées. Les années 2015 et 2016 ont été des années record en termes de nombre d’attaques contre les services de santé : 125 ont été rapportées en 2015, contre 59 en 2014 et 33 en 2013 ; le premier semestre 2016 comptabilisait déjà 64 attaques.

Bibi Kaky (à gauche) et Khodadat (à droite), originaires de la province voisine de Badghis. Chaghcharan, province de Ghôr.

Kimkhai (à gauche) et Khan Bibi (à droite), originaires de la province voisine de Badghis.
Chaghcharan, province de Ghôr.

Les plus vulnérables sont encore une fois les premières victimes : depuis 2013, le nombre d’enfants exposés aux violences ne cesse d’augmenter année après année. En 2016, une hausse de 15 % du nombre de jeunes victimes (2 461 enfants) était recensée par rapport à l’année précédente. Pourtant le nombre d’enfants tués par le conflit représente moins de 1 % du nombre d’enfants qui meurent de la malnutrition chaque année en Afghanistan. Des taux inquiétants de malnutrition aiguë globale et surtout de malnutrition aiguë sévère ont été notés, parfois bien au-dessus des seuils d’urgence, notamment dans des camps de déplacés.

Il a été établi que le conflit et l’insécurité sont des obstacles majeurs dans l’accès aux services de soins et ont un impact fort sur la malnutrition chronique et les retards de croissance, handicapant durablement l’avenir du pays.

« De laquelle de nos souffrances veux-tu que je te parle ? De notre pauvreté ? De celle d’être refugié ? De la douleur d’une nation entière ? Je ne sais même pas par où je devrais commencer… Regarde dans quelle situation nous sommes, mes enfants sont misérables. Regarde mes pieds, ils sont tellement sales. Regarde-moi, je n’ai rien, ni eau, ni pots pour ranger, ni quoi que ce soit, rien, je n’ai rien. Nous sommes bloqués ici, miséreux, mais si nous rentrons à Kunduz, de quoi allons-nous vivre ? »
Awara, Kaboul, province de Kaboul.

Afin de répondre efficacement et rapidement aux situations d’urgences provoquées par les conflits et les catastrophes naturelles soudaines, la Commission européenne a créé un mécanisme d’aide d’urgence appelé ERM pour Mécanisme de réponse d’urgence. Financé par le service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO), il vise à répondre à l’augmentation des besoins humanitaires et structurels auxquels une population fait face.

« Ma fille est malade depuis trois ans, oui cela fait maintenant trois ans. Elle a un impétigo sur la nuque, nous avons fait des tests au laboratoire, les docteurs nous ont dit qu’il fallait opérer et que cela nous coûterait entre 30 000 et 40 000 afghanis (420-560 euros). Mais même 5 000 afghanis, nous ne pourrions pas les dépenser, alors comment en trouver 40 000 ? »
Karim, Pul-e Khumri, province de Baghlan.

En Afghanistan, l’ERM a été lancé dès 2011. La mise en place de la réponse repose sur un réseau d’organisations humanitaires qui permettent d’assurer une large couverture géographique du pays. En mettant à leur disposition des ressources financières préalables, ECHO s’assure qu’elles pourront apporter une réponse humanitaire rapide aux besoins immédiats des communautés touchées par le conflit ou des catastrophes naturelles.

Zaïr Uddin, Maïmana, province de Faryab.

Dans un premier temps, l’ERM collecte et met en commun, dans des délais très courts, des informations sur la catastrophe en question. Pour réduire l’impact de la catastrophe sur les familles, l’ERM met en place une évaluation précise de leurs besoins et leur propose ensuite une réponse adaptée. Enfin, le mécanisme tente de faciliter l’accès humanitaire dans un pays devenu particulièrement dangereux.

Zarnegar et son fils Omid. Pul-e Khumri, province de Baghlan.

L’ERM regroupe actuellement huit ONG internationales : Action Contre la Faim (ACF), Acted, le Danish Committee for Aid to Afghan Refugees (DACAAR), le Danish Refugee Council (DRC), le Norvegian Refugee Council (NRC), People in Need (PIN), Première Urgence Internationale (PUI) et Solidarités International. Toutes ont une longue expérience de l’Afghanistan et respectent les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité, d’indépendance et de transparence. Les secteurs couverts par l’ERM comprennent : les interventions monétaires ; l’eau, l’hygiène et l’assainissement ; la réduction du risque de désastre et la distribution d’abris ; la sécurité alimentaire et la nutrition.

« J’ai deux malades qui reposent sur mes épaules : ma vieille mère et ma fille malade. J’aimerais pouvoir passer de bons moments, avoir une vie remplie de joie, plus légère. Au moins ici, je suis au calme et rassurée. Mes enfants peuvent aller dehors sans crainte, et chercher du travail. Nous sommes en sécurité, et d’une certaine manière, cela me rend heureuse. » Sediqa (à droite), Herat, province de Herat.

« Ce sont des cartons d’emballage de jus de fruits que vous voyez sur le mur. Les gens riches les boivent. Nos enfants les récupèrent : nous les découpons pour les utiliser comme de petits rangements. » Tawarook, Chaghcharan, province de Ghôr.

Kadija et son cousin Mohamad, Herat, province de Herat.

Pour lire l’article en PDF, merci de nous contacter.
ISBN of the article (HTML): 978-2-37704-242-5

Hommage à Stanley Greene

Reprendre une photo de Stanley Greene pour illustrer ce nouveau numéro s’imposait. Tandis que nous bouclions son sommaire, l’un des plus grands reporters de guerre s’éteignait. Né quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Stanley Greene aura été membre des Black Panthers, opposant à la guerre du Vietnam, avant de plonger à son tour dans la violence – appareil-photo en main. Au seuil des années 1990, il documente la chute de l’Union soviétique, les guerres de Tchétchénie, le Rwanda ou encore le Darfour, séjournant à cette occasion au Tchad où une lame de rasoir contaminée lui transmettra l’hépatite C. De ce reportage réalisé en 2003, il disait : « J’ai commencé cette quête pour essayer de comprendre l’histoire de la tragédie du Darfour… La grande diaspora du Darfour a commencé au printemps 2003, lorsque le gouvernement du Soudan, dirigé par un régime de fondamentalistes arabes, a entrepris une campagne pour écraser un soulèvement d’agriculteurs noirs africains du Darfour. Des dizaines de milliers de villageois, la plupart des femmes et des enfants, ont fui à travers le paysage désolé du Sahel à la recherche d’un refuge. Beaucoup se sont dispersés dans tout le Darfour, et d’autres se sont dirigés vers la frontière du Tchad. Pour la plupart, les villageois tchadiens les accueillirent avec compassion, leur offrant de l’eau et de la nourriture. Les réfugiés espéraient revenir bientôt dans leur pays d’origine, mais, au fil des mois, de plus en plus de réfugiés arrivaient, témoignant des horribles atrocités commises par les Janjaweed. Le carnage au Darfour a continué pendant plusieurs mois avant qu’il ne soit connu du monde extérieur ». Là comme ailleurs, Stanley Greene aura participé à ce dévoilement. 

Un guide pour lutter contre les inégalités de santé

– Pierre Micheletti

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. » L’article 1er de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen du 26 août 1789 a ensuite été placé en 1791 en tête de la Constitution de la République française. Cependant, depuis sa naissance, un individu est sujet au développement d’inégalités manifestes face à la santé et à la maladie qui impactent directement l’espérance de vie, notamment au détriment des personnes aux revenus les plus faibles. La mortalité prématurée évitable touche également de façon très discriminante les différentes catégories sociales.

            Combler ces inégalités dans notre pays est donc une question de justice sociale. Mais agir à cet égard ne relève pas d’une charité où la bonne volonté se substituerait à la compétence. Des savoirs, des savoir-faire et des savoir-être sont indispensables. Ils ne s’inventent pas, mais résultent de nécessaires processus d’apprentissage qui sont enrichis par l’expérience. Or l’acquisition de ces compétences est absente de façon patente de la formation initiale de bon nombre de métiers, pourtant notoirement confrontés aux inégalités sociales et à leur traduction sur la santé. Cela a été rappelé sans équivoque dans un certain nombre de rapports commandités par les gouvernements successifs – dont celui du Haut Conseil de la santé publique en 2009. La Grande conférence de la santé, qui s’est tenue en France en janvier 2016 sous l’égide du Premier ministre, a pour ambition de pointer les conditions indispensables de la réussite de la toute nouvelle loi de santé, dont la formation des professionnels de santé sur les indicateurs de santé sociale (ISS) fait partie. C’est à relever ce défi qu’entendent contribuer les instigateurs du présent ouvrage, prolongeant ainsi une dynamique initiée il y a une dizaine d’années. 

Le fruit d’une aventure collective

À partir de 2003, des acteurs engagés au sein de l’ONG Médecins du Monde ont créé dans plusieurs facultés de médecine de villes universitaires des diplômes universitaires (DU) de 3e cycle sur la thématique « Santé-solidarité-précarité » : d’abord à Grenoble, puis Lille, Paris, Bordeaux, Montpellier, Strasbourg, Nancy et Clermont-Ferrand. Ouverts à des publics allant largement au-delà des seuls médecins, ces DU ont été soutenus par des doyens de facultés de médecine sensibles à ces questions, et par différents acteurs locaux incontournables dans le champ médico-social : municipalités, conseils départementaux, Agences régionales de santé, mouvement mutualiste, centres de santé, hôpitaux publics, autres associations. Partout, l’ensemble de ces acteurs a été étroitement associé à la conception et à la mise en œuvre des enseignements créés. Grâce à ces alliances et à ces synergies, les contenus et compétences visés dépassent le champ de la grande pauvreté pour se préoccuper plus largement des inégalités en santé tout au long du gradient des inégalités sociales qui caractérise une communauté humaine.

            C’est l’expérience de cette formidable dynamique de « coconstruction » dont le présent ouvrage est le fruit. Il illustre le rôle de catalyseur et d’innovateur des associations en France, exauçant ainsi le souhait d’Alexis de Tocqueville, qui, dès le début du xixe siècle, les voyait comme des acteurs politiques, là où Didier Fassin qualifie aujourd’hui d’« outils de construction sociale » les interventions des acteurs de la santé. Sans cette énergie créative, le présent ouvrage n’aurait pas vu le jour. La grande majorité des chapitres fait appel à ces porteurs de projets ou aux compétences qu’ils ont su mobiliser sur les enseignements dont ils ont été les architectes.

Un contenu qui résulte d’une expérience pédagogique éprouvée

            Six thématiques structurent les différents chapitres, selon une logique et une progression directement inspirées des expériences universitaires mentionnées plus haut, et de leurs évaluations annuelles par les étudiants qui les ont suivies. Un cadre général est d’abord posé en référence à des repères historiques, politiques, techniques et juridiques dont la connaissance est indispensable au lecteur pour progresser dans l’ouvrage en comprenant les concepts qu’il véhicule.

            Puis, selon une logique usuelle dans l’analyse des problèmes de santé, trois voies sont utilisées pour aborder l’analyse des situations : une approche par populations spécifiques, une approche par type de territoire (ou d’absence d’ancrage territorial), et une approche évoquant les pathologies fréquentes chez les plus défavorisés. Ces approches définissent les trois parties suivantes. La question cruciale des difficultés usuelles rencontrées dans la mise en œuvre d’actions au profit de personnes socialement défavorisées est ensuite abordée. C’est la partie de l’ouvrage consacrée aux « conditions de réussite » des réponses mises en œuvre. La sixième et dernière partie est la conséquence logique de la toute première : les mécanismes qui conduisent aux inégalités en santé étant multiples, les actions pour y remédier s’inscrivent elles-mêmes, nécessairement, dans la convergence et la synergie des champs de compétences et dans les institutions qui concourent à agir au profit de la santé. L’ouvrage s’achève donc sur la question des alliances, des réseaux et des partenariats.

Un large lectorat concerné

            Le lectorat ciblé concerne différents publics dans le cadre de la formation initiale et continue, ou tout simplement parmi les professionnels, les responsables politiques et tous ceux qui sont confrontés/intéressés par ces questions. Il vise, entre autres :

  • les étudiants inscrits pour suivre les enseignements des différents diplômes « santé solidarité précarité » déjà mis en place ;
  • les étudiants et les professionnels du champ sanitaire, social et médico-social ;
  • les étudiants du 2e et du 3e cycle des études médicales, et ceux des autres métiers de la santé ;
  • les étudiants des Instituts de formation des cadres de santé (IFCS) ;
  • les professionnels en formation auprès du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) ;
  • les responsables politiques et associatifs ;
  • … et tous les autres acteurs non cités ici, appelés à travailler sur les
    questions de l’accès à la santé des populations fragiles. 

Pierre Micheletti

Médecin, vice-président d’Action Contre la Faim,
membre du Conseil national de la santé mentale et
ancien président de Médecins du Monde

Pour lire l’article en PDF cliquez ici.

ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-262-3 

Entretien avec Jérôme Larché : L’humanitaire est-il en déclin ?

Entretien avec Jérôme Larché

Jérôme Larché est un médecin interniste réanimateur engagé depuis plus de trente ans dans l’humanitaire. Son parcours avec l’ONG Médecins du Monde l’a amené sur de très nombreuses zones de conflits, de catastrophes naturelles et de situations à risques où les violences et la corruption furent son lot quotidien. Chercheur associé à la Fondation pour la Recherche stratégique et à l’Observatoire canadien sur les crises et l’aide humanitaire (OCCAH), Jérôme Larché poursuit sa réflexion dans un ouvrage au titre explicite qui nous a véritablement interpellés chez Alternatives Humanitaires. Nous sommes allés à sa rencontre.

Continuer la lecture

Au temps de la guerre à distance

– par Philippe Ryfman

Les nouvelles formes de conflictualités qui se multiplient sur la planète depuis le début du XXIe siècle (de l’Irak au Soudan du Nord et du Sud, de la Syrie à l’Afghanistan, du Sahel au Myanmar) impactent directement les organisations humanitaires. La violence de guerre se caractérise aujourd’hui par une « extrêmisation » marquée, une radicalisation et une réidéologisation des belligérants, le brouillage de la distinction front/arrière (le champ de bataille étant partout et, désormais, non spécifiquement délimité) ou encore la disparition de la différenciation civils/combattants. La multiplication d’atrocités, de massacres de masses et de stratégies de terreur ciblant délibérément les civils s’est banalisée. Les actes de terrorisme visant intentionnellement des rassemblements festifs, des espaces artistiques, des moyens de transport ou des lieux de culte s’emploient eux aussi à favoriser ces montées aux extrêmes. Ce retour à une totalisation de la guerre engendre déjà des retombées majeures sur le système international de l’aide humanitaire. Mais la probabilité de la généralisation à court ou moyen terme d’armements issus de la « robolution » et s’affranchissant de plus en plus du facteur humain y ajoute une dimension – voire une béance – supplémentaire.

            En soi, que des systèmes d’armes s’avèrent meurtriers pour les combattants et encore plus pour les civils n’est pas une nouveauté, le XXe siècle l’a largement montré. Cependant, la disruption(1)Terme issu de la Silicon Valley et synonyme de bouleversements primordiaux. que ces engins robotisés sont susceptibles d’introduire tient d’abord en ce qu’ils disposent de capacités énormes que la révolution techno-scientifique ne cesse d’affiner. Ensuite, que ceux actuellement existants demeurent encore actionnés par des opérateurs humains, mais souvent situés à plusieurs milliers de kilomètres du champ de bataille avec comme unique vision de celui-ci celle que leur donnent l’électronique et les capteurs embarqués. D’où une perception de l’affrontement guerrier radicalement différente de celle qui prévalait jusqu’alors. Enfin, que le risque – à échéance plus ou moins rapprochée – d’une irruption de robots tueurs disposant de capacités d’autonomie et de fonctions décisionnelles propres (sur lesquels l’être humain n’aurait plus qu’un rôle limité, voire potentiellement aucun) n’est pas négligeable. Il suscite l’effroi chez beaucoup.

            Or les humanitaires prennent encore insuffisamment la mesure de ces évolutions fulgurantes. Le développement de l’intelligence artificielle, la puissance et la capacité des algorithmes souvent célébrés par les médias ou au sein de la génération y croissent de façon vertigineuse dans le domaine militaire aussi. Pourtant, l’information circule relativement peu sur le sujet. D’autant plus que les aspects techniques priment souvent, que la majorité des publications – généralement en anglais – les privilégient et que le débat a tendance à rester confiné à l’intérieur de cercles spécialisés, militaires ou juridiques. Il faut donc saluer la parution d’un ouvrage majeur en langue française et l’un des premiers véritablement consacré à cette problématique et à l’analyse en profondeur des tendances et ruptures que la robotique avancée va produire dans la conduite et le déroulement des hostilités(2)Le livre consacre aussi des développements très pertinents à celui de la sécurité intérieure. Toutefois, cet aspect n’est pas directement en lien avec les problématiques humanitaires, du moins à l’international. Il ne sera donc pas évoqué ici. en tant que nouvel outil de coercition, spécialement à travers ce que l’on nomme les Systèmes d’armes létaux autonomes (SALA).

            Ce travail collectif comble, par conséquent, un vide et devrait faire date. Sorti en 2015, il est trop passé inaperçu alors qu’il demeure pleinement d’actualité. Il mérite donc d’être signalé, d’autant qu’il est remarquablement piloté par un trio de chercheurs et enseignants (Ronan Doaré, Didier Danet et Gérard de Boisboissel), tous trois rattachés au Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, où sont formés les futurs officiers de l’armée de terre française. Publié par les Presses universitaires de Rennes, il a reçu aussi le soutien de la Fondation Saint-Cyr. Ses 260 pages – en dépit des différences, classiques, dans la rédaction et le style, entre la vingtaine de contributeurs (mais qui ici sont limitées) – s’avèrent d’une lecture aisée, agréable et facilitant la compréhension d’une thématique pourtant complexe. L’approche transversale qu’il privilégie mixant experts militaires et experts civils sur une base pluridisciplinaire (p. 17) y est certainement pour beaucoup. De même, la diversité et la richesse de presque toutes les contributions sont à souligner.

Une de ses qualités essentielles réside dans sa construction qui obéit à un découpage cohérent, sans être didactique. Presque toute la première partie est ainsi consacrée à un travail de mise en perspective des robots militaires et policiers. Ce qui présente l’avantage de croiser la réflexion sur la robotisation du champ de bataille, sur les usages en matière de sécurité intérieure et sur l’utilisation de drones armés. Le grand public a découvert ces derniers à travers l’application systématique qu’en a faite l’administration Obama ces dernières années contre Al Qaida et ses affiliés. Pour Stéphane Taillat qui l’analyse, elle doit cependant « être relativisée dans la mesure où il s’agit d’un outil inscrit dans une tactique particulière au service d’une stratégie » (p. 62). Elle ne changerait pas la conduite de la guerre, mais en modifierait la perception. Reste que l’utilisation de ces robots s’est systématisée, y compris au sein de groupes armés non étatiques, tel l’État islamique (EI) qui les fabrique artisanalement et les utilise en nombre en Irak et en Syrie. D’autres auteurs – tels Jean-Baptiste Jeangène-Vilmer, Catherine Tessier ou Gérard de Boisboissel – s’attachent à bien expliciter la distinction entre drones et SALA, les enjeux et choix d’emploi des uns et des autres leur paraissant relever de deux registres sensiblement différents.

            Une deuxième et copieuse partie dresse un état du droit positif aussi bien sur le plan intérieur (français particulièrement) qu’international du contrôle des robots militaires et policiers. Les humanitaires retiendront évidemment l’article de Caroline Brandao qui étudie les défis que la robotique militaire pose au droit international humanitaire (DIH). Selon elle, il n’existerait pas en réalité « de vide juridique dans l’utilisation des armes autonomes et semi-autonomes » (p. 132). Elle ajoute, en conclusion, que les nouvelles technologies ne changent pas le droit existant mais doivent plutôt s’y conformer, quitte – face à certains défis – à élaborer des normes complémentaires. Si cette approche est compréhensible de la part d’une juriste de la mouvance Croix-Rouge et Croissant-Rouge, il est permis de la questionner et de la trouver exagérément optimiste, car avant tout institutionnelle. On mentionnera que de manière pionnière le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a mis le thème à son ordre du jour dorénavant(3)Voir par exemple la livraison d’International Review of the Red Cross (IRRC), n° 886, été 2012, “New technologies and Warfare”, Cambridge University Press, www.icrc.org/eng/resources/international-review/review-886-new-technologies-warfare/review-886-all.pdf. Dominik Gerhold et Marion Vironda-Dubray, qui tous deux appartiennent à la direction des affaires juridiques du ministère français de la Défense, mènent quant à eux une analyse approfondie des obligations et responsabilités militaires face à la robotisation du champ de bataille.

            Enfin, la troisième et dernière partie élargit la question du contrôle des robots en s’interrogeant sur une réforme (qualifiée par les auteurs de « nécessaire ») de celle-ci. Jean-Marie Fardeau, en sa qualité (au moment de la rédaction) de directeur de Human Rights Watch-France (HRW), plaide ainsi pour l’interdiction préventive des armes complètement autonomes. Il explique que HRW a pris la tête d’une campagne internationale à cette fin. Pour lui, elle serait légitime et justifiée pour quatre raisons : l’impossible respect du DIH ; l’absence d’émotions humaines ; la facilitation de l’entrée en guerre et le problème de la responsabilité pour les dommages causés spécialement aux civils (p. 198-200). Si cette initiative, lancée en 2013, a rencontré un assez large écho public, force est de constater qu’elle peine néanmoins à mobiliser dans la durée les sociétés civiles et, surtout, qu’elle ne semble en rien avoir ralenti le développement des SALA… Didier Danet, dans un article très fouillé, critique avec force cette proposition et estime que vouloir interdire les robots tueurs relève d’un « enfer pavé de bonnes intentions » (p. 203). Selon cet auteur, un régime normatif ad hoc serait d’autant moins nécessaire que son objet – le killer robot – n’existe pas en réalité, et qu’il ne faut pas confondre droit et science-fiction. La démonstration est rigoureuse, mais semble parfois péremptoire car elle tient pour acquis que les systèmes existants n’évolueront jamais, et qu’il est donc inutile d’anticiper.

            Le livre se conclut avec pas moins de trois chapitres consacrés aux questions d’éthique que pose la robotisation. Le croisement des points de vue d’un philosophe et physicien (Dominique Lambert), d’un ingénieur en chef de l’armement (Thierry Pichevin) et d’un vice-amiral américain professeur d’éthique et de politique publique à l’académie navale des États-Unis (George Lucas), est particulièrement stimulant sur ce plan.

            La brève conclusion signée, à nouveau, de Didier Danet montre combien ce travail s’insère dans une actualité brûlante puisque, alors qu’il était presque achevé, plusieurs acteurs éminents de la Silicon Valley en Californie – cœur et moteur (avec le Japon) de la « robolution » – ont publiquement mis en garde quant à la potentialité de voir des machines de guerre dotées d’une intelligence artificielle prendre leur autonomie et se retourner contre leurs créateurs. Fin 2014-début 2015, des déclarations publiques d’Elon Musk (le patron de Tesla et de Space X) ou de Bill Gates (le fondateur de Microsoft) ont frappé les esprits. Le célèbre physicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking était encore plus radical en déclarant à la BBC en décembre 2014 qu’« une fois que les humains auront développé une intelligence artificielle, elle va prendre son envol et se reconstruire elle-même à un rythme toujours plus rapide » (p. 257)… Si Danet tempère ces propos inquiétants en considérant que nous sommes « très loin d’une intelligence artificielle véritablement autonome et [que] le risque de voir un robot militaire s’affranchir de ceux qui le mettent en œuvre est nul(4)C’est sa position constamment réaffirmée dans le livre, on l’a vu. Voir aussi sa tribune, « Terminator est déjà encadré par les lois », Libération, 2 novembre 2015. » (p. 258), il pointe à juste titre néanmoins l’impératif d’en discuter contradictoirement. Pour lui, la question centrale est la suivante : comment tirer parti du progrès scientifique sans que le développement d’une intelligence artificielle en matière de coercition armée provoque à terme la dilution des responsabilités opérationnelles et politiques (p. 259) ?

            Du fait du positionnement professionnel des trois coordinateurs et de certains auteurs, l’équilibre entre expertise militaire et civile donne parfois le sentiment de pencher plutôt au profit de la première. Reste que le débat qu’ils s’emploient à susciter est d’importance et prendra incontestablement de l’ampleur dans les années à venir. Dès lors, il serait souhaitable que le milieu humanitaire y assume une place éminente dans les diverses dimensions qu’il revêt. Pas uniquement donc celle du droit, mais aussi celle des potentialités et des risques de la robotique, de l’intelligence artificielle voire du transhumanisme. Dans leurs pratiques quotidiennes, plusieurs agences humanitaires ont déjà intégré la robolution, le big data et l’usage des drones. Mais à terme, probablement rapproché, la fabrication de matériels sur les théâtres de crise au moyen d’imprimantes 3D, l’utilisation de véhicules intégralement automatisés ou même de robots humanoïdes(5)Des entreprises japonaises cherchent à mettre au point des « robots humanitaires ». dans des opérations de distribution d’aide, enfin le recours à des capacités humaines augmentées ou au transhumanisme recèlent des impacts incalculables et insuffisamment pensés et discutés. Cependant il serait absurde et même dangereux de ne considérer précisément que ces aspects technologiques, sans – en parallèle – les croiser avec les questionnements sur les systèmes d’armes autonomes.

            Ce n’est certes pas son objectif, mais si la lecture de cet ouvrage permettait un enrichissement réciproque de la réflexion entre le monde humanitaire et celui de la sécurité et de la défense, voire des initiatives de recherches communes – au bénéfice de la protection de populations civiles en situation de conflit – cela ajouterait une strate supplémentaire à une palette déjà riche.

Philippe Ryfman

chercheur associé à l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires (OCCAH)
à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM),
avocat et chercheur sur les questions non gouvernementales et humanitaires.

Pour lire l’article en PDF cliquez ici.

ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-254-8 

   [ + ]

1. Terme issu de la Silicon Valley et synonyme de bouleversements primordiaux.
2. Le livre consacre aussi des développements très pertinents à celui de la sécurité intérieure. Toutefois, cet aspect n’est pas directement en lien avec les problématiques humanitaires, du moins à l’international. Il ne sera donc pas évoqué ici.
3. Voir par exemple la livraison d’International Review of the Red Cross (IRRC), n° 886, été 2012, “New technologies and Warfare”, Cambridge University Press, www.icrc.org/eng/resources/international-review/review-886-new-technologies-warfare/review-886-all.pdf
4. C’est sa position constamment réaffirmée dans le livre, on l’a vu. Voir aussi sa tribune, « Terminator est déjà encadré par les lois », Libération, 2 novembre 2015.
5. Des entreprises japonaises cherchent à mettre au point des « robots humanitaires ».

L’aide au développement en 350 mots

Le mot de l’éditeur

« “Acteur : De son propre développement, de la démocratie. Doit bien jouer son rôle. Doit bien jouer son rôle écrit par un autre”. Avec ses 350 entrées, ce dictionnaire du développement, à la manière ironique de celui des idées reçues de Gustave Flaubert, propose de parcourir les mots et lieux communs des politiques de développement en Afrique. L’auteur, praticien des projets de développement, publie régulièrement dans les revues spécialisées en montrant la pauvreté de la pensée pratique du développement. Avec ce dictionnaire étymologique grand public, il va plus loin. Dans un style parfois pamphlétaire, il reprend à son compte la formule de Gustave Flaubert, “l’ironie n’enlève rien au pathétique, elle l’outre au contraire”. L’auteur démontre que le retard dans le développement humain qui caractérise toujours le continent africain, contre l’afro-optimisme béat, est d’abord la conséquence de la bêtise de la pensée sur le développement. »

Entretien avec Marc Le Pape : Chronique d’un génocide

Entretien avec Marc Le Pape

En qualité de sociologue, Marc Le Pape a effectué des recherches en Algérie, en Côte d’Ivoire et en Afrique centrale. Ses travaux récents portent sur les conflits dans la région des Grands Lacs africains. Il a co-dirigé plusieurs ouvrages comme Côte d’Ivoire, l’année terrible 1999-2000 (avec Claudine Vidal, Karthala, 2003), Crises extrêmes (avec Johanna Siméant et Claudine Vidal, La Découverte, 2006) et, dans le cadre de Médecins Sans Frontières, Une guerre contre les civils. Réflexions sur les pratiques humanitaires au Congo-Brazzaville, 1998-2000 (avec Pierre Salignon, Karthala, 2001). Marc Le Pape a été chercheur au CNRS, il est actuellement chercheur associé à l’Ehess (Centre d’études africaines). Il vient de faire paraître, avec Jean-Hervé Bradol du Crash (Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires), un ouvrage revenant sur le génocide des Tutsis du Rwanda à partir des archives de Médecins Sans Frontières.

Continuer la lecture

Entretien avec Jonathan Littell « La barbarie est ce qui est le mieux partagé : aucune religion n’en a le monopole. »

Entretien avec Jonathan Littell

Jonathan Littell est né en 1967 à New York. Élevé en France, il s’engage dans l’humanitaire en 1993 et passe sept ans sur le terrain avec Action contre la Faim, principalement en Bosnie, en Tchétchénie, en République démocratique du Congo et en Afghanistan. Son roman Les Bienveillantes a été publié en 2006, primé la même année par le prix Goncourt, et suivi depuis par plusieurs essais et reportages sur des terrains de conflits. Wrong Elements, un documentaire long-métrage sorti en salles en avril 2017 et portant sur le thème des enfants-soldats, est son premier film. Jonathan Littell a bien voulu répondre aux questions de Benoît Miribel qui l’a connu dans les années 1990 sur le terrain, et qui l’interroge ici sur sa réflexion personnelle face aux comportements particuliers des enfants tombés sous l’emprise d’une rébellion mystique ougandaise, la Lord’s Resistance Army (LRA).

Continuer la lecture