Archives de catégorie : Numéro 5 – Juillet 2017

L’éthique du care contre l’exceptionnalisme humanitaire

Arnaud Dandoy • Faculté de Droit et des Sciences économiques de l’université d’État d’Haïti

A. Dandoy

Et si les acteurs humanitaires nourrissaient l’hostilité qu’ils rencontrent parfois en perpétuant des rapports de domination symbolique et sociale avec leurs employés locaux ? C’est l’hypothèse, tirée de sa propre étude, que développe ici Arnaud Dandoy, docteur en criminologie. Si l’auteur vante les vertus de l’éthique du care, aux dépens de l’éthique kantienne, ce n’est pas un simple exercice philosophique, mais une exigence pour mieux comprendre le fossé qui se creuse entre acteurs humanitaires et populations.

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Afrique subsaharienne : nuages inquiétants à l’horizon

Serge Michailof • Chercheur associé à l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques)

S. Michailof

Longtemps condamnée au pessimisme, l’Afrique s’est incontestablement relevée, affrontant des défis considérables – comme la récente crise Ebola –, affichant une croissance économique encourageante et exportant ses multiples talents. Au seuil du XXIe siècle, une vague d’afro-optimisme s’est peu à peu formée. N’est-on pas allé trop loin, trop vite, dans cette voie? C’est en tout cas ce qu’affirme Serge Michailof, économiste, ancien dirigeant de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement, se risquant à un parallèle avec l’Afghanistan, autre «terre d’humanitaire» des années 1980. Encourageant plutôt à l’afro-réalisme, l’auteur nous invite à prendre la mesure des périls que le continent aura à affronter, autant que des moyens dont il dispose pour les surmonter.

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Sénégal : de la difficulté pour les ONG à s’autonomiser de l’État

Sadio Ba Gning et Kelly Poulet • Docteures en sociologie

S. Ba Gning

K. Poulet

Prenant l’exemple du Congad, le Conseil des organisations non gouvernementales d’appui au développement au Sénégal, deux jeunes chercheuses nous aident à mieux comprendre les difficultés que peuvent avoir les ONG africaines à s’autonomiser de l’État.

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L’impact des procédés internationaux de contournement de l’État : l’exemple de Madagascar

Christiane Rafidinarivo • Sciences Po Paris/Institut d’Études politiques de Madagascar/Université de La Réunion

C. Rafidinarivo

Madagascar a subi de plein fouet la crise politique et diplomatique ouverte en 2009 par un coup d’État. Le régime politique de transition en place jusqu’en 2014 n’a pu empêcher le contournement de l’État et le transfert de sa souveraineté humanitaire aux acteurs internationaux. Tout cela n’a certes pas amélioré la situation de ce pays classé parmi les Moins Avancés de la planète, le troisième plus vulnérable aux aléas climatiques après le Bangladesh et l’Inde (et le premier en Afrique), et le deuxième le plus touché par la faim dans le monde en 2014. Christiane Rafidinarivo revient sur les mécanismes mis en place entre 2009 et 2014 et qui, aujourd’hui encore, perdurent. Elle livre ainsi une analyse comparée afin d’en tirer les leçons politique et diplomatique pour les pays africains…

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De l’humanitaire comme outil de dissuasion en Grèce

Arjun Claire • Humanitarian Affairs consultant   

A. Claire

L’aide humanitaire a souvent été instrumentalisée par les États. Mais plus récemment, elle aurait été utilisée comme un outil de gestion de la « crise des réfugiés » dans les États membres aux frontières de l’Europe. En prenant la Grèce comme référence, l’auteur considère en effet que l’aide humanitaire peut non seulement être un instrument pour traiter des conséquences des politiques restrictives de l’Europe en matière de migration, mais peut aussi constituer un élément d’une stratégie plus large visant à décourager de nouvelles arrivées vers les côtes européennes. Il affirme que la situation d’urgence en Grèce est une construction qui légitimise la présence d’acteurs humanitaires et, par extension, avalise l’existence de conditions de vie indécentes. Leur désengagement étant difficilement envisageable, Arjun Claire propose que les acteurs humanitaires atténuent les conséquences de leur implication en opposant une résistance active envers l’affirmation d’une urgence discursive.

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Mise à l’abri, hospitalité ou accueil des réfugiés : les ambiguïtés irrésolues du camp de La Linière

Franck Esnée • Ancien chef de mission Médecins Sans Frontières en France   
Michaël Neuman • Directeur d’études, Centre de réflexion sur l’action et les savoirs humanitaires (Crash)/Médecins Sans Frontières   

F. Esnée

M. Neuman

C’est en quelque sorte à un droit de suite que nous invitent Franck Esnée et Michaël Neuman. Celui-ci et Angélique Muller avaient en effet déjà consacré un article au travail des acteurs associatifs et politiques sur Grande-Synthe et son camp du Basroch. Suite au démantèlement de ce dernier et à l’installation des réfugiés sur le nouveau camp de La Linière, au printemps 2016, les auteurs reviennent ici sur une année de tergiversations, voire d’incohérences qui en disent long sur notre rapport aux réfugiés.

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Les défis de la transition humanitaire en Afrique

Virginie Troit et Jean-François Mattei • Déléguée générale et président du Fonds Croix-Rouge française   

V. Troit

J.-F. Mattei

L’humanitaire moderne a pris son envol et formé sa vision sur les champs de bataille européens avec la création de la Croix-Rouge. Près d’un siècle plus tard, dans les années  1960, l’aide internationale qui achève sa mission de reconstruction de l’Europe s’oriente vers l’Afrique et le tiers-monde. Les ONG de développement, les agences nationales d’aide publique au développement (APD) et les différents programmes et fonds de l’ONU interviennent de plus en plus massivement sur un continent en quête d’indépendance, écartelé entre les logiques d’alignement imposées par la guerre froide. Dès lors, l’humanitaire sera indissolublement lié à l’Afrique tandis que la relation de cette dernière à l’humanitaire ne cessera de grandir, de se transformer et d’interroger dans un contexte de mondialisation où la place de chacun est à redéfinir en permanence. États, ONG, institutions internationales, sociétés civiles, organisations religieuses, médias et secteur privé vont alors apprendre à interagir, à s’opposer, à s’allier ou à se défier lors de crises – qu’elles soient de nature politique, climatique, sanitaire, économique ou sociale – prenant en otage, décimant ou affectant des millions de personnes. L’Afrique finira par incarner l’image du « continent humanitaire ».

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