Archives de catégorie : Numéro 7 – Mars 2018

Sommaire – Numéro 7

Editorial    
  Boris Martin La quadrature du cercle p. 3
Perspectives
  Michiel Hofman Les organisations humanitaires à l’ère du contre-terrorisme : rejetées par les rebelles, cooptées par les États p. 12
  Tarik Kadir La crise des réfugiés rohingyas : oubliés un jour, oubliés toujours p. 26
Focus : ONG et secteur marchand: L’Etat abritre ?
  Jessica Fleurinor and Caroline Putman Cramer Le CICR et ses partenariats avec le secteur privé : évolution et considérations éthiques p. 38
  Pierre Boris N’nde Des réfugiés entre dysfonctionnements d’entreprise et effacement de l’État : un exemple de programme de cash au Cameroun p. 50
  Entretien avec

Patrice Paoli

« Ce qui compte, c’est la mission et le fait que tout le monde soit animé par un cahier des charges commun » p. 64
  Joël Le Corre  • Les contrats à impact social ou l’État pyromane p. 73
Transitions
  Entretien avec

Jan Egeland

« Nous devrions être aussi ambitieux en matière
de protection des civils que nous le sommes en matière d’assistance » p. 88
Innovations      
  Julien Potet   Morsures de serpent
 en Afrique : un combat humanitaire et politique p. 101
Reportage
  MAPS Collectif MAPS p. 110
Culture
  Complètement Brax Folles directives p. 125
   Livres « ONG. Dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ? Points de vue du Sud » p. 126
De Lesbos à Calais : comment l’Europe fabrique des camps p. 130

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La fabrique européenne de camps

 

 

 

 

 

 

De Lesbos à Calais:
comment l’Europe fabrique des camps

Collectif Babels, Yasmine Bouagga (dir.)

Éditions Le passager clandestin, coll. « Bibliothèque des frontières », 2017

 

Le mot de l’éditeur

De Lesbos à Calais, une myriade de lieux de mise à l’écart émaille les parcours des migrants. Entre bidonvilles, campements, centres de rétention et hotspots, l’encampement transforme les frontières en des espaces de vie et de mise en attente. Le retour des camps en Europe marque un tournant et nous alerte sur une crise de l’hospitalité qui fait du provisoire et de la mise à l’écart les seules manières de penser la gestion des migrations contemporaines.

Cette étude consacrée à la question des camps comme nouvelle forme de dispositifs d’accueil d’urgence en Europe interroge le rôle de ces structures de contrôle des flux et des personnes sur le continent. À travers des enquêtes de terrain, des témoignages et quelques illustrations, elle couvre un large champ, depuis l’impact des camps sur les parcours de vie des migrants, jusqu’à la manne financière qu’ils représentent pour nombre de sociétés privées en Europe.

On y apprend par ailleurs que les camps de réfugiés, lieux de mise en suspens de dizaines de milliers d’existences, sont aussi parfois des espaces d’expérimentation sociale, voire d’utopie, en marge des États.

« Bibliothèque des frontières » est une collection de 7 titres dirigée par Michel Agier et Stefan Le Courant pour penser la violence des frontières contemporaines et réinventer les politiques d’hospitalité. Le programme de recherche de l’EHESS Babels réunit une quarantaine de chercheurs en Europe sous la direction scientifique de l’anthropologue Michel Agier, assisté de Stefan Le Courant.  Continuer la lecture

Repolitiser les ONG

 

 

 

Dossier « ONG. Dépolitisation de la résistance au néolibéralisme ? Points de vue du Sud »,

Revue Alternatives Sud

Centre tricontinental

Louvain-la-Neuve, Belgique

Éditions Syllepse, 2nd semestre 2017

 

            Ce numéro de la revue Alternatives Sud du Centre tricontinental (CETRI) du second semestre 2017 apporte une contribution intéressante au débat au centre des deux derniers numéros d’Alternatives Humanitaires. Les sept articles qui le composent interrogent, en le repolitisant, le débat sur la coopération des ONG avec les acteurs publics et privés (notamment lucratifs). Ils éclairent les causes de la dépolitisation des ONG, les enjeux liés au développement du néolibéralisme qui tendent à réduire le rôle des États et à faire évoluer la culture organisationnelle des ONG (l’instrumentalisation dont les ONG font l’objet, la professionnalisation managériale, ainsi que le paternalisme et la voie « réformatrice » souvent privilégiés) comme l’annonce l’éditorial de Julie Godin.

            Dans cette publication se mêlent les analyses de chercheurs et de professionnels du secteur de l’aide. Tous proposent un regard critique pour analyser des phénomènes mondiaux qui touchent l’ensemble du secteur : le risque d’instrumentalisation (chapitre 1 par Thomas Gebauer et Shankar Gopalakrishnan), le paternalisme (chapitre 7 par Léon Koungou). Mais cette critique propose des réflexions sur des zones géographiques telles que l’Amérique latine (chapitre 4 par David Dumoulin Kervran) et en Amérique centrale (chapitre 5 par José Luis Rocha), comme une analyse sectorielle (les ONG environnementales dans le chapitre 8 par Alain Le Sann). D’autres articles sont des études de cas sur des sujets tels que le mouvement indien de femmes (chapitre 2 par Sruka Roy), les ONG palestiniennes (chapitre 3 par Walid Salem), les ONG en Ouganda (chapitre 6 par Maria Nassali).

            Dans ce compte-rendu, nous avons choisi de présenter un peu plus en détail deux chapitres : l’un sur la problématique générale de l’instrumentalisation (chapitre 1 par Thomas Gebauer et Shankar Gopalakrishnan), et l’autre sur le cas spécifique des ONG en Ouganda (chapitre 6 de Maria Nassali).

            Dans le chapitre 1, Thomas Gebauer et Shankar Gopalakrishnan font un plaidoyer en faveur d’une repolitisation des ONG afin d’éviter le péril de l’instrumentalisation. Ils dénoncent les conséquences des financements institutionnels (vecteurs d’apolitisme), qui impliquent des logiques de contrôle et de performance. Ainsi les ONG auraient tendance à se positionner d’autant plus facilement dans le secteur de l’urgence humanitaire. Ce positionnement ne permet pas de s’attaquer aux causes profondes des inégalités sociales, et ne peut être un véritable vecteur de justice sociale. Au contraire, il favoriserait un statu quo lié à la culture hégémonique néolibérale selon laquelle il existerait « un monde divisé entre les personnes qui apportent leur aide et celles qui la reçoivent, [qui] paraît bien plus acceptable qu’un monde divisé entre personnes privilégiées et personnes sociales exclues ». Il conviendrait donc d’être particulièrement vigilant quant aux collaborations avec les acteurs promoteurs d’intérêts commerciaux (et lucratifs), comme dans le secteur militaire et sécuritaire et les acteurs « philantro-capitalistes », qui sont des agences de légitimation politique. Thomas Gebauer propose donc cinq pistes pour permettre aux ONG de se repolitiser : développer leur esprit critique, prendre des positions politiques, développer leur indépendance, réarticuler leur action avec les mouvements sociaux, et accroître leur mise en réseau en faveur de politiques de changement à plus long terme.

            Dans le chapitre 6, l’avocate Maria Nassali présente le cas des associations en Ouganda. Ces organisations sont considérées comme des appendices du gouvernement du fait d’un cadre de plus en plus restrictif (durcissement du cadre légal, érosion de la liberté de réunion), propice aux interférences politiques. À ce panorama s’ajoutent de fortes rivalités quant à la captation des ressources de la coopération, et en matière d’insertion dans des réseaux de pouvoir, afin de pouvoir survivre. Ces dynamiques favorisent largement le retranchement des ONG derrière une attitude « apolitique ». L’autrice esquisse un chemin de sortie en faveur du renforcement d’une conscience politique au sein des associations en promouvant une militance (en faveur de sujets auxquels des droits sont attachés) orientée vers la sphère juridique pour continuer à œuvrer en faveur de la justice sociale. Malgré un cas d’étude soulignant le faible espace d’action lié par un contexte autoritaire et le fonctionnement néolibéral du secteur de la coopération, Maria Nassali parvient à faire une proposition pleine d’espoir.

            Ce numéro permet de diffuser en français de nombreux articles parus dans des revues anglophones. Les études proposées interpellent par leur actualité et la finesse de leur propos abordant tout en nuances les problématiques de l’aide. Sans condamner les choix faits par les ONG présentées, elles permettent au contraire de poser des questions centrales pour le secteur. Il s’agit d’analyser les choix des ONG et leurs conséquences, tout en tenant compte des contextes dans lesquels ils s’insèrent. Ces articles montrent bien comment les ONG, face à des enjeux qui les dépassent, sont prises dans des logiques néolibérales. Les auteurs insistent : il n’existe aucune formule magique pour résoudre les problématiques auxquelles font face les ONG. Cependant, ce numéro esquisse de véritables pistes d’action, avec intelligence et tact, pour améliorer les marges de manœuvre dans le secteur, appelant à une nouvelle politisation des acteurs de l’aide.

Lucie Laplace

Doctorante en science politique, Laboratoire Triangle, Université Lumière Lyon 2

Pour lire l’article en PDF cliquez ici.

ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-350-7

Le Collectif MAPS

 

Alternatives Humanitaires creuse le sillon de sa coopération avec les photographes. Parce que la sensibilité qui transparaît dans le travail déjà réalisé par les 12  photographes de MAPS fait écho à la préoccupation fondamentale des travailleurs humanitaires – voir le monde tel qu’il est  –, nous vous présentons ici quelques-unes de leurs photographies.

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Morsures de serpent en Afrique : un combat humanitaire et politique

Julien Potet • Médecins Sans Frontières

J. Potet

C’est une innovation sans doute passée inaperçue du grand public, et peut-être même d’une partie du milieu humanitaire. Avec 100 000 morsures mortelles par an, l’envenimation par serpents est désormais considérée comme une maladie tropicale négligée. Julien Potet nous explique comment Médecins Sans Frontières s’en est saisie pour en faire un combat autant humanitaire que politique.

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« Nous devrions être aussi ambitieux en matière de protection des civils que nous le sommes en matière d’assistance »

Interview with Jan Egeland • Secretary General of the NGO Norwegian Refugee Council

J. Egeland

Ancien secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des affaires humanitaires (OCHA) et ancien coordinateur des secours d’urgence de l’ONU, Jan Egeland est aujourd’hui secrétaire général de l’ONG Norwegian Refugee Council. En janvier dernier, il nous a accordé un entretien au cours duquel il revient sur les grands enjeux humanitaires actuels.

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Le CICR et ses partenariats avec le secteur privé : évolution et considérations éthiques

Jessica Fleurinor and Caroline Putman Cramer • International Committee of the Red Cross

J. Fleurinor

C. Putman Cramer

C’est à un prolongement du premier volet de notre dossier que nous invitent Jessica Fleurinor et Caroline Putman Cramer. Le Comité international de la Croix-Rouge n’avait pas eu en effet l’opportunité de présenter son approche des partenariats avec le secteur privé. C’est chose faite, à la faveur d’une mise en perspective allant du banquier Dunant à la présence du CICR au sein du Forum économique mondial, en passant par le Groupe d’entreprises partenaires spécialement créé au sein de l’institution.

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Des réfugiés entre dysfonctionnements d’entreprise et effacement de l’État : un exemple de programme de cash au Cameroun

Pierre Boris N’nde • Docteur en anthropologie sociale et culturelle (Université Laval, Québec, Canada)

P. N’nde

Les programmes de cash transfer se répandent largement dans les contextes humanitaires et, avec eux, les partenariats avec des entreprises chargées de les mettre en œuvre. C’est le cas dans le camp de Gado Badzéré au Cameroun. Pour Pierre Boris N’nde, l’action défaillante de Mobile Telecommunication Networks contrevient au principe du Do no harm tant elle génère une violence que les ONG doivent gérer. Quant à l’État camerounais, en restant campé sur une position sécuritaire, il manque à son rôle d’arbitre.

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« Ce qui compte, c’est la mission et le fait que tout le monde soit animé par un cahier des charges commun »

Entretien avec Patrice Paoli • Directeur du Centre de crise et de soutien

P. Paoli

Patrice Paoli est le directeur du Centre de crise et de soutien du Quai d’Orsay. Alors que l’État français réaffirme sa volonté d’associer les entreprises et leurs fondations à l’action humanitaire, il était indispensable d’en savoir un peu plus sur cette démarche. Pour Patrice Paoli, elle repose sur le pragmatisme, l’action collective et la mise en synergie des moyens de chacun. Aux ONG de se positionner en fonction de cette feuille de route.

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