Archives de catégorie : Rerportage

Le collectif item vous décille les yeux

Il a comme phrase de ralliement: «  Pour ne pas rester les yeux fermés  ». Un leitmotiv qui résonne aux oreilles des humanitaires, acteurs du développement ou travailleurs sociaux et qui justifie, comme nous le faisons avec d’autres, de tourner l’objectif vers ces révélateurs que sont les photographes.

Né en 2001, le collectif item se compose aujourd’hui de 12 photographes, d’une vidéaste et réalisatrice sonore, d’un graphiste et d’un anthropologue.

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Un œil sur le monde

Entretien avec Reza

Reza

« Correspondant de guerre et de paix ». Cette formule qu’il affectionne s’accorde bien au regard que Reza porte sur le monde, un regard plein d’optimisme dans un océan de souffrances, l’espoir sous les gravats, l’humanité derrière la folie des hommes. Mais dévoiler ne lui suffit pas. Depuis le début de sa carrière, le reporter-photographe ne cesse de mettre son métier et sa notoriété à contribution pour résoudre des problèmes qu’il rencontre au fil de ses reportages. Sans doute parce qu’il voit un peu mieux que les autres…

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Le Collectif MAPS

 

Alternatives Humanitaires creuse le sillon de sa coopération avec les photographes. Parce que la sensibilité qui transparaît dans le travail déjà réalisé par les 12  photographes de MAPS fait écho à la préoccupation fondamentale des travailleurs humanitaires – voir le monde tel qu’il est  –, nous vous présentons ici quelques-unes de leurs photographies.

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Visa d’Or humanitaire du CICR, 2011-2017 : sept ans de réflexion

La délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en France a créé, en 2011, le « Visa d’Or humanitaire » en partenariat avec le prestigieux festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’image. Doté de 8 000 euros, ce prix récompense le ou la photographe qui aura su raconter en dix images une problématique portant sur l’action et le droit international humanitaires. De 2011 à 2014, ce sont les « soins en danger » qui ont été primés par le jury composé de représentants de médias internationaux et de membres issus du monde humanitaire. Depuis 2015, la thématique des « femmes dans la guerre » est proposée au concours. La lauréate 2017, Angela Ponce Romero, 23 ans, a exposé son travail, Ayacucho : les disparus du conflit, à Perpignan qui a été vu comme les précédents gagnants par plus de 40 000 visiteurs.  Continuer la lecture

« Afghan Stories: Waiting for Hope » par Sandra Calligaro

Sandra Calligaro • Photographe

S. Calligaro

Après avoir suivi des études d’art et de photographie à l’Université Paris 8, Sandra Calligaro s’oriente vers le grand reportage et accomplit alors un premier séjour en Afghanistan en 2007. Depuis, elle partage son temps entre Paris et Kaboul, alternant reportages pour les médias français et européens, commandes pour le compte d’ONG et projets plus personnels, à portée documentaire. Se destinant d’abord à être « photographe de guerre », c’est au contraire la fragilité du quotidien de ce pays tourmenté qui n’a cessé de la fasciner ; pays auquel elle porte un regard empli de tendresse. 

C’est une sélection de son dernier projet, Afghan Stories: Waiting for Hope, réalisé en collaboration avec Action Contre la Faim et ECHO, que nous publions ici. Outre les photographies, il s’accompagne des témoignages de populations déplacées afghanes.

http://waitingforhope.org

Toutes les photos:
© Sandra Calligaro/Action contre la Faim/Picturetank
www.sandracalligaro.com

Sahr Mohamad. Maïmana, province de Faryab.

« Nous avons six enfants, deux filles et quatre garçons. Jusqu’à leurs 5 ans, nos fils sont en bonne santé, mais après ils tombent tous malades, ils sont comme paralysés. Trois de nos quatre fils ont la polio et le quatrième a une maladie dégénérative – nous ne savons pas exactement laquelle.
Nous avons emprunté 40 000 afghanis (560 euros) pour emmener notre fils au Pakistan se faire soigner ; le docteur nous a demandé de le ramener une seconde fois ainsi que tous nos enfants, mais nous n’en avons pas les moyens, ou alors il faudrait que nous nous endettions encore plus. Heureusement, nos filles ne semblent pas touchées, pour l’instant. »
Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr.

Près de 40 ans de conflits ont durement éprouvé l’Afghanistan. Malgré les objectifs de stabilisation du pays annoncés par la communauté internationale, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. L’année 2016 a d’ailleurs été une année particulièrement sanglante, tandis que 2017 a commencé dans la violence. Les civils ont payé un lourd tribut, de même que les structures de santé et les humanitaires.

Jabor, 15 ans (photo 3),  Abdul Satar, 8 ans (photo 4) et Abdul Sardar, 10 ans (photo 5), trois des enfants de Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr : 

 

Les vagues de violence successives ont provoqué de vastes déplacements de population, tant en Afghanistan que vers les pays voisins (Iran et Pakistan). L’année 2016 représente un nouveau record en termes de mouvement de population : plus de 630 000 personnes ont fui leur village vers des lieux plus sûrs, plus de 560 000 Afghans ont quitté le Pakistan. Poussés à rentrer dans leur pays d’origine après parfois plus de 30 ans d’absence, on estime que 5,7 millions de ces Afghans exilés sont aujourd’hui de retour et ont de graves difficultés à s’établir, à se loger, à subvenir à leurs besoins et à avoir accès à des services de base. Les Nations unies estiment que plus de 250 000 personnes sont affectées par les catastrophes naturelles (inondations, glissements de terrain, séismes) chaque année, dans les différentes régions d’Afghanistan.

« Avant la guerre, nous avions une belle vie. Puis tout s’est écroulé ; nous avons perdu tous nos biens, notre maison a été brûlée. Aujourd’hui mes enfants ne mangent pas à leur faim, je n’ai rien à leur donner ; et nous devons aller puiser de l’eau dans la rivière car nos voisins refusent que nous nous servions de leur puits. »
Zahra, Chaghcharan, province de Ghôr.

Le conflit actuel continue d’empêcher les ONG d’accéder à certaines zones pour évaluer les besoins et mettre en place des programmes d’aide. Des services essentiels pour les populations restent toujours inaccessibles, surtout pour les communautés rurales et les personnes déplacées. Les années 2015 et 2016 ont été des années record en termes de nombre d’attaques contre les services de santé : 125 ont été rapportées en 2015, contre 59 en 2014 et 33 en 2013 ; le premier semestre 2016 comptabilisait déjà 64 attaques.

Bibi Kaky (à gauche) et Khodadat (à droite), originaires de la province voisine de Badghis. Chaghcharan, province de Ghôr.

Kimkhai (à gauche) et Khan Bibi (à droite), originaires de la province voisine de Badghis.
Chaghcharan, province de Ghôr.

Les plus vulnérables sont encore une fois les premières victimes : depuis 2013, le nombre d’enfants exposés aux violences ne cesse d’augmenter année après année. En 2016, une hausse de 15 % du nombre de jeunes victimes (2 461 enfants) était recensée par rapport à l’année précédente. Pourtant le nombre d’enfants tués par le conflit représente moins de 1 % du nombre d’enfants qui meurent de la malnutrition chaque année en Afghanistan. Des taux inquiétants de malnutrition aiguë globale et surtout de malnutrition aiguë sévère ont été notés, parfois bien au-dessus des seuils d’urgence, notamment dans des camps de déplacés.

Il a été établi que le conflit et l’insécurité sont des obstacles majeurs dans l’accès aux services de soins et ont un impact fort sur la malnutrition chronique et les retards de croissance, handicapant durablement l’avenir du pays.

« De laquelle de nos souffrances veux-tu que je te parle ? De notre pauvreté ? De celle d’être refugié ? De la douleur d’une nation entière ? Je ne sais même pas par où je devrais commencer… Regarde dans quelle situation nous sommes, mes enfants sont misérables. Regarde mes pieds, ils sont tellement sales. Regarde-moi, je n’ai rien, ni eau, ni pots pour ranger, ni quoi que ce soit, rien, je n’ai rien. Nous sommes bloqués ici, miséreux, mais si nous rentrons à Kunduz, de quoi allons-nous vivre ? »
Awara, Kaboul, province de Kaboul.

Afin de répondre efficacement et rapidement aux situations d’urgences provoquées par les conflits et les catastrophes naturelles soudaines, la Commission européenne a créé un mécanisme d’aide d’urgence appelé ERM pour Mécanisme de réponse d’urgence. Financé par le service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO), il vise à répondre à l’augmentation des besoins humanitaires et structurels auxquels une population fait face.

« Ma fille est malade depuis trois ans, oui cela fait maintenant trois ans. Elle a un impétigo sur la nuque, nous avons fait des tests au laboratoire, les docteurs nous ont dit qu’il fallait opérer et que cela nous coûterait entre 30 000 et 40 000 afghanis (420-560 euros). Mais même 5 000 afghanis, nous ne pourrions pas les dépenser, alors comment en trouver 40 000 ? »
Karim, Pul-e Khumri, province de Baghlan.

En Afghanistan, l’ERM a été lancé dès 2011. La mise en place de la réponse repose sur un réseau d’organisations humanitaires qui permettent d’assurer une large couverture géographique du pays. En mettant à leur disposition des ressources financières préalables, ECHO s’assure qu’elles pourront apporter une réponse humanitaire rapide aux besoins immédiats des communautés touchées par le conflit ou des catastrophes naturelles.

Zaïr Uddin, Maïmana, province de Faryab.

Dans un premier temps, l’ERM collecte et met en commun, dans des délais très courts, des informations sur la catastrophe en question. Pour réduire l’impact de la catastrophe sur les familles, l’ERM met en place une évaluation précise de leurs besoins et leur propose ensuite une réponse adaptée. Enfin, le mécanisme tente de faciliter l’accès humanitaire dans un pays devenu particulièrement dangereux.

Zarnegar et son fils Omid. Pul-e Khumri, province de Baghlan.

L’ERM regroupe actuellement huit ONG internationales : Action Contre la Faim (ACF), Acted, le Danish Committee for Aid to Afghan Refugees (DACAAR), le Danish Refugee Council (DRC), le Norvegian Refugee Council (NRC), People in Need (PIN), Première Urgence Internationale (PUI) et Solidarités International. Toutes ont une longue expérience de l’Afghanistan et respectent les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité, d’indépendance et de transparence. Les secteurs couverts par l’ERM comprennent : les interventions monétaires ; l’eau, l’hygiène et l’assainissement ; la réduction du risque de désastre et la distribution d’abris ; la sécurité alimentaire et la nutrition.

« J’ai deux malades qui reposent sur mes épaules : ma vieille mère et ma fille malade. J’aimerais pouvoir passer de bons moments, avoir une vie remplie de joie, plus légère. Au moins ici, je suis au calme et rassurée. Mes enfants peuvent aller dehors sans crainte, et chercher du travail. Nous sommes en sécurité, et d’une certaine manière, cela me rend heureuse. » Sediqa (à droite), Herat, province de Herat.

« Ce sont des cartons d’emballage de jus de fruits que vous voyez sur le mur. Les gens riches les boivent. Nos enfants les récupèrent : nous les découpons pour les utiliser comme de petits rangements. » Tawarook, Chaghcharan, province de Ghôr.

Kadija et son cousin Mohamad, Herat, province de Herat.

Pour lire l’article en PDF, merci de nous contacter.
ISBN of the article (HTML): 978-2-37704-242-5

Revoir la Syrie

Agnès Varraine-Leca • Photographe

A. Varraine-Leca

Lorsque Agnès Varraine-Leca arrive au Liban, en janvier 2016, cinq années se sont déjà écoulées depuis le début de la guerre en Syrie. La moitié de la population syrienne a fui les bombardements et les combats : 6,6 millions de Syriens sont déplacés en Syrie et 4,6 millions (soit la population de l’Irlande) se sont réfugiés dans les pays de la région, jusqu’en Europe. Au Liban, ils représentent un tiers de la population. Depuis des mois, des années pour la plupart, ils sont bloqués dans le pays sans perspective de retour en Syrie, vivant dans des conditions toujours plus précaires. Un an plus tard, leur situation n’a guère changé. Quant à revoir la Syrie…

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Ni sains ni saufs : les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France

Laurence Geai • Grand Reporter

laurence-geai

L. Geai

Dans la crise des réfugiés et des migrants en Europe, une personne sur trois en quête de refuge est un enfant. Parmi ces enfants, des mineurs non accompagnés(1)« Les mineurs non-accompagnés sont des enfants âgés de moins de 18 ans, qui ont été séparés de leurs deux parents et d’autres membres proches de leur famille, et ne sont pas pris en charge par un adulte investi de cette responsabilité par la loi ou la coutume », selon la définition du Conseil de l’Europe issue de la Recommandation CM/Rec(2007)9 du Comité des Ministres aux États membres sur les projets de vie en faveur des mineurs migrants non-accompagnés en date du 12 juillet 2007. http://infomie.net/spip.php?article189 . Aucun recensement exhaustif de ces enfants n’existe. De par leur grande mobilité, les chiffres évoluent constamment. On estime qu’ils sont en permanence environ 500, présents sur l’ensemble du littoral de la Manche depuis début 2016. Ces enfants fragiles ne sont pourtant pas protégés. Les réponses proposées par les pouvoirs publics en France sont limitées et inadaptées. Ils vivent ainsi dans des conditions indignes (manque de nourriture et d’accès à l’eau, déscolarisation). À la merci des passeurs et des adultes, ils sont exposés à des dangers permanents : accidents, blessures, violences dont des situations de violences sexuelles.

La photographe Laurence Geai s’est rendue à Calais entre février et mai 2016 et a enquêté dans le bidonville, auprès de ces jeunes isolés décidés à rejoindre l’Angleterre. Ses photographies nous engagent à reconnaître la rudesse de l’existence de ces enfants, les risques qu’ils encourent, et l’urgence à leur venir en aide. Elles nous rappellent que ce sont avant tout des enfants, et que la façon de les accueillir dans nos pays est une responsabilité partagée.

Son reportage, associé à l’enquête sociologique menée par l’association Trajectoires pour l’UNICEF France(2)Olivier Peyroux, Alexandre Le Clève et Evangéline Masson Diez, Ni sains ni saufs. Enquête sur les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France, Unicef et Trajectoires, juin 2016,
https://www.unicef.fr/sites/default/files/atoms/files/ni-sains-ni-saufs_mna_france_2016_0.pdf
, entend documenter la situation de ces jeunes : les rendre visibles pour que cesse le déni et que soient adoptées des mesures appropriées à leur situation, à leur âge et à leur fragilité.

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1. « Les mineurs non-accompagnés sont des enfants âgés de moins de 18 ans, qui ont été séparés de leurs deux parents et d’autres membres proches de leur famille, et ne sont pas pris en charge par un adulte investi de cette responsabilité par la loi ou la coutume », selon la définition du Conseil de l’Europe issue de la Recommandation CM/Rec(2007)9 du Comité des Ministres aux États membres sur les projets de vie en faveur des mineurs migrants non-accompagnés en date du 12 juillet 2007. http://infomie.net/spip.php?article189
2. Olivier Peyroux, Alexandre Le Clève et Evangéline Masson Diez, Ni sains ni saufs. Enquête sur les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France, Unicef et Trajectoires, juin 2016,
https://www.unicef.fr/sites/default/files/atoms/files/ni-sains-ni-saufs_mna_france_2016_0.pdf

« Apporter la preuve par l’image, montrer les choses »

Philippe Rochot • Grand Reporter

PhilippeRochot

P. Rochot

Philippe Rochot, grand reporter de télévision, a couvert les événements majeurs de notre histoire contemporaine : le conflit du Proche-Orient, la révolution iranienne, la guerre d’Afghanistan, l’Afrique en mouvement, mais aussi la chute du mur de Berlin et la montée en puissance de la Chine où il a été correspondant durant six ans. Sa passion première est pourtant restée la photographie, son « carnet de notes » comme il dit, qui lui permet d’éterniser l’instant. De l’Arabie des années 1970 à l’Asie actuelle en passant par l’Afrique, il aime réaliser des photos très humaines, mais aussi des portraits et des « clins d’œil » sur les sociétés rencontrées.

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Afghanistan, octobre 2001. Les attentats du 11 septembre entraînent les représailles de l’armée américaine sur le fief de Tora Bora où se sont repliés les combattants d’Al Qaeda. Les civils fuient vers la zone tribale entre le Pakistan et l’Afghanistan.

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