Archives de catégorie : Rerportage

Yémen : la vie au temps des bombes et des mines

Toutes les images et légendes : © Agnès Varraine-Leca/MSF

A. Varraine-Leca

Quatre années de guerre, plus de 19000 raids aériens menés par la coalition internationale dirigée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, et des estimations basses qui suggèrent un bilan humain s’élevant à 90 000 morts. Les civils paient le prix fort, premières victimes des bombardements de cette coalition et des combats au sol entre les forces loyalistes – fidèles au président Hadi et soutenues par la coalition – et les troupes d’Ansar Allah. Celles-ci sont elles-mêmes à l’origine de lourdes pertes civiles, notamment par leur usage intensif de mines à l’ouest du pays(1)Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, http://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/.

Pour Médecins Sans Frontières, Agnès Varraine-Leca s’est rendue trois fois au Yémen entre mars 2018 et mai 2019. Elle a récemment documenté les conditions de vie à l’intérieur de la ville de Hodeidah, sur laquelle une offensive militaire a été lancée en juin 2018, ainsi que les conséquences des bombardements sur les civils vivant dans le gouvernorat de Saada, au nord du pays, le plus bombardé par la coalition. Fin décembre 2018, elle s’est également rendue à Mocha, dans le gouvernorat de Taiz, où les mines font des ravages immenses, blessant ou tuant notamment des enfants, et empêchant les familles de cultiver leurs champs. C’est cette guerre à huis-clos qu’elle documente depuis un an et demi, un travail photographique qui fera l’objet d’un livre à paraître en 2020.

www.agnesvarraineleca.com

Yémen, gouvernorat de Sa’dah, hôpital de Haydan, 20 avril 2019

Des patients attendent leur tour aux abords de la zone de triage de l’hôpital de Haydan. Le 26 octobre 2015, l’hôpital a été frappé par un raid de la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, détruisant partiellement le bâtiment. En février 2017, les équipes de MSF sont revenues à Haydan pour démarrer l’implantation progressive d’activités médicales : la maternité (mars 2017), le service d’hospitalisation (avril 2017), la réorientation vers les hôpitaux de Sa’dah (mai 2017), le service ambulatoire (décembre 2017). Elles ont terminé la reconstruction de l’hôpital en avril 2018. En 2018, près de 14 000 consultations d’urgence et 3 800 consultations prénatales ont été effectuées à l’hôpital. La même année, plus de 1 500 patients furent admis dans le service d’hospitalisation. Haydan est située dans le gouvernorat de Sa’dah, qui demeure le plus ciblé par les frappes de la coalition internationale, selon le groupe de surveillance indépendant Yemen Data Project (YDP).

Sa’dah au quotidien (Yémen, avril 2019)

Ayman est un coiffeur originaire d’Ibb, au sud de la ville de Sa’dah. En 2015, sa maison à Sa’dah a été détruite par une frappe aérienne de la coalition. 28 membres de sa famille sont morts ce jour-là ; seuls trois survécurent, dont Ayman. Il se souvient des cris provenant des décombres, sans qu’il puisse les aider. À cette époque, il étudiait l’informatique. Son frère, qui possédait un salon de coiffure, a été tué lors du bombardement. Alors Ayman mit fin à ses études et reprit le salon familial. C’est la première fois qu’il revient sur les lieux depuis 2015.


Le salon de coiffure d’Ayman.

Camp de déplacés internes à Sa’dah. Mosabi et sa famille ont dû quitter Harad, située près de la frontière saoudienne, quelques mois après le début du conflit. Ils ont fui à Hodeidah, puis sont venus s’installer dans ce camp, à Sa’dah. Mosabi a 19 enfants, et 3 femmes.

Le tribunal de Sa’dah a été détruit fin 2015 par un raid aérien.

Bâtiments détruits dans la ville de Sa’dah.

En 2015, un parc et plusieurs magasins ont été bombardés lors d’un raid près de la vieille ville de Sa’dah.

Un carrefour de la ville de Sa’dah.

Le bureau de poste de Sa’dah, détruit par une frappe aérienne.

Au jour le jour à Mocha (Yémen, décembre 2018)


Mines désamorcées. Mawza est située dans le gouvernorat de Taïz, à 45 minutes à l’est de la ville de Mocha. Il s’agit d’une zone rurale très pauvre, dont les habitants dépendent de leurs terres pour vivre. La zone fut reprise aux troupes d’Ansar Allah par les forces loyales au président Hadi, soutenues par la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, début 2018.

Les combats ont endommagé les champs, principaux moyens de subsistance des 13 000 habitants de Mawza. Lors du retrait des troupes, des milliers de mines antipersonnel et d’engins explosifs improvisés (EEI) ont été déposés dans le secteur. Entre août et décembre, les équipes de MSF à Mocha ont accueilli environ 150 personnes blessées par des mines ou des EEI, dont un tiers était des enfants qui jouaient dans les champs. Les mines et les EEI sont désamorcés par les militaires. Des ONG locales sont chargées de les localiser.

Mocha. Nasser, 14 ans, et son père Mohamed Abdou, viennent de Mafraq Al Mocha, à une heure de Mocha. Le 7 décembre, Nasser s’occupait de ses moutons avec son oncle et son cousin ; ils avaient prévu d’aller en montagne. Dans un champ, Nasser a marché sur une mine. Son oncle et lui ont été blessés par le souffle. Son oncle a reçu un éclat dans l’œil, et a été transféré à Mocha, dans l’hôpital chirurgical de MSF, puis réorienté vers le centre de traumatologie de MSF à Aden. Nasser a souffert de multiples blessures, et son pied droit a été amputé dès son arrivée à l’hôpital. « Il n’y avait plus d’os, rien à sauver qui puisse éviter l’amputation », explique Farouk, kinésithérapeute. Nasser avait subi une précédente amputation du pouce, suite à une blessure par balle, ce qui rend l’utilisation de béquilles compliquée. Mohammed Abdou, son père, explique que les combats se sont intensifiés cette année. Alors que les troupes se retiraient, elles ont laissé de nombreuses mines près de Mafraq Al Mocha et dans la région, le long des lignes de front. MSF soutient un poste médical avancé à Mafraq Al Mocha.

Les habitants de la ville connaissent les lieux à éviter car piégés par les mines. Mais il n’y a pas suffisamment de panneaux pour indiquer la présence de ces engins dans la zone, ni assez de démineurs. Désormais, Mohammed Abdou a peur de se rendre dans les champs autour de Mafraq. Sur la photo, Nasser tente de marcher avec des béquilles pour la première fois, avec l’aide de Farouk, son kinésithérapeute.

Amarah, 8 ans, et sa grand-mère Fatma. Amarah a été blessée par une mine alors qu’elle jouait près de chez elle à Dubba, district de Mocha (gouvernorat de Taïz). Le 1er décembre, elle était avec ses amis près des moutons dans un champ proche de Dubba. Amarah a vu un objet avec des chiffres : en la touchant, elle a fait exploser la mine. L’explosion a blessé les quatre enfants, tuant le garçon. Fatma, sa grand-mère, a entendu l’explosion et couru vers le champ. Amarah a été évacuée à dos de mule. Elle fut ensuite transférée en voiture à l’hôpital militaire de Mocha (à une heure de route), puis dirigée vers l’hôpital chirurgical de MSF dans la ville. La famille sait qu’il y a des mines dans la zone, mais leur emplacement précis n’est pas délimité par des panneaux. De nombreuses autres personnes ont été blessées, dont l’oncle d’Amarah. Celle-ci souffre de multiples blessures sur la partie droite de son visage, à l’abdomen et à la jambe droite. Amarah a subi plusieurs interventions chirurgicales, dont une laparotomie.

Un enfant blessé par une mine à Mawza est examiné par Elma Wong, anesthésiste, aux urgences de l’hôpital chirurgical de MSF à Mocha. Il a été blessé le 13 décembre avec trois autres membres de sa famille. Deux d’entre eux sont arrivés morts à l’hôpital. L’enfant avait des éclats dans le crâne, sur le bras et le visage.

Ali (au centre), 18 ans, vient d’un petit village d’une zone rurale et très pauvre près de Mawza, à 45 minutes de Mocha. Il y a deux mois, il devait retrouver trois amis dans un champ près de sa maison. Il était en retard ; il s’est mis à courir, quand soudain une mine a explosé. D’habitude, il fait très attention lorsqu’il marche dans le champ, car il sait que des mines y ont été déposées par les militaires lors de leur départ il y a quelques mois. Aucun signe particulier n’indique la présence de mines dans cette zone. Sa jambe gauche fut amputée sous le genou ; elle était déjà faible à cause de la poliomyélite, qu’il avait contractée dans son enfance. Depuis l’accident, il se rend deux fois par semaine à l’hôpital de MSF à Mocha pour une séance de kinésithérapie avec Farouk (à gauche). Depuis son village, il faut à Ali une heure et demie pour rejoindre l’hôpital de MSF à Mocha.

Ali Hassan, 40 ans, est chauffeur et ancien militaire. Père de deux fils et deux filles, il vit avec sa famille à Hodeidah depuis 25 ans. Il conduisait près de Khawkha à 60 kilomètres de Mocha, lorsqu’une roquette a frappé son véhicule, blessant six personnes et en tuant une autre. Ali a des éclats sur le visage et l’abdomen, et son pied gauche a été amputé.

« Il y a de la nourriture à Hodeidah, mais elle coûte très cher. Nous avons des coupures d’eau régulières et pas d’électricité. De nombreux magasins sont fermés dans la ville ». Comme nombre de ses connaissances, Ali a envoyé sa femme et ses enfants à Sanaa, pour leur sécurité. « Les hommes restent à Hodeidah pour protéger leurs maisons. Je suis loin de ma famille mais que puis-je faire ? C’est mieux pour eux d’être dans un endroit plus sûr. La guerre a tout changé ».


Un enfant assis près de roquettes désamorcées à Mawza (district de Mocha, gouvernorat de Taïz, au Yémen).

Traduit de l’anglais et du français par Benjamin Richardier

ISBN de l’article (HTML): 978-2-37704-562-4

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1. Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, http://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/

Le collectif item vous décille les yeux

Il a comme phrase de ralliement: «  Pour ne pas rester les yeux fermés  ». Un leitmotiv qui résonne aux oreilles des humanitaires, acteurs du développement ou travailleurs sociaux et qui justifie, comme nous le faisons avec d’autres, de tourner l’objectif vers ces révélateurs que sont les photographes.

Né en 2001, le collectif item se compose aujourd’hui de 12 photographes, d’une vidéaste et réalisatrice sonore, d’un graphiste et d’un anthropologue.

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Un œil sur le monde

Entretien avec Reza

Reza

« Correspondant de guerre et de paix ». Cette formule qu’il affectionne s’accorde bien au regard que Reza porte sur le monde, un regard plein d’optimisme dans un océan de souffrances, l’espoir sous les gravats, l’humanité derrière la folie des hommes. Mais dévoiler ne lui suffit pas. Depuis le début de sa carrière, le reporter-photographe ne cesse de mettre son métier et sa notoriété à contribution pour résoudre des problèmes qu’il rencontre au fil de ses reportages. Sans doute parce qu’il voit un peu mieux que les autres…

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Le Collectif MAPS

 

Alternatives Humanitaires creuse le sillon de sa coopération avec les photographes. Parce que la sensibilité qui transparaît dans le travail déjà réalisé par les 12  photographes de MAPS fait écho à la préoccupation fondamentale des travailleurs humanitaires – voir le monde tel qu’il est  –, nous vous présentons ici quelques-unes de leurs photographies.

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Visa d’Or humanitaire du CICR, 2011-2017 : sept ans de réflexion

La délégation régionale du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en France a créé, en 2011, le « Visa d’Or humanitaire » en partenariat avec le prestigieux festival international de photojournalisme de Perpignan, Visa pour l’image. Doté de 8 000 euros, ce prix récompense le ou la photographe qui aura su raconter en dix images une problématique portant sur l’action et le droit international humanitaires. De 2011 à 2014, ce sont les « soins en danger » qui ont été primés par le jury composé de représentants de médias internationaux et de membres issus du monde humanitaire. Depuis 2015, la thématique des « femmes dans la guerre » est proposée au concours. La lauréate 2017, Angela Ponce Romero, 23 ans, a exposé son travail, Ayacucho : les disparus du conflit, à Perpignan qui a été vu comme les précédents gagnants par plus de 40 000 visiteurs.  Continuer la lecture

« Afghan Stories: Waiting for Hope » par Sandra Calligaro

Sandra Calligaro • Photographe

S. Calligaro

Après avoir suivi des études d’art et de photographie à l’Université Paris 8, Sandra Calligaro s’oriente vers le grand reportage et accomplit alors un premier séjour en Afghanistan en 2007. Depuis, elle partage son temps entre Paris et Kaboul, alternant reportages pour les médias français et européens, commandes pour le compte d’ONG et projets plus personnels, à portée documentaire. Se destinant d’abord à être « photographe de guerre », c’est au contraire la fragilité du quotidien de ce pays tourmenté qui n’a cessé de la fasciner ; pays auquel elle porte un regard empli de tendresse. 

C’est une sélection de son dernier projet, Afghan Stories: Waiting for Hope, réalisé en collaboration avec Action Contre la Faim et ECHO, que nous publions ici. Outre les photographies, il s’accompagne des témoignages de populations déplacées afghanes.

http://waitingforhope.org

Toutes les photos:
© Sandra Calligaro/Action contre la Faim/Picturetank
www.sandracalligaro.com

Sahr Mohamad. Maïmana, province de Faryab.

« Nous avons six enfants, deux filles et quatre garçons. Jusqu’à leurs 5 ans, nos fils sont en bonne santé, mais après ils tombent tous malades, ils sont comme paralysés. Trois de nos quatre fils ont la polio et le quatrième a une maladie dégénérative – nous ne savons pas exactement laquelle.
Nous avons emprunté 40 000 afghanis (560 euros) pour emmener notre fils au Pakistan se faire soigner ; le docteur nous a demandé de le ramener une seconde fois ainsi que tous nos enfants, mais nous n’en avons pas les moyens, ou alors il faudrait que nous nous endettions encore plus. Heureusement, nos filles ne semblent pas touchées, pour l’instant. »
Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr.

Près de 40 ans de conflits ont durement éprouvé l’Afghanistan. Malgré les objectifs de stabilisation du pays annoncés par la communauté internationale, la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. L’année 2016 a d’ailleurs été une année particulièrement sanglante, tandis que 2017 a commencé dans la violence. Les civils ont payé un lourd tribut, de même que les structures de santé et les humanitaires.

Jabor, 15 ans (photo 3),  Abdul Satar, 8 ans (photo 4) et Abdul Sardar, 10 ans (photo 5), trois des enfants de Mahajubeen, Chaghcharan, province de Ghôr : 

 

Les vagues de violence successives ont provoqué de vastes déplacements de population, tant en Afghanistan que vers les pays voisins (Iran et Pakistan). L’année 2016 représente un nouveau record en termes de mouvement de population : plus de 630 000 personnes ont fui leur village vers des lieux plus sûrs, plus de 560 000 Afghans ont quitté le Pakistan. Poussés à rentrer dans leur pays d’origine après parfois plus de 30 ans d’absence, on estime que 5,7 millions de ces Afghans exilés sont aujourd’hui de retour et ont de graves difficultés à s’établir, à se loger, à subvenir à leurs besoins et à avoir accès à des services de base. Les Nations unies estiment que plus de 250 000 personnes sont affectées par les catastrophes naturelles (inondations, glissements de terrain, séismes) chaque année, dans les différentes régions d’Afghanistan.

« Avant la guerre, nous avions une belle vie. Puis tout s’est écroulé ; nous avons perdu tous nos biens, notre maison a été brûlée. Aujourd’hui mes enfants ne mangent pas à leur faim, je n’ai rien à leur donner ; et nous devons aller puiser de l’eau dans la rivière car nos voisins refusent que nous nous servions de leur puits. »
Zahra, Chaghcharan, province de Ghôr.

Le conflit actuel continue d’empêcher les ONG d’accéder à certaines zones pour évaluer les besoins et mettre en place des programmes d’aide. Des services essentiels pour les populations restent toujours inaccessibles, surtout pour les communautés rurales et les personnes déplacées. Les années 2015 et 2016 ont été des années record en termes de nombre d’attaques contre les services de santé : 125 ont été rapportées en 2015, contre 59 en 2014 et 33 en 2013 ; le premier semestre 2016 comptabilisait déjà 64 attaques.

Bibi Kaky (à gauche) et Khodadat (à droite), originaires de la province voisine de Badghis. Chaghcharan, province de Ghôr.

Kimkhai (à gauche) et Khan Bibi (à droite), originaires de la province voisine de Badghis.
Chaghcharan, province de Ghôr.

Les plus vulnérables sont encore une fois les premières victimes : depuis 2013, le nombre d’enfants exposés aux violences ne cesse d’augmenter année après année. En 2016, une hausse de 15 % du nombre de jeunes victimes (2 461 enfants) était recensée par rapport à l’année précédente. Pourtant le nombre d’enfants tués par le conflit représente moins de 1 % du nombre d’enfants qui meurent de la malnutrition chaque année en Afghanistan. Des taux inquiétants de malnutrition aiguë globale et surtout de malnutrition aiguë sévère ont été notés, parfois bien au-dessus des seuils d’urgence, notamment dans des camps de déplacés.

Il a été établi que le conflit et l’insécurité sont des obstacles majeurs dans l’accès aux services de soins et ont un impact fort sur la malnutrition chronique et les retards de croissance, handicapant durablement l’avenir du pays.

« De laquelle de nos souffrances veux-tu que je te parle ? De notre pauvreté ? De celle d’être refugié ? De la douleur d’une nation entière ? Je ne sais même pas par où je devrais commencer… Regarde dans quelle situation nous sommes, mes enfants sont misérables. Regarde mes pieds, ils sont tellement sales. Regarde-moi, je n’ai rien, ni eau, ni pots pour ranger, ni quoi que ce soit, rien, je n’ai rien. Nous sommes bloqués ici, miséreux, mais si nous rentrons à Kunduz, de quoi allons-nous vivre ? »
Awara, Kaboul, province de Kaboul.

Afin de répondre efficacement et rapidement aux situations d’urgences provoquées par les conflits et les catastrophes naturelles soudaines, la Commission européenne a créé un mécanisme d’aide d’urgence appelé ERM pour Mécanisme de réponse d’urgence. Financé par le service de la Commission européenne à l’aide humanitaire et à la protection civile (ECHO), il vise à répondre à l’augmentation des besoins humanitaires et structurels auxquels une population fait face.

« Ma fille est malade depuis trois ans, oui cela fait maintenant trois ans. Elle a un impétigo sur la nuque, nous avons fait des tests au laboratoire, les docteurs nous ont dit qu’il fallait opérer et que cela nous coûterait entre 30 000 et 40 000 afghanis (420-560 euros). Mais même 5 000 afghanis, nous ne pourrions pas les dépenser, alors comment en trouver 40 000 ? »
Karim, Pul-e Khumri, province de Baghlan.

En Afghanistan, l’ERM a été lancé dès 2011. La mise en place de la réponse repose sur un réseau d’organisations humanitaires qui permettent d’assurer une large couverture géographique du pays. En mettant à leur disposition des ressources financières préalables, ECHO s’assure qu’elles pourront apporter une réponse humanitaire rapide aux besoins immédiats des communautés touchées par le conflit ou des catastrophes naturelles.

Zaïr Uddin, Maïmana, province de Faryab.

Dans un premier temps, l’ERM collecte et met en commun, dans des délais très courts, des informations sur la catastrophe en question. Pour réduire l’impact de la catastrophe sur les familles, l’ERM met en place une évaluation précise de leurs besoins et leur propose ensuite une réponse adaptée. Enfin, le mécanisme tente de faciliter l’accès humanitaire dans un pays devenu particulièrement dangereux.

Zarnegar et son fils Omid. Pul-e Khumri, province de Baghlan.

L’ERM regroupe actuellement huit ONG internationales : Action Contre la Faim (ACF), Acted, le Danish Committee for Aid to Afghan Refugees (DACAAR), le Danish Refugee Council (DRC), le Norvegian Refugee Council (NRC), People in Need (PIN), Première Urgence Internationale (PUI) et Solidarités International. Toutes ont une longue expérience de l’Afghanistan et respectent les principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité, d’indépendance et de transparence. Les secteurs couverts par l’ERM comprennent : les interventions monétaires ; l’eau, l’hygiène et l’assainissement ; la réduction du risque de désastre et la distribution d’abris ; la sécurité alimentaire et la nutrition.

« J’ai deux malades qui reposent sur mes épaules : ma vieille mère et ma fille malade. J’aimerais pouvoir passer de bons moments, avoir une vie remplie de joie, plus légère. Au moins ici, je suis au calme et rassurée. Mes enfants peuvent aller dehors sans crainte, et chercher du travail. Nous sommes en sécurité, et d’une certaine manière, cela me rend heureuse. » Sediqa (à droite), Herat, province de Herat.

« Ce sont des cartons d’emballage de jus de fruits que vous voyez sur le mur. Les gens riches les boivent. Nos enfants les récupèrent : nous les découpons pour les utiliser comme de petits rangements. » Tawarook, Chaghcharan, province de Ghôr.

Kadija et son cousin Mohamad, Herat, province de Herat.

Pour lire l’article en PDF, merci de nous contacter.
ISBN of the article (HTML): 978-2-37704-242-5

Revoir la Syrie

Agnès Varraine-Leca • Photographe

A. Varraine-Leca

Lorsque Agnès Varraine-Leca arrive au Liban, en janvier 2016, cinq années se sont déjà écoulées depuis le début de la guerre en Syrie. La moitié de la population syrienne a fui les bombardements et les combats : 6,6 millions de Syriens sont déplacés en Syrie et 4,6 millions (soit la population de l’Irlande) se sont réfugiés dans les pays de la région, jusqu’en Europe. Au Liban, ils représentent un tiers de la population. Depuis des mois, des années pour la plupart, ils sont bloqués dans le pays sans perspective de retour en Syrie, vivant dans des conditions toujours plus précaires. Un an plus tard, leur situation n’a guère changé. Quant à revoir la Syrie…

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Ni sains ni saufs : les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France

Laurence Geai • Grand Reporter

laurence-geai

L. Geai

Dans la crise des réfugiés et des migrants en Europe, une personne sur trois en quête de refuge est un enfant. Parmi ces enfants, des mineurs non accompagnés(1)« Les mineurs non-accompagnés sont des enfants âgés de moins de 18 ans, qui ont été séparés de leurs deux parents et d’autres membres proches de leur famille, et ne sont pas pris en charge par un adulte investi de cette responsabilité par la loi ou la coutume », selon la définition du Conseil de l’Europe issue de la Recommandation CM/Rec(2007)9 du Comité des Ministres aux États membres sur les projets de vie en faveur des mineurs migrants non-accompagnés en date du 12 juillet 2007. http://infomie.net/spip.php?article189 . Aucun recensement exhaustif de ces enfants n’existe. De par leur grande mobilité, les chiffres évoluent constamment. On estime qu’ils sont en permanence environ 500, présents sur l’ensemble du littoral de la Manche depuis début 2016. Ces enfants fragiles ne sont pourtant pas protégés. Les réponses proposées par les pouvoirs publics en France sont limitées et inadaptées. Ils vivent ainsi dans des conditions indignes (manque de nourriture et d’accès à l’eau, déscolarisation). À la merci des passeurs et des adultes, ils sont exposés à des dangers permanents : accidents, blessures, violences dont des situations de violences sexuelles.

La photographe Laurence Geai s’est rendue à Calais entre février et mai 2016 et a enquêté dans le bidonville, auprès de ces jeunes isolés décidés à rejoindre l’Angleterre. Ses photographies nous engagent à reconnaître la rudesse de l’existence de ces enfants, les risques qu’ils encourent, et l’urgence à leur venir en aide. Elles nous rappellent que ce sont avant tout des enfants, et que la façon de les accueillir dans nos pays est une responsabilité partagée.

Son reportage, associé à l’enquête sociologique menée par l’association Trajectoires pour l’UNICEF France(2)Olivier Peyroux, Alexandre Le Clève et Evangéline Masson Diez, Ni sains ni saufs. Enquête sur les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France, Unicef et Trajectoires, juin 2016,
https://www.unicef.fr/sites/default/files/atoms/files/ni-sains-ni-saufs_mna_france_2016_0.pdf
, entend documenter la situation de ces jeunes : les rendre visibles pour que cesse le déni et que soient adoptées des mesures appropriées à leur situation, à leur âge et à leur fragilité.

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1. « Les mineurs non-accompagnés sont des enfants âgés de moins de 18 ans, qui ont été séparés de leurs deux parents et d’autres membres proches de leur famille, et ne sont pas pris en charge par un adulte investi de cette responsabilité par la loi ou la coutume », selon la définition du Conseil de l’Europe issue de la Recommandation CM/Rec(2007)9 du Comité des Ministres aux États membres sur les projets de vie en faveur des mineurs migrants non-accompagnés en date du 12 juillet 2007. http://infomie.net/spip.php?article189
2. Olivier Peyroux, Alexandre Le Clève et Evangéline Masson Diez, Ni sains ni saufs. Enquête sur les enfants non-accompagnés dans le Nord de la France, Unicef et Trajectoires, juin 2016,
https://www.unicef.fr/sites/default/files/atoms/files/ni-sains-ni-saufs_mna_france_2016_0.pdf

« Apporter la preuve par l’image, montrer les choses »

Philippe Rochot • Grand Reporter

PhilippeRochot

P. Rochot

Philippe Rochot, grand reporter de télévision, a couvert les événements majeurs de notre histoire contemporaine : le conflit du Proche-Orient, la révolution iranienne, la guerre d’Afghanistan, l’Afrique en mouvement, mais aussi la chute du mur de Berlin et la montée en puissance de la Chine où il a été correspondant durant six ans. Sa passion première est pourtant restée la photographie, son « carnet de notes » comme il dit, qui lui permet d’éterniser l’instant. De l’Arabie des années 1970 à l’Asie actuelle en passant par l’Afrique, il aime réaliser des photos très humaines, mais aussi des portraits et des « clins d’œil » sur les sociétés rencontrées.

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Afghanistan, octobre 2001. Les attentats du 11 septembre entraînent les représailles de l’armée américaine sur le fief de Tora Bora où se sont repliés les combattants d’Al Qaeda. Les civils fuient vers la zone tribale entre le Pakistan et l’Afghanistan.

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