La science de la population au chevet des humanitaires ?

V. Léger

Vincent Léger • Docteur en anthropologie, chargé de recherche à la Fondation Croix-Rouge française et copilote du Focus de ce numéro

D’ici 2050, la population mondiale va augmenter de 2,5 milliards, et la part des plus de 60 ans doublera pour passer de 11% environ à 22%. Le nombre absolu de personnes âgées de 60 ans et plus passera de 605 millions à deux milliards. Les déplacements liés au changement climatique vont fortement augmenter. D’ici 2050, si aucune mesure n’est prise, il y aura plus de 143  millions de migrants climatiques en Afrique subsaharienne (86  millions), Asie du Sud (40  millions) et Amérique latine (17  millions). Aujourd’hui, une personne sur trois vivant en milieu urbain réside en zone informelle et, selon les Nations unies, environ 180 000  personnes migrent en milieu urbain chaque jour. En Afrique et en Asie, la population urbaine va doubler entre 2000 et 2030, et 50 % de la population africaine sera urbaine d’ici 2050 (contre 38 % aujourd’hui).

Qu’il s’agisse du vieillissement de la population, au Nord comme au Sud, des migrations, de l’urbanisation, de l’accroissement démographique ou de la pauvreté, certains phénomènes démographiques, des tendances lourdes avérées se profilent en effet avec une rapidité surprenante, entraînant l’apparition de nouveaux besoins, un décrochement entre les projections et les moyens prévus initialement, et une nécessaire adaptation de tous les acteurs.

Ce numéro d’Alternatives Humanitaires vise d’abord à faire le point sur les grandes tendances démographiques en cours, et sur la façon dont la démographie constitue un enseignement supplémentaire sur des problématiques actuelles et d’avenir pour les humanitaires. De quelle manière la démographie, c’est-à-dire l’étude chiffrée des populations, permet-elle de mieux comprendre, de lire autrement certains phénomènes liés aux enjeux et actions humanitaires et ainsi de mieux les appréhender ?

Par ailleurs, certaines données ou projections démographiques farfelues, ou leur communication biaisée pour un usage politique particulier, engendrent parfois des peurs, entretiennent des clichés et de fausses représentations de certaines populations ou phénomènes qui rendent plus difficile l’action humanitaire qui leur est dédiée. Il convient de déconstruire certains chiffres mobilisateurs effrayants, afin de distinguer les prédictions catastrophistes («  ruée migratoire  », «  explosion démographique  »…) des prévisions utiles pour penser l’action humanitaire de demain. Ce numéro contribue, chemin faisant, à faire la part du vrai et du faux.

Enfin, parce que certains acteurs humanitaires utilisent les outils de la démographie, recueillent, traitent et analysent des données sur les caractéristiques sociodémographiques de leurs bénéficiaires, nous souhaitions les associer à ce numéro afin qu’ils nous expliquent les raisons et les moyens de cet usage. Pourtant, ce sont essentiellement des universitaires et des chercheurs qui ont répondu à notre appel. Ce faisant, ce dossier démontre que si les ONG sont encore loin de s’être faites démographes, elles auraient tout intérêt à prendre cette «  mesure de la multitude  » au sérieux.

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ISBN de l’article (HTML) : 978-2-37704-572-3