Le dérèglement climatique saisi par la littérature

Le Grand Dérangement. D’autres récits à l’ère de la crise climatique
Amitav Ghosh, traduit de l’anglais par Morgane Iserte et Nicolas Haeringer
Éditions Wildproject, coll. Le monde qui vient, 2021

Le mot de l’éditeur

Tout commence par une question simple : pourquoi le dérèglement climatique est-il absent de notre littérature contemporaine ?

La crise climatique est un nouveau type d’événement, difficile à se représenter, car incompatible avec les récits et l’imaginaire qui ont structuré notre monde. Ce phénomène constitue la réfutation de nos récits, de nos histoires et de nos mythes modernes. Ghosh nous invite donc à un remaniement en profondeur de nos cadres narratifs. D’abord en appelant de ses vœux une autre littérature, émancipée de cette Nature immuable et cantonnée à l’arrière-plan des actions humaines. Ensuite en réécrivant l’histoire de la modernité, pour en finir avec le mythe d’une industrialisation uniquement menée par les pays du Nord. Enfin en interrogeant les États-nations, dont la structure impériale est indissociable de la débauche énergétique qui cause le réchauffement climatique.

Né en 1956 à Calcutta, Amitav Ghosh est l’un des plus importants écrivains anglophones contemporains. Mondialement reconnu pour ses vastes romans historiques comme Un océan de pavots (2010, sélection Booker Prize) et Les Feux du Bengale (Prix Médicis étranger, 1990), et également salué pour ses essais par Giorgio Agamben, Naomi Klein ou Roy Scranton, Ghosh est considéré comme l’un des plus grands penseurs de l’Anthropocène. La question du changement climatique, auparavant présente à l’arrière-plan de son œuvre, est au cœur du Grand Dérangement. Cet essai a également inspiré son dernier roman, Gun Island.