Appel à contributions pour le N°18 d’Alternatives Humanitaires

Dans la perspective de son 18e numéro à paraître en novembre 2021, la revue Alternatives Humanitaires lance un appel à contributions pour son dossier qui sera consacré au thème dont le titre provisoire est « La cause des migrants au péril de la montée des nationalismes : quelles voies pour les organisations de solidarité internationale ? ». Si vous êtes intervenant, chercheur ou observateur du milieu humanitaire international, et souhaitez soumettre un projet d’article sur ce thème, merci d’adresser un résumé de votre problématique et un plan provisoire (2 pages maximum) à l’adresse mail suivante avant le 2 juin 2021 : contact@alternatives-humanitaires.org. Une réponse vous sera adressée le 16 juin 2021 au plus tard.

L’article final devra être rendu avant le 4 octobre 2021, le calibrage moyen se situant aux alentours de 15 000 signes, espaces compris (soit 2 400 mots environ). Six ou sept articles environ seront retenus dans le cadre de ce dossier.

Comme pour chaque numéro, les rubriques « Perspectives », « Transitions », « Innovations », « Éthique », « Reportage » ou « Tribune » attendent également vos propositions.

La cause des migrants au péril de la montée des nationalismes :
quelles voies pour les organisations de solidarité internationale ?

Un dossier/Focus copiloté par Clara Egger, Professeure adjointe à l’université de Groningue et directrice des études du Master commun NOHA Erasmus Mundus
en action humanitaire internationale,

et Boris Martin, rédacteur en chef d’
Alternatives Humanitaires

La fin de la Seconde Guerre mondiale a ouvert un mouvement d’amplification de la coopération internationale particulièrement marquée depuis le début des années 1990. Un grand nombre d’organisations humanitaires, en France et au-delà, sont enfants de ce demi-siècle marqué par l’espoir d’une plus grande solidarité entre les peuples, les sociétés et les économies. En particulier, la cause des migrants a toujours été un des axes forts de ce projet de solidarité internationale. Or depuis 2015 et ce qu’il est convenu d’appeler la « crise migratoire », ce projet fait face à un fort courant politique contraire touchant tous les continents et caractérisé par une montée des nationalismes. Celle-ci, en ouvrant une « crise de l’accueil », s’est essentiellement cristallisée sur la problématique migratoire.

Qu’il s’agisse de l’élection de Donald Trump en 2016, faisant des musulmans et des Mexicains la cause des maux de l’Amérique, de Geert Wilders, leader du parti de la Liberté et ancien membre de la coalition gouvernementale voulant mettre fin à « l’islamisation » des Pays-Bas ou de Viktor Orban attelé à la construction d’un mur anti-migrants en Hongrie, ces partis ont en commun de parier sur une rhétorique isolationniste, nationaliste et raciste aux cœur des succès électoraux qu’ils engrangent depuis 2010. La France n’est pas épargnée et l’ouverture de la séquence électorale de 2022 est déjà marquée par la prépondérance des questions autoritaires et identitaires. En Asie, l’exode des Rohingyas fuyant la violence des autorités birmanes les a laissés sans statut ni protection au Bangladesh. En Amérique latine, la crise vénézuélienne a conduit le Brésil et l’Équateur à fermer leurs frontières.

Ce nouveau climat politique est déjà lourd de conséquences pour les acteurs humanitaires. En Norvège et en Suède – historiquement parmi les pays les plus généreux en termes d’aide internationale –, les débats parlementaires sur les montants à allouer à la solidarité internationale ont été particulièrement tendus et les engagements budgétaires sauvés in extremis de coupes drastiques. En Italie et en Hongrie, de nouvelles politiques criminalisent les actions de secours aux migrants. En France, le harcèlement policier des associations de secours aux migrants à la frontière italienne, qui a conduit des militants devant la justice pour « délit de solidarité », reste quotidien, les militants d’extrême-droite exploitant à leur manière la situation.

Dans de nombreux pays, la gestion de la Covid-19 a conduit à réduire le champ et les possibilités d’action des associations de solidarité internationale, les personnes migrantes et déplacées continuant d’être particulièrement ciblées au mépris, bien souvent, de leur situation sanitaire. À l’image de leur prise en charge sociale et politique, sujet passé sous les radars de l’actualité à la faveur de la crise, les perspectives qu’ouvrent le « monde d’après » font craindre de nouvelles restrictions pour l’action de la société civile internationale.

Ce numéro propose d’initier une réflexion sur ces sujets en analysant comment les organisations humanitaires, en France et au-delà, continuent leur action auprès des migrants, dans quelles conditions et selon quels rapports avec les autorités et en se demandant si elles peuvent/doivent influencer les cadres politiques dans lesquels s’inscrit l’action humanitaire. À travers le prisme de la question migratoire qui traverse une grande partie du champ humanitaire, il s’agit plus globalement de s’interroger sur les modalités qui pourraient permettre de remettre la solidarité internationale, largement mise à mal par cette pandémie, au cœur des débats nationaux et internationaux.