Archives de catégorie : Livres

« Des colombes de la paix qui énervent » : entretien croisé avec Plantu et Reza

Regards croisés
Plantu & Reza
Gallimard, 2021

Le célèbre photographe Reza et l’emblématique dessinateur du Monde Plantu viennent de publier un livre dans lequel ils revisitent environ quatre-vingts de leurs clichés et dessins respectifs. Ils y abordent des événements historiques et des problématiques très variées, de la révolution islamique en Iran en 1979 au génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 en passant par l’environnement, le réchauffement climatique ou la situation des femmes et des enfants dans le monde… C’est autant un travail de mémoire que de création. Car si chaque couple de photos et de dessins permet de revenir sur un événement, il donne aussi naissance à une œuvre nouvelle, singulière, qui rappelle certains collages d’artistes. Le tout est très bien servi par l’excellent texte d’introduction de Pierre Bongiovanni, qui offre son propre regard de critique d’art sur ce travail original. Nous avons rencontré Plantu et Reza pour en savoir davantage sur leur démarche, l’occasion d’une interview haute en couleurs. Vous pouvez en retrouver la synthèse écrite ci-dessous. Continuer la lecture

L’humanitaire à hauteur d’hommes et de femmes

L’ultime frontière
Giselda Gargano
Éditions Les Nouveaux Auteurs, 2021

L’humanitaire a beau charrier un univers romantique et aventureux, le convertir en roman est toujours une gageure. Parce qu’il se révèle souvent moins romanesque qu’escompté et parce que l’on ne fait pas de la bonne littérature avec des bons sentiments. Pour son premier roman, Giselda Gargano a su éviter ces écueils. Cette ancienne salariée du service communication d’une association humanitaire a bâti une histoire très riche, à la fois ambitieuse et sensible, prenant les notions de « frontière » et de « conflit » comme fil rouge, les déclinant dans leurs acceptions classiques comme dans leurs déclinaisons intimes. Les limites que chacun peut ou ne peut pas dépasser, les confrontations de visions et d’ego sont ainsi disséquées au fil d’un récit dont l’ambition est de décrire un monde humanitaire à hauteur d’hommes et de femmes. Continuer la lecture

Théorie et pratique de l’action humanitaire : le livre-somme

Droit et pratique de l’action humanitaire
Marina Eudes, Philippe Ryfman, Sandra Szurek (dir.)
L.G.D.J, Collection Traités, Octobre 2019

Comment rassembler dans un même ouvrage la théorie et la pratique de l’action humanitaire ? Cette ambition s’incarne parfaitement dans ce livre-somme réalisé sous la triple direction de Sandra Szurek et Marina Eudes, accompagnées de main de maître par Philippe Ryfman.

Ensemble, ils ont accompli la prouesse de mobiliser près de 80 experts pour s’atteler à cette tâche immense. Parmi eux, des personnalités reconnues telles que Xavier Emmanuelli et Jean-François Mattei mais aussi des praticiens de terrain, des dirigeants d’organisations et des chercheurs. L’axe privilégié par les trois coordinateurs est celui d’une approche juridique combinée, selon les cas, aux ressources d’autres disciplines, telles la science politique, la sociologie, l’économie, l’anthropologie, l’histoire et aux apports de praticiens expérimentés. Ainsi, l’ouvrage entend répondre à un besoin d’une vision générale, systématisée et scientifiquement établie d’un domaine souvent controversé de la vie internationale : l’action humanitaire.

Riche d’une diversité de contributions rassemblées dans 970 pages, l’ouvrage est construit autour de quatre grandes parties dont la première porte sur l’assistance humanitaire avec ses composantes normatives et contextuelles. La deuxième aborde l’offre humanitaire et décrit les acteurs, l’économie de l’aide ainsi que la coordination et la conduite de l’action. Ensuite, la troisième partie concerne la réception de l’aide humanitaire, avec une description des bénéficiaires selon les contextes et les conditions d’accès, avec un point sur les finalités de cette aide. La dernière partie met en exergue les risques, responsabilités au regard du droit et de l’éthique.

Nul doute que cet ouvrage conséquent et très documenté s’est déjà imposé comme une référence pour toutes les personnes intéressées et concernées par le domaine de l’action humanitaire.

À travers ses quatre grandes parties, ce traité nous permet de naviguer entre une approche académique et pratique avec, à chaque fois, des sections précises rédigées par un expert. Il en résulte un kaléidoscope de connaissances et d’expériences apportées par des femmes et des hommes, pour la plupart, des professionnels connus et reconnus de l’action humanitaire.

Cette approche plurielle de l’action humanitaire exprimée par autant d’experts reflète parfaitement la diversité des acteurs, observateurs et chercheurs impliqués autant que l’envergure d’un domaine que l’on a souvent du mal à enfermer dans des frontières précises. Ce n’est pas le moindre mérite des directeurs de cet ouvrage que d’avoir su rendre les nuances qui, du développement au maintien de la paix en passant, bien sûr, par l’urgence teintent « l’action humanitaire internationale du XXIe siècle » qui, écrivent-ils en introduction, « se présente comme l’une des premières, sinon la première politique publique internationale qui se déploie sur tous les continents ».

Alors que dire au-delà de saluer ce travail immense porté dans un seul ouvrage et d’encourager sa lecture ? Qu’il y a là une base forte pour la mise à jour d’une deuxième édition qui viendra forcément dans quelques temps. Comment pourrait-elle enrichir cette première édition ?

S’il est évoqué la complexité des « titres à agir » avec leurs cadres normatifs variés entre le droit international humanitaire et les divers textes existants face aux catastrophes naturelles ou aux épidémies, on lirait d’abord avec intérêt une section sur les principes humanitaires en tant que tels. Mais qu’en est-il de la motivation et de l’engagement des acteurs humanitaires qui s’engagent dans les organisations humanitaires, du terrain au siège ? Une section qui témoignerait de l’engagement des divers acteurs permettrait – tout en leur rendant hommage – de mieux appréhender les sources d’actions, de solidarité, de dignité, de justice, entre indignation, compassion et coopération. Par ailleurs, une section qui regrouperait des exemples de positionnements majeurs portés par des organisations humanitaires face à des situations complexes serait bienvenue tant elle permettrait de mettre en lumière la force du plaidoyer et de la communication médiatique, atouts indispensables des ONG pour ne pas sombrer dans une sorte d’industrialisation et d’instrumentalisation de leur actions. De même, dans l’actuel chapitre sur les caractéristiques contemporaines, pourquoi ne pas inclure une section sur les réfugiés climatiques ou les débats qui traversent le secteur, par exemple les entraves à l’action humanitaire ? Enfin, on pourrait souhaiter un chapitre sur le rôle des coordinations, des coalitions, sur les consortium et les mécanismes de mutualisation de capacités. Ce sont là autant de pistes qui disent toute la potentialité d’évolution d’un ouvrage qui, de traité, aurait vocation – pourquoi pas ? – à devenir une encyclopédie en perpétuel mouvement, au plus près des questions qui se font jour.

Benoît Miribel
Secrétaire général de la fondation Une santé pour tous et co-fondateur d’Alternatives Humanitaires

Sous la direction de Sandra Szurek, professeur émérite de l’Université Paris Nanterre, professeur associé à l’Institut des Hautes Études Internationales (IHEI) de l’Université Paris II Panthéon-Assas, Marina Eudes, maître de conférences HDR à l’Université Paris Nanterre, membre du CEDIN, directrice du Diplôme Organisations et juridictions pénales internationales, Philippe Ryfman, professeur et chercheur associé honoraire au Département de Science Politique de la Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, avocat et expert-consultant.

Comment mettre en œuvre la prospective et la stratégie dans l’action humanitaire

Strategic Planning in the Humanitarian Sector. A Manual to Foresight and Futures-Focused Thinking
Eilidh Kennedy and Michel Maietta
Routledge, 2021
Publié en anglais

Note de l’éditeur

Ce livre fournit aux praticiens humanitaires et aux décideurs politiques un manuel sur la façon de mettre en œuvre la stratégie et la prospective dans leur travail.

S’appuyant sur des recherches approfondies, le livre illustre de façon concrète comment l’intégration de la réflexion prospective dans la pratique peut aider les acteurs humanitaires à renforcer leur impact et à se préparer pour l’avenir. Ce livre fournit aux lecteurs un guide étape par étape d’une combinaison innovante d’outils et de méthodes testés et affinés au cours de plusieurs années. Cependant, il va également au-delà, en ancrant son approche dans l’ambition générale de rendre l’action humanitaire plus efficace. Dans l’ensemble, les processus analytiques et stratégiques décrits dans ce livre accompagneront un décideur à chaque étape de la création d’une stratégie à long terme robuste, agile et percutante.

Ce guide accessible sera un point de référence essentiel pour les praticiens et les décideurs de l’écosystème humanitaire, ainsi que pour les étudiants qui étudient les affaires humanitaires, le développement mondial, les études sur les conflits et les relations internationales.

Les violences extrêmes au prisme des chercheurs, praticiens et journalistes

Violences extrêmes. Enquêter, secourir, juger. République démocratique du Congo, Rwanda, Syrie
Laëtitia Atlani-Duault, Jean-Hervé Bradol, Marc Le Pape et Claudine Vidal
Éditions de la Maison des sciences de l’homme, coll. Le bien commun, 2021

Le mot de l’éditeur

Le Rwanda, la République démocratique du Congo (RDC) et la Syrie ont été les terrains de situations de violences extrêmes. En tant que témoins, les auteurs de ce livre nous éclairent sur trois moments-clés qui jalonnent ces épisodes tragiques : l’enquête, le secours et la mise en place des procédures de justice menant au jugement.

Les chercheurs et chercheuses en sciences sociales apportent leurs éclairages par le biais d’investigations, d’analyses et de publications, s’engageant dans les controverses qui surgissent parfois, notamment sur la situation au Rwanda : quelles furent et sont encore aujourd’hui les manières d’enquêter sur le génocide des Tutsis ? Les praticiens humanitaires, eux, décrivent les opérations de secours, le travail quotidien au milieu des scènes de violence et la création de réseaux de soutien, tout en se faisant les porte-parole de celles et ceux qui vivent au milieu des destructions. Le livre donne également la parole à une journaliste dont les enquêtes portant sur le Kivu (dans l’Est de la RDC) interrogent non seulement le traitement médiatique de ce terrain, mais aussi les alliances indispensables aux journalistes pour avoir accès à ces espaces en guerre.

Ces points de vue multiples s’appuient sur des sources nombreuses. Les sources judiciaires permettent notamment de restituer l’attitude des auteurs de violences en donnant accès à leurs discours et proposent un état quantitatif des poursuites engagées contre eux.

Régis Koetschet ou la « diplomatie par la peau »

Diplomate dans l’Orient en crise, Jérusalem et Kaboul 2002-2008. 
Régis Koetschet, préface de Bertrand Badie
Éditions Maisonneuve&Larose / Hémisphères éditions, 2021

À Kaboul rêvait mon père. André Malraux en Afghanistan
Régis Koetschet
Éditions Nevicata, 2021

À propos de Diplomate dans l’Orient en crise, Jérusalem et Kaboul 2002-2008

« Dans la tête d’un diplomate » : tel aurait pu être le sous-titre de ce récit, qui nous fait toucher du doigt le travail diplomatique dans sa diversité politique et culturelle, au cœur d’un Orient sous haute tension sécuritaire, celui de « l’après-11-Septembre » dans deux avant-postes exposés : Jérusalem où Régis Koetschet a été consul général de 2002 à 2005 et l’Afghanistan où il a représenté la France de 2005 à 2008. Deux implantations diplomatiques insérées, comme il l’écrit, « dans un environnement de violence. Celle de la guerre et du terrorisme, des représailles, de l’occupation, de la criminalité, de la drogue. S’y ajoute la violence de la pauvreté, de l’intégrisme religieux et de la misère sociale. »

Nous voici conviés à de multiples découvertes et confrontations, car à Jérusalem comme à Kaboul, le diplomate est à la croisée d’un double cheminement, difficile, parfois baroque, souvent douloureux : l’abord d’histoires millénaires, de spiritualités ardentes, de brillantes civilisations dans l’écrin de leurs paysages. Mais aussi une histoire qui s’écrit au jour le jour, entre guerre et paix, droit et faits accomplis, développement et corruption.

La rencontre, marquée par de prégnantes ignorances mutuelles, entre un monde de souffrances et d’humiliations et les exigences et les impatiences de l’action diplomatique, soulève nombre de questions et de lucides observations. On pratique presque au quotidien la complexité palestinienne, jusqu’à la mort de Yasser Arafat et l’avènement de Mahmoud Abbas et on accompagne un pouvoir afghan écartelé entre ses solidarités traditionnelles et les engagements de la coalition internationale.

Régis Koetschet, de Jérusalem à Kaboul, de Gaza à Bâmiyân, s’attache à éclairer ces différentes temporalités et les faire coïncider au service d’un objectif de dialogue et de compréhension. Mais un ambassadeur n’est pas seulement immergé dans son terrain de mission : il représente un pouvoir politique, une tradition, des intérêts, des influences, des ambitions qui peuvent prendre la forme de hâtives certitudes parisiennes, de délicates frilosités européennes ou d’un brutal réalisme de puissance. Il faut alors essayer d’expliquer, plaider une complexité dont on sait qu’elle dérange dans une approche de la vie internationale de plus en plus binaire.

Ce passionnant récit renoue avec le terrain et les acteurs de cet Orient en crise, des ruelles de la Ville sainte aux contreforts bleutés de l’Hindou Kouch ; rehaussé d’une note d’espoir portée par une vraie confiance humaniste et par une profonde empathie avec les cultures apprises dans le temps long. C’est aussi une façon vivante de découvrir la fonction diplomatique dans son quotidien et son savoir-faire. « La diplomatie par la peau » comme la revendique l’auteur.

À propos de À Kaboul rêvait mon père. André Malraux en Afghanistan

Une évocation du voyage d’André Malraux en Afghanistan en 1930, entre enquête littéraire et aventure géographique.

La curiosité intellectuelle d’André Malraux a toujours été aimantée par l’Afghanistan et ses abords. Mais pour ardente et consacrée qu’elle soit par la « beauté suprême » du Gandhâra, la relation de Malraux avec l’Afghanistan est encombrée de fausses pistes, d’outrances et d’occasions manquées, comme s’il avait eu des comptes à régler avec ce pays qu’il qualifia de « fantomatique et absurde ».

Ce livre s’attache à éclairer ce « mystère afghan » de Malraux en remontant le fil de sa vie : ses visites de jeunesse au musée Guimet, la préparation de l’équipée au temple de Banteay Srei, son voyage à Kaboul avec son épouse Clara à l’été 1930, ses initiatives de ministre chargé des Affaires culturelles.

« À Kaboul rêvait mon père » écrit Malraux dans les Antimémoires. C’est à ce voyage dans l’intime enfoui qu’invite cette traversée du siècle, confrontée aux tourments du monde.

Voir l’interview que Régis Koetschet a accordée à Boris Martin, rédacteur en chef de la revue Alternatives Humanitaires, à ce lien.

CSU, horizon 2030

Vers une couverture sanitaire universelle en 2030 ? Réformes en Afrique subsaharienne
Valéry Ridde (dir.), préface de Ndèye Bineta Mbow Sane
Éditions Science et bien commun, 2021

Cet ouvrage collectif rassemble les connaissances scientifiques les plus récentes sur les réformes du financement de la santé en Afrique subsaharienne, que ce soit à propos des politiques de gratuité, des financements basés sur les résultats ou des mutuelles de santé. Outre l’origine et le contenu de ces différentes politiques, les textes analysent les défis de leur mise en œuvre, mais aussi leurs effets et leur pérennité. Tout en s’inscrivant pleinement dans le débat actuel sur la couverture sanitaire universelle (CSU), l’un des principaux enjeux de cet ouvrage est aussi de nourrir les réflexions au niveau national, du Sénégal à la République démocratique du Congo, en passant par le Sahel ou le Bénin. Ainsi, une quarantaine d’autrices et d’auteurs partagent, dans une langue accessible, leurs analyses rigoureuses et pour la plupart inédites, pour mieux comprendre le chemin qu’il reste à parcourir afin que la CSU devienne une réalité pour l’Afrique subsaharienne, n’en déplaise aux tenants de la nouvelle gestion publique.

Livre sous licence Creative Commons Attribution, disponible en accès libre :
https://scienceetbiencommun.pressbooks.pub/cus

Humanitaire un jour, humanitaire toujours…

Humanitaires. Partir, revenir, mourir un peu
François Audet (dir.)
Éditions Kennes 2021

Le mot du directeur de l’ouvrage

Parmi les essais qui se sont intéressés à la communauté de pratique des humanitaires, celui-ci a ceci d’unique : il laisse la parole aux professionnels. L’humanitaire a le privilège d’entrer dans la vie, et souvent l’intimité, de milliers de personnes. Mais étonnamment, les impératifs bureaucratiques font que les plus belles histoires, celles qui sont au cœur de l’action humanitaire et de la solidarité humaine, ne sont pas valorisées et restent cantonnées à nos souvenirs.

Ces magnifiques récits de vie n’ont malheureusement pas leur place dans l’humanitaire-spectacle des organisations qui se sont tranquillement écartées de la raison même de leur existence. On constate en effet que les communications sur « l’humanitaire » sont plutôt dominées par l’image de marque. En cherchant à tout prix à obtenir du financement à travers un marketing souvent culpabilisant, les organisations se sont éloignées des fondements de l’humanitaire. Ce faisant, elles donnent un portrait incomplet de ce métier hors du commun.

C’est à ce « vide » que cet ouvrage veut répondre : donner la parole au « narratif humain », à la tragédie humaine et aux valeurs de solidarité de ceux qui sont confrontés quotidiennement aux épidémies, aux conflits et aux catastrophes naturelles. Ces récits que nous vous offrons présentent nos limites, nos dilemmes et exposent nos biais et nos racines néocoloniales qui teintent nos valeurs. À l’ère de l’agenda localisation et de la décolonisation de l’humanitaire, cet ouvrage tombe donc à point nommé.

Les personnes exceptionnelles qui ont accepté de partager leurs souvenirs dans ce recueil admettent toutes la même chose : l’image héroïque des humanitaires colportée par les organisations et les médias occidentaux est dépassée. Il faut plutôt centrer nos regards sur les relations humaines, au-delà des frontières. C’est dans le contact humain que se trouvent nos motivations.

Les récits que les auteurs vous proposent dans ce livre sont tous basés sur des histoires vécues qui exposent parfois l’immense tristesse humaine, parfois l’espoir renouvelé. Mais tous ont quelque chose en commun : la relation avec ces femmes et ces hommes qui nous ont laissés, l’espace d’un moment, entrer dans leur vie. Ces textes nous permettent aussi de mieux comprendre les défis de l’action humanitaire post-pandémie de Covid-19.

Cela donne lieu à des petits moments de lucidité extraordinaire, que nous vous offrons dans ce recueil. De l’Afghanistan au Niger, en passant par Gaza, ces récits ont tous le même ancrage : le vécu d’humanitaires aux trajectoires exceptionnelles, qui sont les témoins de situations qui n’ont pas trouvé leur place dans les rapports des organisations ou les comptes-rendus des médias.

Le directeur de l’ouvrage François Audet est membre du Conseil scientifique de la revue Alternatives Humanitaires.

La fraternité comme bien commun de l’humanité

La fraternité globale
Michel Joli
Éditions érès, 2020

Le mot de l’éditeur

Dans une perspective darwinienne, Michel Joli développe une conception de la fraternité globale comme un acquis de l’évolution, un « bien commun de l’humanité ». C’est la plus ancienne manifestation de l’instinct social qui assure la protection des plus faibles, sans distinction de groupes. À ce titre elle constitue une nécessité absolue pour conserver à la fois la diversité et l’unité de notre espèce. Atout anthropologique majeur, la fraternité constitue en effet la seule caractéristique universelle qui unit tous les humains.

En cette période de crise mondiale, l’auteur soutient l’urgence de sortir la fraternité du magasin des accessoires et des idéologies, et de la solliciter dans sa globalité comme un argument (et un outil) essentiel pour nous opposer aux excès du capitalisme. Cet essai politique, philosophique, écologique, documenté et engagé ouvre des pistes de réflexion concrètes pour construire, sur de nouvelles bases, la société de demain. Continuer la lecture

Une vie d’engagement aux côtés des « sans-droits »

La dignité pour boussole. Un engagement avec ATD Quart Monde
Eugen Brand, entretiens avec Michel Sauquet
Éditions de l’Atelier/Éditions Quart Monde, 2020

Le mot de l’éditeur

Quelle est l’histoire de cet homme qui a porté avec d’autres la mission d’ATD Quart Monde, pendant quarante ans et à la suite de son fondateur Joseph Wresinski ?

Né en Suisse, Eugen Brand rencontre le Mouvement à l’âge de 22 ans et devient volontaire permanent. Il vit alors parmi des familles en grande pauvreté et apprend à leurs côtés. Cet engagement le mènera à Créteil, New York, Bâle, au Pérou, en Bolivie…

À travers ces épisodes de la vie d’Eugen Brand, ses doutes et ses convictions, ou encore ses moments de compagnonnage avec le Père Joseph, c’est l’histoire de la gouvernance d’ATD Quart Monde qui est dressée, dans ses tâtonnements et ses évolutions.

Dans cette série d’entretiens d’où naîtra une forte amitié, Michel Sauquet et Eugen Brand échangent et partagent leurs expériences et questionnements. À la suite d’Eugen Brand, ce livre nous permet de comprendre et de revendiquer que les « sans-droits » sont la source et le moteur des grandes transformations à réaliser au sein de la société. Continuer la lecture