Archives de catégorie : Reportage

Regard sur un monde fracturé

W. Daniels
© Alizée Le Maoult

William Daniels est de ces photographes qui veulent prendre le temps de capter le rythme chaotique de notre monde. S’il réalise des reportages d’actualité, comme celui qu’il vient de terminer pour le journal Le Monde en Afghanistan, il n’aime rien moins en effet que les projets documentaires au long cours, curieux de la quête d’identité et de ces territoires sujets à une instabilité chronique. Continuer la lecture

Réunis

Lâm Duc Hiên

Lâm Duc Hiên est un enfant du Mékong. Né au Laos en 1966, il doit fuir le pays en 1975. Il passera deux ans dans les camps de réfugiés en Thaïlande. En 1977, il arrive en France où il connaît les camps de transit, les tracas administratifs et tente de se (re)construire. L’art lui permet de canaliser cette énergie qui le ronge, la photographie lui offre de mieux comprendre la souffrance des autres. En 1990, sa route croise celle des humanitaires : un long compagnonnage commence, d’Équilibre à Médecins du Monde, de la Roumanie au Rwanda, de la cause des enfants à celle des femmes victimes de violences. Mais sa terre natale et le fleuve de son enfance le rappellent toujours : en 2009, il publie les images (mises en mots par Philippe Franchini) de sa remontée des 4 200 km du Mékong en bateau-stop à la rencontre des peuples vivant le long de ce fleuve mythique en Thaïlande, au Cambodge, en Chine et, bien sûr, au Laos (Mékong, histoires d’hommes, Chêne). Il a reçu de nombreux prix pour saluer son travail, notamment le prix Leica, le Grand Prix européen de la Ville de Vevey en 1995 et le premier prix Portrait du World Press en 2001 pour ses portraits des Gens d’Irak. Et c’est là aussi, en Irak, qu’il retourne. Continuer la lecture

Bye bye, Moria ?

En septembre 2020, le camp de réfugiés de Moria, situé sur l’île de Lesbos, en Grèce, opérait un bref retour sur le devant de la scène internationale du fait de sa destruction quasi totale dans une série d’incendies. Si l’événement mit en lumière la situation désespérée dans laquelle plus de cinq ans de politique d’encampement avaient plongé les habitants du camp, il avait également éveillé espoirs et attentes parmi les populations migrantes et une partie de la société civile. Le slogan « bye bye, Moria », qui naquit alors, en témoignait. Continuer la lecture

« Photographie humanitaire » : le point de vue d’un historien

B. Cabanes

Bruno Cabanes est historien, spécialisé en histoire contemporaine. Il occupe la chaire Donald G. and Mary A. Dunn d’histoire de la guerre à l’Ohio State University, aux États-Unis. Auteur de nombreux ouvrages sur la Première Guerre mondiale et la sortie de guerre, il a notamment publié The Great War and the Origins of Humanitarianism, 1918-1924 (Cambridge University Press, disponible seulement en anglais), qui a reçu le prix Paul Birdsall 2016 décerné une fois tous les deux ans par l’American Historical Association. Aux Éditions du Seuil, il a dirigé en 2018 le volume collectif Une histoire de la guerre du XIXe siècle à nos jours. Mais c’est encore pour un autre ouvrage, publié en 2019, toujours aux Éditions du Seuil, que nous souhaitions échanger avec lui. Il s’agit du livre Un siècle de réfugiés, sous-titré Photographier l’exil. Continuer la lecture

Unsung heroes, elles brisent le silence

D. Rouvre

Unsung Heroes est un projet photographique construit par le photographe Denis Rouvre et Médecins du Monde. Il est né de «  la volonté de l’association de témoigner de la violence du monde telle qu’elle s’impose aux femmes  », précise le photographe. «  Pendant huit mois, dans neuf pays à travers le monde, elles ont été plus de cent à me faire confiance, à m’accepter derrière le micro, derrière l’objectif. Malgré la barrière de la langue, les codes culturels et les épreuves personnelles, ces femmes ont livré leur histoire. Elles ont brisé le silence avec courage, sincérité. Avec des larmes aussi, une émotion déchirante. Toutes ont posé sans fard, en conscience, préparées et accompagnées par l’ONG. On ne revient pas intact de telles rencontres. La réalité, frontale et sensible, dépasse largement l’idée que je m’en faisais. Dès les premiers portraits en Bulgarie, c’est le choc. La rencontre avec les femmes de la communauté Rom condamnées à se marier et à enfanter dès l’adolescence dans l’enceinte crasseuse d’un ghetto. Violence et pauvreté extrême. Violence morale, éprouvée par les déracinées syriennes et palestiniennes. Violence sexuelle, exercée sur les femmes au Congo ou en Colombie. Violence domestique, viols collectifs, barbarie. Jusque dans nos capitales européennes où des femmes abusées, exploitées, acculées par la précarité se heurtent au rejet et à la haine. Depuis trente ans, j’ai photographié de nombreuses femmes en représentation. Elles attendaient de moi une image contrôlée, lisse, sans accroc. Ici, avec les unsung heroes que j’ai rencontrées, ce sont les ombres qui entrent dans la lumière. Des bleus et des fêlures à la surface de la peau, dans le creux des yeux. Ce sont les voix, les mots, le timbre authentique de l’expérience intime de la violence qui s’expriment. Pour dire la souffrance particulière vécue par les femmes. Pour dire aussi la force d’être femme. La capacité à se relever et à se battre, encore.  » Continuer la lecture

Dans le huis-clos de la Ghouta orientale

Abdulmonam Eassa est né à Damas en 1995. Jusqu’au début de l’année 2018, il a vécu à Hammouria, une ville située dans la région agricole de la Ghouta orientale, à 13 kilomètres au nord-est de Damas. Il a été obligé d’abandonner ses études lorsque la guerre a éclaté en 2011. En 2013, les nombreux crimes commis par l’armée syrienne dont il a été témoin l’ont motivé à commencer son activité de photojournaliste avec quelques amis, pour assurer la couverture médiatique des attaques aériennes presque quotidiennes, des civils tués, et des massacres commis par les forces du gouvernement syrien, avec l’appui des forces aériennes russes dans le cadre de leur « lutte contre le terrorisme ». Leur principal objectif était de montrer au monde entier la réalité de ce qui se passait en Syrie et que les journalistes étrangers ne pouvaient couvrir puisqu’ils n’étaient pas autorisés à entrer dans la zone assiégée par les forces gouvernementales : le gouvernement syrien avait bloqué l’accès aux médias étrangers dès 2011 pour dissimuler ce qui se passait dans le pays.

Fin mars 2018, après une période de terreur et de bombardements durant laquelle des centaines de civils furent tués, un accord a été conclu entre les rebelles et le gouvernement syrien, entraînant l’évacuation forcée des civils vers le nord de la Syrie et il a été contraint de quitter sa ville natale. Une fois sur place, Abdulmonam s’est rendu compte que la situation était intenable et a donc décidé de traverser la frontière turque. Au terme de plusieurs mois de voyage, il a réussi à rejoindre Paris, où il a demandé l’asile.

Après avoir commencé la photographie en autodidacte, Abdulmonam s’est passionné pour le photojournalisme. Ses photos sont parues dans le New York Times, Time, le Guardian ou le Washington Post. Il a été amené à travailler pour l’Agence France Presse. En 2019, il a obtenu le Prix Visa d’Or humanitairedécerné par le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). 

www.abdulmonameassa.com

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Yémen : la vie au temps des bombes et des mines

Toutes les images et légendes : © Agnès Varraine-Leca/MSF

A. Varraine-Leca

Quatre années de guerre, plus de 19000 raids aériens menés par la coalition internationale dirigée par l’Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis, et des estimations basses qui suggèrent un bilan humain s’élevant à 90 000 morts. Les civils paient le prix fort, premières victimes des bombardements de cette coalition et des combats au sol entre les forces loyalistes – fidèles au président Hadi et soutenues par la coalition – et les troupes d’Ansar Allah. Celles-ci sont elles-mêmes à l’origine de lourdes pertes civiles, notamment par leur usage intensif de mines à l’ouest du pays(1)Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, https://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/.

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References
1 Pour mieux comprendre les origines et les conditions de ce conflit, voir notamment Francis Frison-Roche, « Yémen : un conflit à huis clos », Alternatives Humanitaires, n° 4, mars 2017, p. 12-33, https://alternatives-humanitaires.org/fr/2017/03/09/yemen-un-conflit-a-huis-clos/

Le collectif item vous décille les yeux

Il a comme phrase de ralliement: «  Pour ne pas rester les yeux fermés  ». Un leitmotiv qui résonne aux oreilles des humanitaires, acteurs du développement ou travailleurs sociaux et qui justifie, comme nous le faisons avec d’autres, de tourner l’objectif vers ces révélateurs que sont les photographes.

Né en 2001, le collectif item se compose aujourd’hui de 12 photographes, d’une vidéaste et réalisatrice sonore, d’un graphiste et d’un anthropologue.

www.collectifitem.com Continuer la lecture

Un œil sur le monde

Entretien avec Reza

Reza

« Correspondant de guerre et de paix ». Cette formule qu’il affectionne s’accorde bien au regard que Reza porte sur le monde, un regard plein d’optimisme dans un océan de souffrances, l’espoir sous les gravats, l’humanité derrière la folie des hommes. Mais dévoiler ne lui suffit pas. Depuis le début de sa carrière, le reporter-photographe ne cesse de mettre son métier et sa notoriété à contribution pour résoudre des problèmes qu’il rencontre au fil de ses reportages. Sans doute parce qu’il voit un peu mieux que les autres…

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Le Collectif MAPS

 

Alternatives Humanitaires creuse le sillon de sa coopération avec les photographes. Parce que la sensibilité qui transparaît dans le travail déjà réalisé par les 12  photographes de MAPS fait écho à la préoccupation fondamentale des travailleurs humanitaires – voir le monde tel qu’il est  –, nous vous présentons ici quelques-unes de leurs photographies.

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